A 37 ans, ils seraient nombreux à raccrocher les crampons. Pas Jocelyn Blanchard, qui a choisi de redonner un dernier coup de fouet à sa longue carrière en rejoignant l’Austria Kärnten. Après six années passées à l’Austria Vienne, l’ancien milieu de terrain du FC Metz a privilégié son temps de jeu malgré une proposition de reconversion. Le voilà donc reparti pour une saison à arpenter le milieu de terrain et à ratisser un maximum de ballons. Pour Footmercato, Jocelyn Blanchard est revenu sur toutes les étapes de sa carrière, de son passage à la Juventus Turin jusqu’à son incroyable aventure autrichienne.

Footmercato : Vous entamez une nouvelle aventure avec l’Austria Kärnten. Est-ce votre dernière saison de joueur ?

Jocelyn Blanchard : Il ne me reste plus beaucoup d’années à jouer. On ne peut pas trop se projeter vers l’avenir. On ne sait pas ce qui va arriver, une blessure importante par exemple. Je pense aujourd’hui que je pourrai encore jouer deux saisons. Ça fait déjà 4-5 ans, que je pense année par année. C’est difficile à la fois pour la tête et pour le corps.

FM : Êtes-vous satisfait de votre début de saison avec votre nouveau club ?

JB : On ne peut pas être satisfait, car on est derniers au classement. On n’a marqué qu’un point. On a de grosses difficultés. Personnellement tout se passe bien, mais on est d’abord satisfait par les résultats de l’équipe. On fait le maximum, mais il y a des choses qui ne fonctionnent pas comme on le voudrait. On a une jeune équipe et peu de moyens. On aspire à beaucoup mieux.

FM : Vous êtes passé du meilleur club du pays à un club plus jeune. Vous saviez que ce serait moins évident...

JB : Oui, bien sûr. Je suis venu ici avec un autre objectif, celui d’aider le club. Après 6 ans à Vienne, j’avais fait le tour. Jouer le haut niveau c’est mieux, mais je découvre aussi autre chose. J’ai eu beaucoup d’expériences différentes dans ma carrière, en voilà une nouvelle. Ici, on n’a pas les mêmes moyens, pas la même qualité de joueurs autour de soi. On ne peut pas avoir les mêmes exigences.

FM : La fin de votre aventure avec l’Austria Vienne vous a-t-elle déçu ?

JB : Au départ, j’avais dit que l’Austria serait mon dernier club. Je m’y sentais comme chez moi, j’y avais tout connu. Mais il y a une réalité économique qui fait la vie du footballeur. À mon âge, un club n’a pas forcément envie de mettre autant d’argent. C’est complètement logique. Eux voulaient me voir rester dans l’organigramme du club, mais moi j’avais encore envie de jouer. Tant physiquement que moralement, j’ai toujours envie, je préfère m’user sur un terrain jusqu’au bout. J’aurai toujours le temps de rentrer dans un staff ou de travailler pour un club. Le jour où ça s’arrête, ça s’arrête définitivement. Si j’avais eu un vrai challenge avec l’Austria, préparé et bien étudié, j’aurais pu faire le sacrifice d’arrêter de jouer. Mais ce n’était pas encore le cas.



Une possible carrière d’entraîneur

FM : Une carrière d’entraîneur ou de dirigeant vous attire-t-elle une fois que vous aurez raccroché les crampons ?

JB : Oui, j’aimerais bien travailler pour un club. Devenir entraîneur serait l’idéal. Mais je serai même ouvert à une autre fonction. J’aimerai participer à la vie d’un club. À Vienne, j’aurais souhaité être en coordination avec l’entraîneur, le directeur sportif et les équipes de jeunes.

FM : Un retour en France muni d’une telle fonction vous plairait ?

JB : Oui, c’est vraiment un but que je me suis fixé.

FM : Vous avez tout gagné en Autriche, collectivement comme personnellement. Vous attendiez-vous à de tels succès en débarquant à l’Austria Vienne ?

JB : J’ai eu la chance de venir dans un club qui jouait des titres. Je n’y suis pas venu sans rien connaître. Je n’ai pas atterri dans n’importe quel club. Donc j’avais quelques garanties. Maintenant, en me retournant sur mon parcours, je ne m’attendais pas à ça. Je suis venu ici pour jouer un an, l’esprit libre, tranquille. À l’arrivée, j’ai passé 6 superbes années. C’est une chance inouïe que j’ai eue de pouvoir quitter Lens et d’arriver ici. À mon arrivée, l’Austria devait disputer le tour préliminaire de la Ligue des Champions. C’était intéressant pour moi. En tant que nouveau, qui ne parlait pas la langue, je n’avais aucune pression et c’était génial. Puis je me suis retrouvé engagé dans ce club, avec des responsabilités.

FM : Au moment de quitter Lens, vous aviez d’autres propositions ?

JB : Oui mais l’Austria jouait la Ligue des Champions. Plutôt que d’aller dans un club qui jouait la 15e place en Angleterre, en Espagne ou en France, j’ai privilégié un club qui pouvait être en haut de l’affiche. Il n’y a pas photo. Et puis ce club avait vraiment envie de moi.

