Après la victoire arrachée face à la Moldavie après un match terriblement décevant jeudi, l’équipe de France se rendait en Albanie ce dimanche soir pour terminer son aventure qualificative à la première place. C’était en tout cas l’objectif principal, d’un point de vue sportif, de la rencontre, avec en parallèle l’ambition d’offrir une 100e réussie à Didier Deschamps sur le banc de touche. Une fois n’est pas coutume, le sélectionneur national avait fait des choix forts en installant une défense à trois, pour la première fois de son long mandat avec les Bleus. Varane et Lenglet étaient ainsi accompagnés de Kimpembe, tandis que Dubois et Mendy, pour son retour, animaient les couloirs. Autre fait notable, l’absence de Kylian Mbappé du onze de départ pour cause de maladie. L’équipe de France affichait donc un visage inédit, avec le trio Griezmann-Ben Yedder-Giroud en attaque.

Et les premières minutes montraient que les Bleus avaient besoin de prendre leurs marques dans ce système, faisant circuler le ballon proprement. Les montées de Mendy et Dubois sur les côtés laissaient toutefois promettre de bonnes choses. Sur l’une du Citizen, Hysaj commettait la faute et laissait un bon coup-franc pour Griezmann. Ce dernier mettait le ballon au premier poteau sur la tête de Tolisso qui trompait Berisha (1-0, 8e). Une entame idéale pour les Français, avec le premier but de Tolisso en bleu et la 9e passe décisive en 2019 pour Griezmann. Ce but galvanisait les hommes de Deschamps qui maintenaient la pression dans le camp albanais. Griezmann, en chef d’orchestre, distillait les bons ballons, se servant notamment de Dubois dans la profondeur. Les occasions manquaient toutefois à l’appel.

Un Griezmann en mode caviar

La maîtrise française allait cependant bel et bien découcher sur un deuxième but. Léo Dubois surgissait pour récupérer un ballon aux abords de la surface adverse, bénéficiait d’un contre favorable, s’engouffrait sur le côté gauche et centrait fort devant le but. Griezmann avait bien senti le coup et mettait son pied droit en opposition pour glisser habilement le ballon au fond des filets (2-0, 31e). La fin de la disette pour le numéro 7, après 7 matches sans marquer en équipe de France. Le score était tout proche de s’alourdir avant la pause avec une tête de Lenglet, seul, qui passait juste au-dessus après un corner botté par Griezmann, encore lui. Au retour des vestiaires, le meneur de jeu français délivrait un nouveau caviar à destination de Giroud, qui choisissait le côté fermé pour sa frappe. Berisha détournait (52e). Puis Griezmann tentait de servir idéalement Ben Yedder, un peu trop court (54e).

L’Albanie se révoltait un peu, avec le jus des deux entrants, et il fallait que Kimpembe, en vue, et Lenglet s’emploient pour contrer in extremis les quelques percées dans la surface. A part une dizaine de minutes un peu compliquées, les Français géraient correctement les choses. Olivier Giroud ratait une nouvelle occasion, et touchait le poteau après s’être appliqué, sur un nouveau service 5 étoiles de Griezmann (72e). Il ne se passait plus grand-chose jusqu’au coup de sifflet final, hormis l’entrée en jeu de Nabil Fekir à la place de Ben Yedder et de Pavard à la place de Dubois. Avec cette victoire sérieuse acquise en première période, les Bleus ont assuré la première place du groupe devant la Turquie, fait (un peu) oublier la piteuse prestation contre la Moldavie et offert une belle 100e à Didier Deschamps.

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L’homme du match : Antoine Griezmann (8) : une prestation de haut vol, bien loin de celle livrée contre la Moldavie. Il a retrouvé le tranchant et le sens du tempo par rapport au match de jeudi. Le Barcelonais a tout bien fait face à l’Albanie. Les coups de pieds arrêtés ? Impeccablement tirés, avec le but de Tolisso à la clé. Les inspirations offensives ? Il a livré des caviars à la pelle à Olivier Giroud. L’efficacité ? Il a jailli dans le bon timing pour reprendre un centre de Dubois et inscrire le but du 2-0. Un grand Griezmann.

Albanie :

- Berisha (6) : le gardien de l’Atalanta Bergame encaisse un but rapidement sur un coup de tête de Tolisso (8e). Il apprécie mal la trajectoire du ballon et son placement est peu hasardeux. Il ne peut rien sur le deuxième but des Bleus, où Griezmann le crucifie au point de penalty (2-0, 31e). Plus concentré par la suite, il a été auteur de bonnes sorties que ce soit dans le domaine aérien ou dans les pieds des attaquants français, comme devant Giroud par deux fois (52e, 64e) ou encore sur une frappe de Dubois (68e).

