Cela semble à peine croyable. Alors que la France a permis l’apparition de la Coupe du Monde et des diverses Coupes d’Europe, que le pays est l’un des plus titrés au monde et que son championnat fait partie des meilleurs du Vieux Continent, il était encore impossible il y a six mois de trouver des chaussures de football entièrement fabriquées sur son sol. Une incohérence historique corrigée avec la récente apparition de Milémil. Jeune PME française basée à Romans-sur-Isère, elle résulte de la drôle de rencontre entre Christophe et Isabelle, co-fondateurs de l’entreprise rhonalpine.

« Je joue au football depuis 25 ans et je n’ai jamais joué avec des chaussures de foot fabriquées en France, explique d’emblée Christophe. J’ai joué avec énormément de marques mais jamais fabriquées en France. Un jour je suis allé sur un forum spécialisé dans la fabrication du cuir, le centre technique du cuir, et j’ai posé cette question : « Y a-t-il des chaussures de foot fabriquées en France ? » Je n’ai pas eu de réponse, et au bout de trois semaines, Isabelle m’a contacté. On a commencé à discuter, j’ai fait des recherches sur des anciens fabricants en France, je n’ai rien trouvé. On s’est lancé dans cette aventure de fabriquer des chaussures en France, puisque Isabelle est passionnée de cuir et moi passionné de chaussures de foot », précise-t-il.

Quand la belle idée devient réalité

La principale intéressée confirme : « Je suis passionnée de chaussures depuis le début, de cuir. Je suis ingénieure chaussures de formation, donc mon métier c’est d’écouter les besoins du sportif et de le retranscrire en produit. Et c’est pour ça que la rencontre a été forte. Christophe savait exactement ce qu’il voulait en termes de produit, et moi j’ai retranscrit tout ça en termes d’usage », détaille-t-elle. Puis tout s’accélère. Une campagne de financement participatif est lancée sur internet et réunit rapidement une centaine de personnes. L’aventure se poursuit alors dans la Drôme, où Milémil vient d’ailleurs d’ouvrir sa première boutique : « Romans-sur-Isère c’est la capitale française de la chaussure. On y fabrique des chaussures depuis 4 ou 5 siècles. C’était Romans ou Romans », révèle Christophe.

Tous les éléments sont en place pour passer à la conception, la fabrication et la commercialisation des premières chaussures. Tout comme le développement d’une gamme "supporter", un modèle féminin voit le jour : « Pour l’élaboration des modèles, on ne s’est pas trop posé la question. Ayant développé le modèle foot, on a pensé tout de suite aux supporters, aux dirigeants, aux éducateurs, à tous les gens qui sont autour du terrain. Donc on a tout simplement pris le même volume chaussant que la chaussure de foot, une semelle plate, de ville, et on a pu s’amuser avec des couleurs plus flashy, dans l’air du temps », détaille-t-il, avant de poursuivre : « La gamme féminine, c’était une évidence. Le foot aujourd’hui c’est l’homme et la femme. Pratiquement tous les clubs en France ont une équipe féminine, en jeunes ou en senior, donc il n’y a pas de raisons que les femmes ne jouent pas avec nos crampons. » Des gammes vissées, multi-crampons et junior sont à l’étude par ailleurs, preuve d’un concept qui séduit.

Fabrication française contre grandes multinationales

Mais comment atteindre un large public sans le renfort marketing très agressif des poids lourds du secteur ? Milémil a sa propre recette, comme l’explique Christophe : « En terme de campagne de pub, pour le moment on n’en fait pas, ce n’est pas possible pour notre jeune PME. On base tout sur le confort, la qualité du produit, le fait que ça soit fabriqué en France. Le plus important pour nous c’est qu’une personne joue le dimanche avec nos chaussures. Quand il les a dans les mains et une fois qu’il les met aux pieds, tout ce qui revient c’est : « Votre chaussure c’est un chausson ». Donc ça fait parler dans le vestiaire : une chaussure en cuir, fabriquée en France. C’est notre meilleure publicité actuellement. » Une appellation made in France revendiquée puisque l’entreprise drômoise était présente au salon éponyme courant novembre à Paris.

De quoi dégager un client type : « 95% de nos commandes sont effectuées par des hommes, à partir de 27 ans. C’est la personne qui se chausse avec la fameuse paire d’Adidas. Arrivé à un moment, on laisse un peu de côté le vert fluo, la virgule, et on se rapproche d’un produit confortable. » De telle sorte que plusieurs joueurs professionnels portent des crampons Milémil : Quentin Bernard (Niort), Karima Benameur (PSG féminin) ou encore Youness Bengelloun (FC Goa, Inde). Y compris du côté des amateurs, la chaussure se met à voyager, précise Isabelle : « On a vendu des paires au Luxembourg, en Suisse, en Belgique, en Allemagne. On en a deux ou trois aux États-Unis et une qui part au Japon. Pour la plupart ce sont des Français qui sont là-bas. Notre produit plaît beaucoup pour faire des cadeaux et commence à s’exporter tout doucement. » La qualité et le fait main ayant un prix, comptez 159€ pour l’Infatigable, modèle phare de la jeune PME, et 139€ pour la gamme supporter. A quelques jours de Noël, nul doute que la seule chaussure de football fabriquée en France fera fureur sous le sapin.