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Entretien avec... Vincent Péricard : « Je ne regrette pas du tout mes choix de carrière »

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Pépite du football français, Vincent Péricard a quitté très tôt l'Hexagone pour prendre la direction de la Juventus Turin. N'ayant jamais pu confirmer pleinement les espoirs fondés en lui, l'ancien joueur a su tirer profit des embuches dans son parcours pour aider désormais les autres footballeurs. Pour Foot Mercato, l'ancien attaquant revient sur sa carrière, et dévoile son projet.

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Vincent Pericard se livre pour FM
Vincent Pericard se livre pour FM
©Maxppp

Foot Mercato : Tout d’abord Vincent, comment allez-vous ?

Vincent Péricard : Ça va très, très bien merci.

FM : Vous avez arrêté votre carrière il y a quelques mois. Que devenez-vous ?

VP : Oui, j’ai arrêté officiellement au mois de janvier. Je me consacre au lancement de ma compagnie, pour apporter de l’aide aux joueurs étrangers qui viennent de s’établir en Angleterre. J’aide les joueurs à comprendre la culture à l’étranger pour confirmer leur potentiel, mais je ne suis en aucun cas un agent.

FM : Comment cette idée a-t-elle émergé dans votre esprit ?

VP : C’est venu de mon expérience depuis l’âge de 17 ans, quand j’ai quitté Saint-Etienne pour aller à la Juventus, puis de la Juventus à l’Angleterre. C’est surtout les différences culturelles entre chaque pays qui est à remarquer, pas seulement au niveau de la vie, mais aussi du type de football pratiqué. En arrivant dans ces pays, ça m’a conduit à avoir une carrière qui ne reflétait pas le potentiel que j’avais à 17 ans, parce que je n’ai pas eu le soutien, l’aide pour m’aider à confirmer mon potentiel.

FM : Avez-vous déjà été contacté par des joueurs ?

VP : Oui, j’en ai beaucoup. Il y a des témoignages de joueurs que l’on va mettre sur notre site internet, avec des joueurs de Stoke City, Portsmouth, Ipswich et d’autres amis qui confirment mon ressenti, à savoir qu’il n’y a aucune aide pour les joueurs étrangers et qu’eux aussi ont souffert par rapport à la langue. Ils ont eu du mal à s’adapter, à s’entraîner, ils n’étaient pas bien psychologiquement, mentalement. Ils étaient isolés, et tout ceci fait qu’un joueur ne parvient pas à performer au maximum.

FM : Votre initiative est placée sous le signe de la solidarité. Pensez-vous que c’est une valeur qui manque dans le monde du football ?

VP : Oui, je suis persuadé que c’est quelque chose qui manque, que ce soit au niveau des joueurs, des agents, des clubs, et des fédérations. On doit tous se réunir, discuter ensemble, et protéger les joueurs étrangers pour les aider à confirmer leur potentiel. Il faut éviter l’effet de dépression, les aider aussi dans leur éducation, car une carrière de joueur ne dure qu’une dizaine d’années et il faut donc s’organiser pour se relancer une fois la carrière de footballeur terminée.

FM : Vous avez employé le terme de dépression. Est-ce quelque chose que vous avez vraiment ressenti durant votre carrière ?

VP : Oui, je l’ai ressentie à deux moments très précisément. La première fois, c’est quand j’ai eu une blessure de douze mois, avec un enchaînement quadriceps et croisés. Ça a été très dur pour moi mentalement, ça m’a demandé beaucoup de courage, de persévérance, pour revenir. Et ensuite, c’est quand j’ai été en prison. Là aussi, ça a été très dur à gérer mentalement. Mon mental en a pris un gros coup.

FM : Que retenez-vous de votre parcours de footballeur ?

VP : Ce que j’en retire, c’est beaucoup de choses. J’aimerais déjà dire que je ne regrette pas du tout ma carrière, les choix que j’ai fait. Je pense qu’aujourd’hui, j’ai une mentalité que je n’aurais pas eu si je n’étais pas passé par là. Ça me permet d’être bien positionné pour aider les autres joueurs. À 18 ans, on est naïf, et j’aimerais que les jeunes joueurs français de cet âge sachent qu’une carrière ne dure pas toute une vie. Il faut assurer son avenir, continuer son éducation. Et, s’ils veulent aller à l’étranger, se renseigner sur le pays, la culture.

