
Arrivé au Racing Santander l’été dernier, Peter Luccin a fait le choix de rejoindre l’équipe surprise du dernier exercice de Liga. Passé par trois des quatre ténors de la Ligue 1 (Bordeaux, Marseille, PSG), ce milieu de terrain défensif évolue depuis près de huit ans maintenant en Espagne. Considéré comme l’un des tout meilleurs joueurs à son poste de l’autre côté des Pyrénées, ce natif de Marseille n’a toutefois pas vraiment eu de reconnaissance de son propre pays. Jamais sélectionné en équipe de France, Luccin revient pour FootMercato sur un parcours atypique.
FootMercato : Tout d’abord, pourquoi avoir choisi un club modeste comme Santander ?
Peter Luccin : Ce qu’il s’est passé, c’est qu’au départ, avec mon agent on était très porté sur le championnat anglais. Nous avons eu deux, trois opportunités jusqu’au 31 août. Mais toutes les propositions qui arrivaient sur la table de Saragosse ne leur convenaient pas. C’est pour ça qu’ils ont tout refusé. Ensuite le Racing est arrivé avec une offre et ça leur a plu.
FM : Vous n’aviez pas d’autres pistes disons plus huppées ?
PL : Je ne dis pas que c’était Chelsea, mais c’étaient des clubs anglais très importants là-bas. Pour être franc, le 29 ou 30 août j’avais déjà fait mes valises pour partir en Angleterre. J’étais très favorable à un transfert ainsi que les clubs anglais. Mais la proposition n’a pas été jugée suffisante par Saragosse.
Le rêve anglais
FM : Qu’est-ce qui vous a convaincu alors dans l’offre du Racing Santander ?
PL : Nous avions refusé d’autres offres en Espagne, car je pensais avoir fini mon cycle là-bas et qu’il était temps d’aller découvrir autre chose, mais Saragosse a fermé les portes ouvrant sur l’Angleterre. Après franchement, il restait cinq ou six heures avant la fermeture du marché et le Racing a contacté mon agent via son entraîneur. Comme ils avaient joué ensemble à une certaine époque… Bon après le fait de jouer la coupe UEFA a beaucoup pesé.
FM : Santander a été la surprise du dernier exercice de Liga en terminant 6e, cette année l’objectif c’est d’égaler cette performance ?
PL : Non. Faut savoir que le Racing c’est une équipe moyenne en Espagne. La saison qu’ils ont faite l’an passé a été exceptionnelle. Pas mal d’équipes comme Saragosse ou Valence ont eu de grosses difficultés en championnat, donc Santander en a profité. Cette année nous avons fait un début de saison difficile et l’objectif premier c’est de se sauver.
FM : À l’instar du RC Lens l’an dernier, Saragosse a plongé en deuxième division. Qu’est-ce qui n’a pas fonctionné alors que l’équipe était composée de joueurs comme Ayala, D’Alessandro, Ricardo Oliveira, Milito, vous, etc ?
PL : Oui, c’est sûr on avait de grands joueurs. Le problème c’est que le vestiaire était inexistant. Il n’y avait pas une ambiance comme au Racing cette année. Elle est là la différence. Au Racing, il n’y a pas la qualité qu’il peut y avoir à Saragosse, mais ici le groupe travaille, vit ensemble. Nous faisons des repas pratiquement toutes les semaines. Tout le monde s’entend bien. À Saragosse c’était complètement différent. Il y avait beaucoup de clans, une ambiance pourrie et peut-être que si on avait fait cette interview à ce moment-là je ne vous aurais pas dit ça, mais le souci c’est que rien n’a été réglé en interne.
FM : Après avoir connu le Celta Vigo, l’Atlético Madrid, Saragosse et maintenant Santander, dans quelle équipe vous êtes-vous le plus épanoui ?
PL : Tous. Au Celta on avait le plus beau football d’Espagne. Chaque année on était désigné comme l’équipe pratiquant le plus beau jeu. Bon après nous avons joué trop de compétitions et nous n’avions pas l’effectif taillé pour. L’Atlético Madrid ça restera mon club, l’équipe où j’aurais dû passer le plus d’années. Ensuite à Saragosse ce fut une année catastrophique. Si vous avez une ambiance pourrie dans le vestiaire, vous ne voyez plus votre passion de la même manière. Et là j’arrive au Racing, où au départ je ne voulais pas venir parce que je voulais aller en Angleterre, et finalement tout se passe bien.
FM : Après avoir connu un club comme l’Atlético Madrid, aspirez-vous à retrouver une autre équipe de grand standing en Liga après votre passage à Santander ?
PL : (Il hésite). Non. En fait quand je pars de l’Atlético, je le fais au dernier moment, car à la base il n’y avait aucune raison pour que je m’en aille. Mais au final, il y a eu pas mal de problèmes. Il me restait une année de contrat et on devait signer pour trois années supplémentaires, mais finalement le directeur sportif a fait venir deux joueurs du Brésil et ça faisait trop de monde à ce poste. Ensuite, comme cette personne avait misé sur ces deux recrues, cela a donc créé des problèmes alors que le coach de l’époque avait tout fait pour que je reste. Il avait même refusé que j’aille discuter avec les dirigeants d’une équipe anglaise dont je tairai le nom, mais elle jouait les dix premières places. Ensuite, je suis allé à Saragosse où ils montaient une grosse équipe. Bon, après la suite on la connaît. Disons que c’est un concours de circonstances, mais je ne suis pas fini. Je n’ai que 29 ans et je ne lâcherai pas l’idée d’un transfert en Angleterre.
L’échec parisien
FM : Revenons sur la première participation du Racing en coupe UEFA, comment votre équipe a géré cette élimination si particulière lors des phases de poule ?