FM : Que pouvez-vous nous dire sur le championnat autrichien ?

JB : C’est un championnat moyen au départ, mais avec 4 ou 5 équipes de tête qui ont un très bon niveau. En témoigne la présence de 4 clubs autrichiens en Europa League. Et puis, l’Autriche a battu la France, par exemple. Ici, il y a des clubs, des joueurs qui valent le coup d’être regardés. Ici, à chaque match de Coupe d’Europe, il y a tous les recruteurs qui sont là. J’ai rencontré beaucoup de dirigeants, d’entraîneurs qui venaient voir les matches de l’Austria. Beaucoup de nos joueurs sont partis à travers l’Europe. Trois ou quatre joueurs de Ligue 1 viennent de l’Austria : Helstadt du Mans, Sverkos et Afolabi de Sochaux, Sebo de Valenciennes...



L’équipe de France, son fer de lance

FM : Croyez-vous aux chances de l’Autriche pour les qualifications à la Coupe du Monde 2010 ?

JB : Ah non, mais ce n’est pas possible ! Déjà que j’avais du mal à croire à la France...(rires). La France va prendre les trois points contre les Îles Féroé, donc ça sera dur pour l’Autriche. Si la France perd contre les Îles Féroé, je mange un âne !

FM : Quel regard avez-vous sur l’équipe de France ?

JB : C’est mon fer de lance. Pour moi ici, il est très important que l’équipe de France fasse de bons résultats. Je suis un peu un faire-valoir ici. Les gens m’écoutent, me regardent, parce que je suis français et parce que j’apporte quelque chose d’autre. Si la France prend une taule contre l’Autriche, mon crédit descend en flèche. Quand l’Autriche a battu la France, les joueurs, eux, sont retournés en France, mais moi je suis resté ici ! Les critiques, elles sont pour moi ensuite.

FM : On a beaucoup parlé de Marc Janko la saison dernière. Pensez-vous qu’il a les qualités pour réussir au sein d’un grand club européen ?

JB : Il les a forcément. Quand un attaquant met 37 buts dans un championnat, il faut le considérer. Deuxièmement, c’est un beau bébé. Il n’est pas maladroit avec ses pieds. C’est évident, il doit aller jouer dans un grand championnat. Un bon joueur est toujours meilleur dans une bonne équipe et dans un bon championnat. Par contre, Salzbourg est une équipe munie d’un budget de 50 M€, qui offre de bons salaires et qui n’a pas besoin de vendre. Mais si j’étais dirigeant, je le prendrais tout de suite !

FM : Avez-vous eu des contacts avec des clubs français durant vos années à l’Austria Vienne ?

JB : Oui, j’ai déjà eu quelques contacts. Mais c’était toujours pour aller jouer dans un club de bas de tableau. Pour me faire bouger d’ici, il en faut des arguments !



Les regrets de son aventure à la Juventus

FM : N’avez-vous jamais hésité à revenir en Ligue 1 ?

JB : Non, car en France, les clubs sont trop réticents à faire revenir des joueurs de plus de 30 ans. Quand j’ai quitté Lens, j’avais seulement 31 ans, et pourtant, je sentais que c’était déjà difficile de rester dans le championnat. Alors à 34 ou 35 ans... C’est le problème en France. Si demain je rentre en France et que je joue en Ligue 1, tout va bien seulement si l’équipe tourne bien. Comme Makelele à Paris. Par contre, dès que le PSG a perdu sa place d’européen, tout le monde est tombé sur Makelele.

FM : Que retenez-vous de votre passage à la Juventus de Turin ?

JB : Cela reste une superbe aventure. Le seul point que je regrette aujourd’hui, au début je ne le regrettais pas, c’est mon impatience. J’ai été trop impatient. J’aurais du rester à la Juve et ne pas vouloir partir au bout d’un an. J’avais l’habitude jouer 50 matches par an, là-bas, j’en jouais 20. je me suis dit : qu’est-ce que je fais là ? Je pensais qu’à la fin de ma carrière, je ne me souviendrais que des matches que j’ai joués. Pas des matches où j’ai attendu sur le banc. Donc j’ai eu peur de ça. Aujourd’hui, avec le recul, j’aurais dû rester tranquille et j’aurais fait mon petit bonhomme de chemin tout aussi bien. On ne sait pas ce qui se serait passé. On me conseillait de rester.

FM : Quel club vous a le plus marqué dans votre carrière ?

JB : Metz. Parce je découvrais la première division, parce qu’on était un groupe de jeunes. On faisait notre métier pour pas un franc (rires) et c’était une ambiance extraordinaire. D’ailleurs, j’ai failli retourner à Metz. Eux m’ont fait une belle proposition. Ils avaient un super projet. Ça s’est joué à des détails. J’aurais très bien pu revenir à Metz. Le discours du président était très agréable. Je les ai remerciés pour cela, car j’étais fier qu’ils fassent appel à moi.