- Hysaj (4,5) : positionné dans ce rôle de piston droit, le capitaine albanais a pris un très mauvais départ dans cette rencontre. Sur l’ouverture du score française, le joueur du Napoli se fait prendre par Tolisso qui place une tête imparable (1-0, 8e). Mieux par la suite où il a profité des espaces laissés sur son côté pour apporter des solutions et ses retours défensifs se sont avérés précieux au fil de la rencontre. Remplacé par Trashi (82e).

- Veseli (3) : du travail, beaucoup de travail. Le défenseur d’Empoli n’a pas été en réussite. Il n’arrive pas à prendre Dubois sur le deuxième but français et lui laisse tout le loisir de centrer pour Griezmann (2-0, 31e). En difficulté dans son dos, il a peiné également dans ses relances. Peu académique dans ses dégagements, il ne s’est pas embêté mais cela lui a parfois porté préjudice.

- Dermaku (4) : au centre de cette défense à trois, le joueur de Parme a été au combat. Et il a été servi avec Giroud qui lui a imposé un sacré duel physique. Le défenseur a laissé trop d’espace à l’attaquant des Blues, qui s’est parfois retrouvé seul dans des situations favorables à des occasions de buts.

- Djimsiti (4) : souvent bien placé et dans l’anticipation, il a gêné Giroud dans les duels aériens. Mais il n’a pas assez bien dirigé sa défense pour éviter qu’elle se fasse prendre en profondeur. Un match moyen où il aurait pu mieux gérer certaines situations, notamment sur le deuxième but français où il semble apathique. Difficile de lui en vouloir, il n’a pas été aidé par les dédoublements français.

- Lenjani (3) : avec Dubois face à lui, il a eu beaucoup de mal à contenir les assauts du latéral lyonnais. Souvent en retard ou mal placé, il a pénalisé son équipe. Une première période complètement à l’envers qui a précipité son remplacement (46e) à la pause par Roshi (5) Le joueur du Terek Grozny a mieux géré les incursions de son adversaire direct mais n’a pas assez apporté offensivement pour créer le déséquilibre, notamment dans le dos de Dubois.

- Gjasula (4) : placé en sentinelle, celui qui possède aussi la nationalité allemande a essayé d’orienter le jeu de son équipe mais a parfois manqué de liant dans ses transmissions. Dans le second acte, il est apparu débordé, incapable de contenir les assauts français dans son camp.

- Bare (6) : dans ce milieu à trois, le joueur de Málaga a été intelligent dans ses transmissions. Grâce à une bonne utilisation du ballon, il a créé des décalages qui ont débouché sur des situations intéressantes pour ses attaquants. Il s’est aussi procuré plusieurs occasions mais a manqué de précision dans le dernier geste, à l’image de cette reprise qui passe au-dessus (56e).

- Qose (2,5) : un match compliqué où il a surtout essayé d’imposer son physique au milieu, provoquant de nombreuses fautes. Pas toujours efficace dans ses interventions, il est en retard sur le deuxième but français où il ne parvient pas à contenir Griezmann qui arrive lancé (2-0, 31e). Pas à la hauteur de l’événement ce soir, son sélectionneur n’a pas hésité à le remplacer à la pause (46e) par Memushaj (4) qui a évolué un cran plus haut afin d’apporter le danger, sans être récompensé avec quelques pertes de balles dangereuses. Il a terminé la rencontre capitaine après la sortie de Hysaj.

- Manaj (6) : très percutant, toujours en mouvement, il a posé pas mal de soucis à la défense des Bleus. Au four et au moulin, c’est le joueur albanais a mettre en avant ce soir. Il a été dans tous les bons coups offensifs de son équipe. Seul bémol, il manque parfois de justesse dans le dernier geste.

- Balaj (4) : des déplacements intéressants et des prises de balles nettes qui ont parfois dérouté la défense française mais pas au point de la faire plier. Ses remises en une touche auraient pu être mieux négociées par ses partenaires mais il a manqué de cartouches offensives pour s’exprimer. À noter qu’il aussi beaucoup défendu pour gêner la relance des Tricolores.

France :

- Mandanda (6) : un match d’apparence tranquille, car sans véritable occasion pour l’Albanie. Pourtant, le portier marseillais a eu du boulot, entre les centres un peu vicieux et les sorties aériennes. Il s’en est bien sorti, avec en bonus quelques dégagements bien sentis.

