Foot Mercato : Tout d’abord José, comment allez-vous ?

José Pierre-Fanfan : Bien, merci. Déjà, pour tous vos lecteurs, mes meilleurs vœux pour cette nouvelle année. Sur un plan personnel, j’ai entamé ma reconversion depuis maintenant deux ans. Je suis délégué régional à l’UNFP. Je suis responsable des effectifs pros de toutes les régions Nord, Nord-Ouest, et région parisienne. C’est à dire les clubs que sont Lille, Lens, Valenciennes, Caen, Boulogne, Le Havre, Amiens et le Paris Saint-Germain. À côté de ça, je suis homme de terrain à Canal+. Et j’ai une activité plus bénévole auprès de la sélection martiniquaise. Je leur donne un coup de main en termes de restructuration, comme a pu le faire Jocelyn Angloma avec les Gwada Boys. Il s’agit de revaloriser la sélection martiniquaise, et faire qu’elle aille le plus loin possible dans la Gold Cup.

FM : Passer d’une vie de footballeur à une nouvelle carrière, est-ce difficile à gérer ?

JPF : Oui, c’est toujours compliqué. Même si je m’y préparais déjà, car lorsque je suis parti aux Rangers, j’ai commencé à préparer un Diplôme Universitaire de Gestion de Direction Sportive, c’est niveau Bac+2. Je passe actuellement ma licence d’agent. J’ai donc commencé à préparer petit à petit mon après-carrière. Mais le jour où tu arrêtes, c’est toujours difficile. J’ai eu 17 ans de carrière professionnelle, tu as l’habitude d’être dans un vestiaire, de retrouver tes coéquipiers, de déconner. Et là, c’est ton rythme qui est totalement différent. Tu n’as pas de repères, mais j’ai eu la chance de pouvoir enchaîner tout de suite avec Canal+ et l’UNFP. Je n’ai donc pas trop eu le temps de cogiter, et puis j’ai la chance d’évoluer dans le milieu du football. Je vais donc encore dans des vestiaires, je vois des joueurs, je discute. Ça permet d’encaisser plus facilement.

FM : Certains parlent même de petite mort pour un footballeur qui arrête sa carrière. Avez-vous ressenti cela à un moment donné ?

JPF : Oui et non. Il y a pas mal de choses qu’on regrette, c’est vrai. Même si j’ai fait une bonne carrière, j’ai connu des choses exceptionnelles, j’ai connu des titres. On se demande toujours pourquoi on a fait tel ou tel choix, on voit ses amis qui eux sont toujours sur le terrain. Quand on regarde des matches, on se dit qu’on pourrait jouer. Mais en réalité, physiquement, on ne tient plus (rires). C’est compliqué, c’est un passage difficile. Depuis gamin, on joue au foot, on est à fond dedans, on arrive à vivre de notre passion. Et à la trentaine, c’est un monde qui s’écroule. Et même au niveau du regard des gens, on est vite oublié. On signe des autographes dans la rue, on est sollicité, et on le devient moins ! Il faut donc se préparer.

FM : Parmi vos activités, il y a ce poste à l’UNFP. Quel est votre quotidien dans cette fonction ?

JPF : Au quotidien, on a déjà un rôle pour que les joueurs adhèrent au syndicat. 93,75% des joueurs sur le territoire français sont adhérents à l’UNFP. Et mon rôle, c’est de faire respecter la charte. Le cas le plus compliqué dans ma région, c’est celui de Peguy Luyindula. On l’a défendu, on continue à le défendre. Il s’entraîne à l’écart, alors que c’est interdit par la charte et qu’on l’a fait constater. On a tout mis en règle, mais là c’est le Paris Saint-Germain qui se met au-dessus des lois en refusant de réintégrer Peguy. Je vois les joueurs, je discute avec eux, je prépare leur avenir, car l’UNFP a différents services. Dans un souci de proximité avec les joueurs, on a développé différents services, avec par exemple une assurance. Environ 70% des joueurs sont assurés. C’est important, car au-delà de trois mois d’inactivité après une blessure, les clubs ne sont pas tenus d’assurer les salaires. On a aussi un service de reconversion, on propose des formations pour que les joueurs pensent progressivement à la suite de leur carrière. Tout est fait par e-learning, par internet, ce qui leur permet d’avoir des diplômes universitaires, des diplômes d’État également. On a aussi un service juridique, avec le cas Luyindula par exemple. Il y a parfois des abus avec des joueurs qui prennent des amendes injustifiées. Mais je ne suis pas contre les clubs, on essaye de travailler main dans la main.