PL : On était le petit poucet. C’était la première fois que le Racing disputait une compétition européenne donc les supporters étaient tous très enthousiastes. Quant à notre parcours, on arrive à faire match nul contre Schalke 04 alors que l’on méritait de gagner, pareil contre Paris où sur la fin la victoire n’était pas loin. Enfin, face à Manchester City, on parvient quand même à leur mettre un 3-0 alors qu’ils avaient la grosse équipe avec les Robinho et compagnie. Donc on a vraiment fait une bonne compétition.
FM : Ca vous a fait quelque chose de spécial de rejouer à Paris ?
PL : Oui, c’est sûr. J’ai joué un an là-bas même si ça s’est mal terminé sur la fin…
FM : Justement, pourquoi n’être resté qu’une seule année là-bas ?
PL : Au départ, c’était difficile parce que j’arrivais de Marseille, donc j’étais le Marseillais qui débarquait à Paris. Mais bon après tout est rentré dans l’ordre au bout d’une semaine. Ensuite il y avait une super bonne ambiance. Ma femme se plaisait vraiment bien là-bas, en plus j’avais de la famille aussi sur Paris. Tout était parfait, sauf que le projet qu’avait le Paris Saint-Germain, qui était un projet d’avenir sur trois ans, a été coupé net. C’est dommage, on avait une équipe pour tout casser.
FM : C’est vrai que quand on regarde les arrivées majeures à Paris, outre la vôtre, il y a aussi celles de Dalmat, d’Anelka, d’Arteta, bref comment le PSG a-t-il fait pour se manquer ?
PL : Okocha, Bernabia, Déhu, Distin, il y avait plein de grands joueurs. Le problème c’est qu’il faut savoir que comme cette équipe a été montée en une saison, il fallait que toutes les personnalités s’adaptent les unes aux autres, et ça, ça ne se fait pas au bout de trois mois. On ne nous a pas laissé de temps. On a travaillé avec un coach (Bergeroo) qui a été viré au bout de six mois, donc déjà ç’a été difficile puisque c’est lui qui avait façonné ce groupe. Un autre entraîneur arrive avec des choix différents et c’est à partir de là que tout a déraillé et c’est bien dommage. Je le répète, après en avoir discuté avoir Nico (Anelka), Stéphane (Dalmat) et compagnie, il fallait nous laisser juste un an pour que l’on commence à faire des grosses saisons.
FM : Paris n’a pas cherché à vous retenir au moment de votre départ ?
PL : Je ne sais si c’est le club, d’autres personnes ou l’entraîneur quand il est arrivé. Je ne rejette pas la faute sur qui que ce soit, je dis juste que ce n’est pas normal qu’en montant un effectif de cette qualité avec autant d’argent investi, qu’au bout de six mois, un an chacun parte de son côté. C’était vraiment du n’importe quoi.
FM : Petit flashback : comment le PSG s’y est-il pris pour vous convaincre vous et Stéphane Dalmat de quitter Marseille ?
PL : C’est un concours de circonstances. Marseille avait besoin de liquidités et moi on m’a fait comprendre à l’époque qu’avec Stéphane on était les joueurs les plus cotés du club. Donc pour le bien de l’équipe, on m’a dit que ce serait peut-être bien que l’on trouve un arrangement pour que je quitte l’OM contre une grosse somme. À cette époque, les deux équipes qui offraient le plus c’était la Fiorentina et Paris, mais le PSG avait fait une offre supérieure. Je me suis retrouvé là-bas, mais j’étais convaincu par le projet du club. Si au départ Marseille avait tout fait pour me garder, je ne serais jamais parti. Ça, c’était clair.
L’OM, toujours dans son coeur
FM : Vous qui avez joué à Bordeaux, Marseille et Paris, dans quel club gardez-vous un meilleur souvenir ?
PL : (Il hésite) C’est difficile à dire. À Paris on a passé six mois de galère, mais près sur le plan humain c’était super. Mais bon je vais dire Marseille, surtout lors de la première année où on perd le championnat lors de la dernière journée et une finale de coupe UEFA où j’ai beaucoup appris au contact de joueurs comme Laurent Blanc, Christophe Dugarry et Robert Pires. Même si à la fin on ne gagne pas de titre, ce fut une année exceptionnelle.
FM : Vous êtes parti de France à 22 ans, pensez-vous que cela vous a handicapé notamment au niveau de la sélection ?
PL : Oui, peut-être. Quand je pars de Paris, la politique de l’équipe de France c’était de faire jouer les joueurs évoluant dans les meilleurs championnats et qui participaient régulièrement aux plus grandes compétitions européennes. Ensuite avec l’arrivée de Raymond Domenech c’était différent. Il a donné plus de chances aux joueurs qui évoluaient en championnat de France. Je suis entièrement d’accord avec ce principe parce que ça fait grimper le niveau de la Ligue 1, mais bon du coup je n’ai pas eu beaucoup d’opportunités. C’est vraiment le point noir de ma carrière. J’aurais bien aimé avoir une sélection en équipe de France.
FM : Si on suit votre raisonnement, il va falloir abandonner vos rêves anglais et revenir jouer en Ligue 1…
PL : Je ne sais pas. Je ne dis pas que c’est trop tard. Après, tout est une question de choix du sélectionneur.
FM : Mais si Raymond Domenech vous appelle et vous dit que vous êtes sélectionnable si vous revenez en Ligue 1, que faites-vous ?
PL : Si Domenech me le demande, je reviens en France direct ! (rires) Mais bon ça voudra dire que je serais obligé de signer dans un grand club jouant régulièrement la Ligue des Champions. Il y a beaucoup de si là-dedans. Une chose est sûre, si j’ai une opportunité pour jouer en équipe de France, je la saisirai.
Matthieu Margueritte
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