- Varane (6,5) : une première intervention dès la 1ere minute de jeu l’a mis de suite dans le bain. La suite a été à la hauteur. Intraitable dans les duels, dominant dans les airs, le capitaine du soir a rayonné et aussi impulsé le pressing haut français en ne concédant pas le moindre espace aux attaquants pour les empêcher de se retourner.

- Lenglet (6) : au sein de la défense à trois, il a occupé le rôle central. A priori une tache qui l’éloigne des duels en un contre un et qui permet de jauger la qualité de relance. Il l’a bien fait puisqu’il a orienté le jeu avec justesse. Averti injustement à la 26e après un duel gagné. Il a eu plus de travail après la pause, avec une intervention bien sentie dans sa surface (60e) pour contrer une frappe.

- Kimpembe (6,5) : il était celui qui maîtrise probablement le mieux la défense à trois puisque Thomas Tuchel l’a utilisé à plusieurs reprises avec le PSG. Dans l’axe gauche, il a été sérieux, et régulièrement compensé les montées de Mendy. Un bon tacle dans les pieds adverses en première période pour stopper une situation de contre. Beaucoup de bonnes interventions en début de seconde mi-temps dans le temps fort albanais. Certes, son style n’est pas toujours académique, mais il a eu le mérite d’être efficace.

- Dubois (6,5) : on a senti qu’il avait des jambes dès son premier débordement suivi d’un centre tranchant. Effectivement, le joueur lyonnais s’est bien dépensé offensivement, à l’image de son action sur le but de Griezmann, avec une passe décisive à la clé. Une belle frappe cadrée à la 68e minute, comme une nouvelle preuve qu’il sentait bien les coups ce soir. Défensivement, il s’est acquitté de son travail avec sérieux et a été moins embêté que Mendy. Remplacé par Benjamin Pavard (88e).

- Mendy (5) : pour son grand retour en Bleu, le latéral gauche de Manchester City était placé dans une situation plutôt favorable avec ce schéma à 3 défenseurs axiaux qui pouvait lui permettre d’arpenter son couloir avec une plus grande liberté. Mais la liberté, il l’a peut-être trop prise, laissant trop d’espaces dans son dos. Hysaj, son adversaire direct, s’est engouffré avec joie dans les brèches et Mendy était trop souvent en retard. Offensivement, il a délivré quelques bons centres. Pas si mal après un an et demi sans titularisation en sélection nationale. Remplacé à la 75e par Lucas Digne.

- Tolisso (7) : une première période de très haut niveau. Au-delà de son but de la tête dès la 8e minute, qui a lancé les Bleus sur la bonne voie, le joueur du Bayern Munich a rayonné dans l’entrejeu. De l’impact dans les duels et surtout une volonté quasi-permanente de jouer vers l’avant. Tolisso a pris des risques, ne s’est pas contenté de jouer latéralement, s’est projeté et a impulsé le bon tempo. Un peu moins en vue après la pause mais toujours vigilant et présent dans les duels. Un très bon match.

- Sissoko (5) : la comparaison avec Tolisso ne va pas dans son sens. On n’a pas vu le Sissoko perforateur ce dimanche à Tirana. Plutôt le compensateur, avec peu de prises de risque offensives. Il a laissé Tolisso jouer ce rôle et s’est appliqué à boucher les trous. Pas forcément très inspiré balle au pied et pas présent sur les occasions françaises. Timoré.

- Griezmann (8) : lire ci-dessus.

- Ben Yedder (4) : c’était un soir à marquer des points et comme contre la Turquie lors du précédent rassemblement, l’attaquant de l’AS Monaco n’en a pas inscrit beaucoup... Il a affiché du déchet dans ses remises dos au but, certes pas son point fort. Trop de ballons perdus, pas le bon tempo, mais aussi un manque de jus physiquement qui ne lui a pas permis de s’imposer face aux gabarits albanais. Toujours un peu trop court ou mal inspiré, Ben Yedder a laissé filer une nouvelle occasion de convaincre en tant que titulaire. Remplacé par Nabil Fekir (85e).

- Giroud (5,5) : si Mbappé n’avait pas été malade, il n’aurait pas débuté à Tirana. De nouveau titulaire, il a livré sa partition habituelle. Du combat, des duels acharnés avec les défenseurs adverses, des bonnes remises de la tête. Et puis pas grand-chose en première période. Beaucoup plus en deuxième : une frappe petit côté sorti par Berisha (52e), une frappe sèche en angle fermé (64e), et le poteau touché après une frappe enroulée. Il lui aura donc manqué l’efficacité, trois jours après avoir sorti les Bleus de l’ornière contre la Moldavie.