FM : Vous évoquez Peguy Luyindula. Qu’en est-il exactement ?

JPF : Aujourd’hui, la Ligue et l’UNFP ont démontré qu’il devait réintégrer le groupe. Le club refuse, mais tout est en faveur de Peguy Luyindula. L’affaire est maintenant aux Prud’hommes, et ça va être jugé en mars si d’ici là il n’a pas trouvé de point de chute. Ce qui est dommage, c’est que connaissant les finances du PSG, pourquoi ne pas régler ça tranquillement en lui réglant ses six derniers mois. Je ne sais pas s’ils en ont fait une affaire personnelle, mais je pensais que l’arrivée de Jean-Claude Blanc allait arranger les choses. Mais non, il est mis à l’écart, il s’entraîne avec les jeunes. Alors qu’au Camp des Loges, l’espace d’entraînement des jeunes n’est pas considéré comme étant le même site que celui des pros. Il est donc totalement exclu.

FM : Autre activité, plus bénévole cette fois-ci, avec la sélection de Martinique. Cela doit vous tenir particulièrement à cœur...

JPF : Tout à fait. Martiniquais d’origine, j’ai joué un petit peu avec la sélection. C’était compliqué, car c’était une sélection un peu décriée car la Martinique est un département, donc la sélection qui prévaut c’est l’équipe de France. Faire venir des joueurs pour jouer contre Aruba, ce n’est pas toujours évident. Mais des compétitions comme la Gold Cup, avec le Mexique, les États-Unis, le Brésil, c’est intéressant. Même si le Brésil ne vient pas avec la grosse équipe, c’est du bon niveau. Et puis, ayant des origines martiniquaises, c’est important pour moi de partager mon vécu, tout ce que j’ai pu apprendre.

FM : Pensez-vous qu’il serait bon que l’équipe de France vienne jouer dans les Dom Tom, chose qui ne se fait que très rarement ?

JPF : Ce serait bien. L’équipe de France est très aimée, surtout que pas mal de Domiens évoluent en équipe de France. Il faut entretenir ce lien là. Mais il y a un gros problème de structures en Martinique, les moyens sont faibles. Il y a un vivier, beaucoup de joueurs nés aux Antilles sont rapatriés très jeunes dans des centres de formation hexagonaux et sont vite perdus. Ce n’est jamais évident de venir à 14 ans, avec l’éloignement, une culture différente. Et sur place, on n’a même pas un pôle de formation alors que le vivier est énorme. C’est important de trouver des subventions, et valoriser tout ça pour que les choses avancent, que les terrains soient corrects, que l’éclairage soit présent dans tous les stades pour jouer la nuit. C’est à mettre en place.

FM : Vous passez également une licence d’agent. Comment voyez-vous la suite de votre carrière ?

JPF : J’avais commencé, avec mes amis Wagneau Eloi et Samuel Ipoua, à passer mes diplômes d’entraîneur. Mais j’ai arrêté, car je ne sentais pas la fibre. Même si, de nous trois, c’est moi qui avais les meilleures notes à chaque épreuve ! Aujourd’hui, je passe des cours de droit car la licence d’agent est complète, très dure, en France. Mais au sein de l’UNFP, j’ai aussi pas mal de perspectives d’évolution, puisqu’il y a plusieurs services. L’UNFP nous forme énormément, ce qui nous permet d’évoluer. Ce qui est sûr, c’est que je veux rester dans le milieu du football. J’ai envie de grandir avec l’UNFP aussi, je me sens bien là-bas.

FM : Pour en revenir à votre parcours de footballeur, quels souvenirs gardez-vous de cette carrière ?

