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Dossier : une Argentine saignée par les chercheurs d’or européens

11/08/2008 - 16 h 13 -

Après une trêve hivernale marquée par le feuilleton Messi, dont la présence aux JO de Pékin était contestée par le Barça, le championnat argentin reprend, marqué par l’incertitude sur le sort des jeunes talents convoités par les clubs européens.

C’est reparti ! En ce second week-end d’août, marqué à Buenos Aires par des températures particulièrement froides, hiver austral oblige, le championnat argentin reprend ses droits. Nom de code du tournoi : Apertura 2008. Entendez par là, “l’Ouverture 08”, qui sera suivie, dès le mois de janvier prochain, d’un “Clausura 09”, c’est-à-dire d’un “Tournoi de Clôture”, censé boucler la saison footballistique 2008-09.



La Seleccion : une vitrine en trompe l’oeil

Une curiosité de plus, dans un pays qui en compte bien d’autres, puisque deux titres de champion sont attribués chaque saison. Où en est le football argentin à l’orée de cette nouvelle étape ? La situation est pour le moins paradoxale. D’un côté, il suffit de jeter un oeil à la sélection olympique, partie à Pékin conquérir la médaille d’or pour se convaincre de la richesse, et de l’extraordinaire vivier de jeunes talents que constitue toujours le football “albiceleste”. Une sélection dirigée par le vétéran Sergio Batista, surnommé le “Checho”, champion du monde 86, et que la presse argentine, jamais à court de calculs savants, a baptisé “la Selección des 450”. Traduction : les joueurs qui la composent seraient cotisés, sur le marché des transferts, à 450 millions d’euros !

Il y a certes les stars confirmées, comme Riquelme, Agüero ou Mascherano… Sans parler de l’idole Messi, dont le feuilleton qui l’a opposé au Barça sur sa présence aux JO, conclu par un avis défavorable du Tribunal Arbitral du Sport de Lausanne royalement ignoré par le joueur, a tenu en haleine tout le pays durant le mois de juillet. Mais également, des jeunes plus que prometteurs, champions du monde des moins de 20 ans, comme le gardien Ustari, du Getafe, Garay du Racing Santander (futur Merengue), ou Angel Di Maria, ex-Rosario Central parti tenter sa chance au Benfica de Lisbonne.

Pourtant, au pays du “futbol-roi”, l’ambiance n’est pas au beau fixe. Et pas seulement à cause de la rigueur hivernale ou des difficultés socio-économiques que traverse l’Argentine, sur fond de crise entre le monde agricole et le pouvoir politique. Dans les clubs les plus huppés, comme chez les plus modestes, on n’en finit pas de constater la saignée qui pousse des talents, de plus en plus jeunes, vers les championnats européens, mais aussi, Brésiliens, Mexicains, Quataris, Saoudiens ou Russes…



Une saignée à prix dérisoires

Le football argentin n’a plus les moyens de retenir ses joueurs, et chaque trêve entraîne un nouvel exode, qui voit près d’une centaine de joueurs faire leurs valises. Cette fois-ci, German Denis (Napoli), Acosta (Séville), Andrès D’Alessandro (Internacional Porto Alegre), Pablo Piatti (Almeria), ne sont que la partie émergée d’un iceberg de plus en plus volumineux. D’autant qu’ils seront bientôt rejoints par Bottinelli, de San Lorenzo, annoncé pour trois millions d’euros à la Sampdoria, Fabian Monzon, le latéral gauche de Boca, actuellement aux JO, que les dirigeants du HSV Hambourg ont rencontré à Pékin, et devraient faire venir sur les bords de l’Elbe. Ou encore Maidana, de Boca, qui hésite entre le Torino, Bologne et la Sampdoria… Quant au milieu de terrain Danilo Gerlo, de River, les dirigeants de Murcia affirment déjà avoir conclu un accord pour sa venue.

Exsangues financièrement, certains clubs n’hésitent plus à brader un patrimoine péniblement constitué au fil des ans. Même River Plate s’y laisse prendre, alors que le club à la bande rouge est une véritable institution locale et le champion en titre, depuis sa 33e couronne obtenue en juin dernier. Et qu’il est reconnu sur tout le continent pour la qualité de son “Instituto”, où il forme des jeunes détectés à travers tout le pays. Ainsi, River a cédé en juin dernier, au Villarreal, 50 % des montants des transferts à venir de sept de ses jeunes joueurs les plus talentueux… Et ce, pour 14 malheureux millions de dollars ! Sans parler du cas du défenseur Mateo Musacchio, 18 ans à peine, promis au Real Madrid pour éponger une vieille dette envers un impresario israélien, impliqué dans la vente de Gonzalo Higuain…

Au Racing, autre gloire du foot argentin, vainqueur de la première coupe intercontinentale remportée par un club de Buenos Aires (en 1967, contre le Celtic Glasgow), on se laisse tenter par des montages financiers hasardeux. Ils consistent à céder, à des hommes d’affaires proches du pouvoir politique, des pourcentages importants sur les transferts futurs des deux meilleurs espoirs du club (Prichoda et Sotelo). Et ce, en échange des 600 000 dollars nécessaires pour faire venir Nieto, auteur de quatre petits buts la saison passée, dans l’obscur club de Huracan.



