« On le sait depuis longtemps, le problème de la sélection algérienne n’est pas le sélectionneur. Le mal est plus profond », nous explique Saïd Fellak, journaliste pour Le Buteur. En effet, en Algérie, les sélectionneurs passent mais les problèmes restent. Depuis le départ de Christian Gourcuff en 2016, Milovan Rajevac, Georges Leekens, Lucas Alcaraz et Rabah Madjer se sont succédés à la tête de l’équipe nationale d’Algérie. Une sélection qui va de déception en déception depuis son coup d’éclat lors de la Coupe du Monde 2014 au Brésil. Pour tenter de relancer la machine, la Fédération algérienne de football a nommé Djamel Belmadi le 2 août dernier. Celui qui a fait ses preuves en tant qu’entraîneur au Qatar (Al-Duhail) était parfaitement conscient qu’un challenge colossal l’attendait puisqu’il prenait les commandes d’une équipe en chantier. Depuis son arrivée, les Verts ont joué trois rencontres officielles toutes compétitions confondues. La première le 8 septembre face à la Gambie (1-1). Les deux suivantes étaient face au Bénin durant ce mois d’octobre. Le 12 octobre, les Algériens se sont imposés 2 à 0 à domicile.

« Évidemment qu’on est satisfait de cette victoire. Après deux sorties, deux matchs, il y a encore du travail, il y a beaucoup de travail. Tant mieux, cela veut dire qu’il y a une vraie marge de progression. Donc, moi je suis satisfait. Je ne vais pas faire la fine bouche », confiait Belmadi. Et il ne croyait pas si bien dire. Mardi (16 octobre), son équipe s’est inclinée 1 à 0 au Bénin. Le Buteur précise d’ailleurs qu’il s’agit de la première défaite des Fennecs face à cette nation. Djamel Belmadi a pris ses responsabilités après la défaite. Ses propos sont relayés par Le Buteur. « Écoutez, les défaites, je les prends pour moi. C’est moi le responsable. J’ai 23 internationaux qui se valent et n’oubliez pas qu’il y a quatre jours, nous avons gagné le match aller. J’ai fait quelques changements, car je suis un coach qui aime apporter du sang neuf à l’équipe. Parfois, ça marche, parfois non. Belfodil, quand il marque face à Manchester City en Ligue des champions, tout le monde dit qu’il faut le convoquer en sélection. On fait des choix et à la fin, on tire les bonnes conclusions, mais quand on joue, il faut savoir être au niveau ».

Belmadi impose son style

En quelques jours, le sélectionneur a vu le meilleur et le pire de son équipe. Mais il a surtout compris l’ampleur de la tâche qui l’attend comme l’a démontré la presse locale avec ses unes "Belmadi déçu et choqué" (Compétition) et "Belmadi en colère" (Le Buteur). Malgré ce bilan mitigé, Djamel Belmadi essaye d’imposer son style de plusieurs façons. Contrairement à son prédécesseur Madjer qui faisait la part belle aux joueurs locaux, l’entraîneur algérien compte surtout s’appuyer sur des binationaux. Ce qui s’est ressenti dans ses deux premières listes. A cela, il faut ajouter qu’il a aussi faire revenir des cadres comme Sofiane Feghouli ou Raïs M’Bohli, peu considérés par Madjer. Il veut aussi instaurer une concurrence plus forte et responsabiliser ses éléments moteurs. Ainsi, il n’a pas hésité à envoyer Riyad Mahrez (mardi) ou Aïssa Mandi (vendredi dernier) sur le banc de touche. « On est bon, on joue, on n’est pas bon, on vient s’asseoir gentiment sur le banc de touche sans problème » , a-t-il déclaré. Il a aussi dit : « J’ai préféré avoir un joueur qui est capable de prendre les espaces, de prendre son couloir… Youcef (Atal) est plus apte qu’Aïssa (Mandi) à jouer ce rôle-là ! »

Dans sa communication aussi Djamel Belmadi amène sa touche personnelle. A la fois rentre-dedans avec la presse algérienne qui, on le sait, n’est pas du tout du genre à être tendre (il avait remis en place des journalistes), il fait aussi preuve de franchise et de respect n’hésitant pas à mettre en avant son amour pour le pays. Un discours qui passe bien auprès des médias mais aussi auprès de ses joueurs comme Youcef Atal : « J’ai découvert le coach durant ce stage. C’est un entraîneur qui sait comment motiver ses joueurs. Il sait comment nous pousser à tout donner sur le terrain. Son discours est très décisif. Il reste encore des choses à améliorer mais sur le plan de l’engagement, on est devenus presque infaillibles ». Au niveau du jeu, il reste énormément de boulot pour le staff qui semble encore chercher la bonne formule avec une équipe qui a toujours les mêmes problèmes d’irrégularité et qui individuellement comme collectivement est en dessous de ce qu’elle peut faire. « Belmadi est plutôt un adepte du 4-2-3-1. C’est son système préférentiel. Il a parfois fait passer l’équipe en 4-3-3. Mardi face au Bénin, elle est passée pour la première fois en 4-4-2 avec Belfodil et Bounedjah. Mais ça n’a pas été une réussite », analyse le journaliste du Buteur.

Une sélection en chantier

Il a aussi fait des changements qui ont étonné entre le match aller victorieux et le retour face au Bénin. Un élément comme Bounedjah, qui avait marqué lors de ses deux titularisations, a débuté sur le banc. Saïd Fellak nous confie : « Belmadi a voulu donner la chance à un maximum de joueurs. Mais il a été déçu par le rendement de pas mal d’entre eux. Il lui faut encore du temps pour mettre en place sa patte même si on voit qu’il a voulu montrer au groupe que la concurrence est relancée en mettant notamment Mandi puis Mahrez sur le banc. Lorsqu’il a pris en main l’équipe, il ne pensait pas vraiment que ça allait être aussi compliqué. Il croyait qu’avec autant de joueurs de talent cela allait suffire. Mais entre des joueurs qui s’éclatent avec leurs clubs respectifs en Europe et en sélection ce n’est pas vraiment pareil. Compter sur des noms cela ne suffit pas dans les conditions difficiles. Depuis plusieurs années maintenant l’Algérie ne sait plus jouer en Afrique noire ».

Un vrai problème que Djamel Belmadi, qui assume son rôle de leader et de patron, doit aussi régler comme il l’a avoué : « Comment se fait-il que la dernière victoire de notre équipe nationale remonte à deux ans et demi face aux Seychelles. On a fait parler tout le monde avant le match, puisque pas mal de joueurs y étaient à ce déplacement et ils ont dit des choses et émis les raisons. On connaît tous le contexte africain. Le ballon qui ne revient jamais et les conditions difficiles que l’on trouve là-bas par rapport au terrain, le climat et la pression, mais il fallait montrer autre chose de notre part (...) Lors de ce genre de match en Afrique, il faut être valeureux sur le terrain et répondre présent dans l’impact physique. Il faut être solide et savoir défendre correctement. Le but qu’on prend est inadmissible. On ne peut pas se faire avoir de la sorte. On est des internationaux. À ce niveau-là, on ne doit pas encaisser comme ça ». Dans l’état d’esprit mais aussi dans le jeu, Djamel Belmadi attend beaucoup mieux de ses troupes. Et il n’est pas le seul !

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