Foot Mercato : Pouvez-vous vous présenter au grand public ?

Tijani Belaïd (à droite sur la photo) : Je suis un Franco-Tunisien, né à Paris. J’ai 24 ans. Je faisais partie des jeunes du Paris FC. Le recruteur de l’Inter Milan est venu me prendre quand j’avais 15 ans. À 17 ans je fais mon premier match avec les pros, c’est ce qui a lancé ma carrière. Après j’ai eu plus de mal parce qu’il y avait beaucoup de stars. Entre-temps, je suis prêté au PSV où ça ne se passe pas très bien. Je suis donc parti au Slavia Prague où ils jouaient la coupe d’Europe avant de passer par Hull City et d’atterrir ici à l’APOEL.

FM : Qu’est-ce qui vous a poussé à partir si tôt dans un grand club comme l’Inter ?

TB : Quand on est jeune et qu’on vous propose un challenge comme l’Inter, c’est quelque chose qui n’arrive pas tous les jours. Je me suis dit que c’était la chance de ma vie et qu’il fallait que je la saisisse même si ça m’a fait sauter des étapes. Mais j’ai pu en rattraper quelques-unes au Slavia Prague où j’ai enchaîné les matches.

FM : Des clubs français ont-ils essayé de vous recruter quand vous évoluiez encore au PFC ?

TB : Oui, à l’époque on avait un entraîneur qui s’appelait Lionel Rouxel. C’était en même temps le recruteur de Guingamp. Donc je savais que l’En-Avant me suivait, mais il y avait aussi d’autres centres de formation. Mais quand l’Inter est venu, j’ai immédiatement sauté sur l’occasion.

FM : À votre retour de prêt du PSV, qu’est-ce qui vous a convaincu d’aller au Slavia Prague ?

TB : La Ligue des Champions bien sûr !

FM : Pourquoi avoir fini après en deuxième division anglaise à Hull City ?

TB : Parce que ma dernière saison en République Tchèque s’est très mal passée (11 matches de championnat au total, Ndlr). J’ai vécu une longue période sans jouer. Après j’ai pris ça comme un challenge. En plus, le Slavia avait de gros problèmes économiques, je n’étais plus payé depuis trois mois. Mais là-bas (en Championship), le football était un peu spécial et j’ai eu du mal à m’adapter. C’était un « direct football » comme ils disent. Les défenseurs passent directement la balle devant, sans passer par les milieux. C’est pour ça que je n’y suis pas resté longtemps.

FM : C’est là qu’est apparu l’APOEL ?

TB : Ça s’est passé lors du dernier jour du mercato. Le coach (Ivan Jovanovic, Ndlr) me connaissait du temps où je jouais au Slavia Prague. C’est un Serbe et il m’avait repéré lorsque j’ai joué contre l’Étoile Rouge de Belgrade en Europa League. J’étais dans le bureau d’un club où je devais signer et l’APOEL m’a appelé deux heures avant que l’opération se fasse. J’ai sauté sur l’occasion. Mais j’ai dû trouver une tactique pour aller là-bas (rires).

FM : Alors que votre équipe brille en Ligue des Champions, vous n’avez toujours pas disputé la moindre minute dans cette compétition et vous ne comptez que trois apparitions en championnat. Pourquoi ?

TB : Je suis arrivé à l’APOEL avec un handicap : je n’avais pas fait de préparation. Le groupe tournait bien et moi j’avais besoin d’un temps d’adaptation. Il y a plus de dix jours, je disputais mon premier match (contre l’AEL, Ndlr). Mais je sais que le coach compte vraiment sur moi.

FM : Revenons au parcours de votre équipe en LdC. Il est incroyable non ?

TB : c’est vrai qu’on est tombé dans un groupe extrêmement difficile. Le Zenit, le Shakhtar et Porto, ce sont vraiment de gros clubs. Le Shakhtar a 250 M€ de budget. Nous, on arrive avec 17 M€ de budget donc pour nous ce n’était que du bonus. C’est quelque chose que l’on n’imaginait pas, ce n’est que du bonheur.

FM : Quels sont les points forts de votre équipe ?

TB : Nous avons de bonnes individualités, mais ce qui fait la force de notre équipe c’est le groupe. On sait s’adapter à nos adversaires.

FM : Envisagez-vous clairement une qualification pour les 1/8es ou ça reste encore du rêve ?

TB : Bien sûr que oui on y pense ! Même si ce n’est que du bonus, on a de grandes chances. Il faut que Porto gagne ses deux derniers matches alors que si on fait match nul au Zenit on assure la deuxième place. Mais pour l’instant, rien n’est fait.

FM : Toute cette énergie dépensée en LdC ne vous handicape-t-elle pas trop en championnat ?

TB : On est troisième, mais à un point du premier. C’est toujours complexe de se remettre au championnat après avoir joué et gagné contre une équipe comme Porto. C’est là qu’on doit être fort.

FM : Quelle équipe affrontée en LdC vous a le plus impressionné ?

TB : Personnellement c’est le Shakhtar. C’est d’ailleurs bizarre qu’ils soient derniers du groupe. Ils se créent un grand nombre d’occasions.

FM : Comment les Chypriotes réagissent face à vos performances ?

TB : Ici c’est très méditerranéen, donc ils sont un peu fou fou. C’est surtout le contexte qui fait ça. Par exemple, lors du dernier match à domicile (contre Porto, Ndlr) ils reviennent au score à la 89e et on marque à la 90e. Le stade était en folie. Ici les gens adorent le foot, ils ont ça dans le sang.

FM : Si vous vous qualifiez en huitièmes de finale, quelle équipe souhaiteriez-vous rencontrer ?

TB : J’aimerais bien rencontrer une équipe française histoire de revenir en France. Une équipe comme l’OM en huitièmes, ça me ferait plaisir.

FM : Vous n’avez que 24 ans, quels autres championnats souhaitez-vous découvrir ?

TB : Je vous mentirais si je vous disais que j’ai envie de passer ma vie dans le championnat chypriote. J’ai encore dix ans de carrière devant moi. J’ai envie de retrouver un championnat majeur comme la France, l’Allemagne ou l’Angleterre. La Premier League a ma préférence, la Ligue 1 vient après. Ça me ferait plaisir aussi de pouvoir disputer la CAN 2012 avec la Tunisie, mais pour ça il faut que je joue avec l’APOEL.

FM : Vous seriez intéressé par la L1. Quel club supportez-vous en France ?

TB : Je viens de Paris, donc je suis pour le PSG. Ça me fait plaisir de voir que ça commence à devenir un grand club.