Ruée vers l’Europe

Cette volonté des joueurs de fuir le pays se fait parfois au mépris des lois. Un récent scandale judiciaire a ainsi impliqué de nombreux agents, n’hésitant pas avec la complicité des joueurs et de leurs familles, à falsifier les documents d’identité des jeunes pousses. Le but : obtenir des passeports communautaires, italiens en tête, et faciliter les transferts vers l’Europe.

Pour se préserver de tels exodes, la politique suivie par Boca Juniors est toute autre. Le club n’hésite pas à faire signer à quarante de ces jeunes, y compris âgés de 16 ou 17 ans à peine, des contrats contenant des clauses de cession exorbitantes, fixées à plusieurs millions d’euros pour des footballeurs n’ayant jamais joué en équipe première ! Sept millions, par exemple, pour Lucas Pratto, un attaquant prêté pendant un an pour s’aguerrir en Norvège… Une somme que devra débourser tout club qui tenterait de débaucher ces talents contre la volonté de Boca. Une façon pour les “Xeneizes ” de préserver leur patrimoine, selon les dires du président Pedro Pompilio.

Malgré ces vicissitudes, ou grâce à elles puisque cet exode massif a tendance à atténuer les différences de niveau entre équipes, le tournoi argentin s’annonce encore une fois très ouvert… donc passionnant. Comme chaque année, les deux gloires de la capitale, River et Boca, font figure d’incontournables favoris. River n’aura pas trop du génial lutin Diego Buonanotte (20 ans), actuellement à Pékin, pour faire oublier le vétéran Ariel Ortega.

Ce dernier, l’une des dernières gloires encore en activité de la génération des années 90, rendu célèbre par un triste coup de tête donné à Van der Sar à Marseille en Coupe du monde, vient de quitter le club pour la ville de Mendoza, au pied de la cordillère des Andes, direction “Independiente Rivadavia”, club de division inférieure. Motif de cette rocambolesque mise à l’écart, décidée par l’intransigeant “tecnico” de River Diego Simeone : les rechutes à répétition d’Ortega avec ce que les médias argentins qualifient sobrement de “problème d’alcool”… Même si les recrues (Quiroga, Salcedo, en attendant peut-être Torres, champion 2005 en moins de 20 ans, actuellement à San Lorenzo) ne sont pas à la hauteur des ambitions du club, le sérieux et la rigueur de Simeone, aux manettes de l’équipe, est une garantie pour le club de Nuñez, du nom du quartier où se situe le stade Monumental, antre de River.

Du côté des frères ennemis de Boca, on comptera à nouveau sur le stratège Riquelme, et le duo d’attaquants Palacio, dont le transfert en Europe, mille fois annoncé, ne s’est jamais concrétisé, et Palermo. Inoxydable buteur, ce dernier vise, avec déjà 190 buts au compteur, le record de réalisations du club. Objectif impératif pour Boca, entraîné par l’expérimenté Carlos Ischia : remporter le titre, qui lui échappe depuis quatre tournois (Clausura 06)… Une éternité à l’échelle intransigeante et passionnée du supporter “Xeneizes ”.

Pour remplacer Riquelme pendant la campagne olympique, Boca compte sur le jeune milieu Christian Chavez (22 ans), formé au club, et présenté comme l’un des meilleurs talents du football local. Peu d’espoirs de jouer, en revanche, pour Krupiovesa, revenu de l’OM et barré par Morel et Monzon…

Côté espoirs justement, on en place beaucoup du côté d’Independiente sur les jeunes Gandin (24 ans) et Nuñez (23 ans), récents buteurs en Coupe “Sudamericana” (l’équivalent de la coupe de l’UEFA), contre Estudiantes de La Plata, pour redonner aux “Rojos” (les Rouges d’Independiente) leur brillant d’antan. Un Estudiantes qui s’en remettra, cette année encore, aux coups de patte et à la “grinta” de l’inusable Veron. On surveillera aussi le premier club de Maradona, Argentinos, l’un des plus stables et réguliers du championnat, et qui possède en la personne du milieu Gabriel Peñalba (24 ans), récemment promu attaquant, un joueur déstabilisant, fort de la tête et des deux pieds. Une future recrue d’un grand d’Europe ? L’avenir le dira.

En attendant, le ballon a déjà commencé à rouler à Buenos Aires, Rosario et La Plata. Boca Juniors n’a pas fait de détails et s’est imposé 4-0 contre Ginmasia tandis que River Plate s’est contenté d’un nul (1-1) sur le terrain du Colon Santa Fe alors que le Lanus du prodige Diego Valeri (photo) l’a emporté 2-0 au Racing. Dans des stades toujours aussi bouillants et colorés, comme l’ont démontré les deux matches de Coupe Sudamericana.

Au pays du futbol-roi, la passion, elle, ne meurt jamais.

De notre correspondant à Buenos Aires, P. L.

->Pedro Lima

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