JPF : Pour moi, c’est exceptionnel. J’ai eu la chance de passer dans des clubs magnifiques. Monaco et Lens me peinent, car ils sont en difficulté. J’ai terminé champion à Lens, j’ai gagné une Coupe de la Ligue, j’ai fait une finale de Coupe de France, une demi-finale de Coupe de l’UEFA. J’ai côtoyé des joueurs comme Valérien Ismael, Olivier Dacourt, El-Hadji Diouf, avec qui je suis resté pote. À Monaco, il y avait des Ludovic Giuly, Oliver Bierhoff, Marco Simone, Christian Panucci... Magique. Et Paris, c’était mon club de cœur étant jeune. Le fait d’y évoluer, d’en être capitaine, c’est exceptionnel, même si ce n’est pas un club facile. Les Rangers, génial aussi car même si le championnat est décrié, il n’est pas simple. C’est un club qui fait partie du Top 10 européen en termes d’installations. J’ai connu la Ligue des Champions, le derby avec le Celtic, avec cette rivalité entre Catholiques et Protestants. Même si je suis Catholique, je ne suis pas concerné par leur rivalité, mais on est vite pris par ce derby parce qu’on s’imprègne de l’âme du club. J’ai eu de grands entraîneurs aussi. Et puis j’ai serré la main de Nelson Mandela, ça c’était magique ! On est parti trois semaines en tournée à Johannesburg. Et, après un match contre Durban, un dirigeant m’appelle et me dit qu’il a une surprise pour moi. J’ai été le seul joueur invité, on avait un rendez-vous, et Nelson Mandela était là. J’ai pu lui serrer la main, on a parlé. C’était un grand moment, exceptionnel. J’étais tout tremblant, et là encore en parlant de ça, j’en ai des frissons. Quand tu connais l’homme, le personnage, son histoire, tu te sens tout petit. Et j’ai fini tranquillement au Qatar, avec des gens top, je suis toujours en contact avec eux. Je les respecte énormément.

FM : Vous qui avez joué au Qatar et au PSG, quel regard portez-vous sur le club de la capitale aujourd’hui ? Certains reprochent à QSI son attitude, notamment après l’éviction d’Antoine Kombouaré. Mais n’est-ce pas finalement une obligation pour passer du statut de grand club français à celui de grand club européen ?

JPF : Le PSG que nous avons connu, c’est terminé je pense. Les projets des Qataris sont pharaoniques, avec un grand stade notamment. Et s’ils changent de stade, c’est l’identité complète du Paris Saint-Germain qui changera. On va râler au début en disant que ce n’est pas normal, mais si les résultats sont là, personne ne va s’en plaindre. Ce sera un nouvel élan, un nouveau club quelque part. Je suis content que le club ait des moyens. Mais le Parc des Princes, c’est pour moi le plus beau stade en France. J’aurais aimé qu’il soit rénové pour suivre son temps, mais s’ils veulent voir encore plus grand et changer, pourquoi pas. Pour avoir joué là-bas, connaissant les Qataris, c’est no limit ! Ils ont leur identité en tête, mais ils ont un caractère qui fait que c’est leur petit joujou aujourd’hui, mais le jour où ils en auront marre de jouer, ils passeront à autre chose. Et à ce moment-là, quel sera l’état du PSG ? Telle est la question.

FM : Vous qui avez connu Lens et Monaco, cela doit être assez difficile de retrouver ces deux clubs en fâcheuse posture en Ligue 2...

JPF : C’est triste. Monaco... C’est lamentable de voir un club si prestigieux se retrouver lanterne rouge de la Ligue 2, c’est catastrophique. Même s’il n’a pas un grand public, c’est un club aimé sur la Côte, c’est la Principauté. Ils ont sept titres de champion de France, c’est incroyable d’en arriver là. Je suis attristé aussi pour les Lensois où, là, il y a une vraie ferveur. Les installations sont dignes d’un gros club de Ligue 1. Même en Ligue 2, ils ont plus de 20 000 spectateurs de moyenne, c’est incompréhensible que ça ne tourne pas. Les joueurs, c’est une chose. Mais pour en arriver là, c’est qu’il y a une mauvaise gestion en interne. Certaines choses doivent être remises à plat. Mais est-ce que les hommes en question sont prêts à avouer leurs erreurs et à laisser la place à quelqu’un d’autre ? C’est facile à dire, mais c’est compliqué.