FM : Avez-vous le sentiment d’avoir été lâché dans la fosse aux lions au début de votre carrière et que finalement, certains agents ou même l’entourage peut avoir un rôle néfaste pour un joueur ?

VP : Exactement. Je suis convaincu que lorsque je suis parti à la Juventus puis en Angleterre, si j’avais eu l’aide que je suis en train d’établir maintenant, je serais toujours en train de jouer aujourd’hui. Comme vous l’avez dit, c’est là que les agents doivent prendre leurs responsabilités, et ne pas juste emmener un joueur, le laisser là-bas, et s’occuper d’autres joueurs. Il faut plus que ça.

FM : Comment s’était passée votre arrivée à la Juventus ?

VP : Ils ont été très accueillants, surtout les joueurs. Zidane m’a très bien accueilli, m’a pris sous son aile et m’a vraiment aidé. Il m’a invité à la maison, m’a tout de suite donné son téléphone pour que je l’appelle pour quoi que ce soit. Les entraîneurs ont été très accueillants aussi. La Juventus, ça s’est globalement bien passée. J’ai terminé meilleur buteur de la réserve deux fois, mon potentiel était toujours là.

FM : Ressentez-vous de la rancœur vis-à-vis de certaines personnes, certains clubs ?

VP : Non, aucun club. Je crois que chaque entraîneur est là pour aider les joueurs qu’il a sous la main. Aucune rancœur vis-à-vis d’aucun entraîneur, club ou président. Le football reste un business, donc chacun s’occupe de ses intérêts.

FM : Vous avez évoqué votre passage en prison. Comment avez-vous vécu cette période ?

VP : Je dirais que c’est une leçon qui a été très dure à encaisser, mais qui m’a appris beaucoup de choses au niveau de la vie. Tout peut s’arrêter en une seconde, la liberté n’a aucun prix. En prison, tout est contrôlé : ton temps de sortie, l’heure à laquelle tu dois manger... Mentalement, ça a été très dur d’être privé de mes libertés. Je me suis dit qu’il n’y avait pas mieux que la vie. Être heureux dans la vie, ça devrait être le but de chaque être humain. Je veux apporter ce bonheur aux joueurs, les aider à réaliser leurs rêves.

FM : Pour en revenir à votre projet, avez-vous des limites géographiques ou avez-vous pour but d’aider le plus grand nombre de joueurs ?

VP : Je ne me fixe pas de limites géographiques parce que je suis très ambitieux. Comme vous l’avez dit au début, c’est quelque chose qui manque dans le monde du sport. Le but, c’est d’être présent en France, en Espagne, en Italie, dans les pays où le football se développe comme en Amérique, au Japon. Tous ces pays là vont avoir des joueurs étrangers qui vont arriver, et qui vont avoir le même problème que moi par le passé. Ils vont avoir besoin de ce service. En France, le Paris Saint-Germain achète aussi des joueurs étrangers. Ces joueurs doivent comprendre la culture française, les mœurs, la langue, sous peine de ne pas pouvoir s’adapter.

FM : Le monde du football fait preuve actuellement de solidarité pour Fabrice Muamba et Eric Abidal qui sont dans une situation délicate. Êtes-vous interpellé par le fait de voir que cette solidarité existe encore dans ces circonstances exceptionnelles ?

VP : Oui, exactement, c’est quelque chose qui me rend fier. Je suis fier de faire partie du monde du football, car c’est rare de voir toutes ces personnes, des supporters aux joueurs en passant par les dirigeants, se rassembler pour ces personnes. Le Real Madrid, Barcelone, en France, en Angleterre, tout le monde se mobilise. Le football est un beau sport quand il est à dimension humaine. Les joueurs ne sont pas des machines, ce sont des êtres humains. On se rend compte que le football est un sport spécial, et on sait se réunir pour se battre ensemble.

FM : Enfin, que peut-on vous souhaiter pour la suite de votre parcours ?

VP : Le succès dans ma nouvelle mission, d’aider tous les jeunes joueurs qui veulent assouvir leur rêve de devenir professionnels. J’espère qu’ils auront une belle carrière, et que je pourrai faire partie de leur chemin en les aidant à réaliser leur rêve.

Fiches joueurs
Vincent  de Paul PéricardV. Péricard
© Foot Mercato 2004-2014 - Nous sommes le 26/07/2014, il est 07H05 et vous consultez la page : Entretien avec... Vincent Péricard : « Je ne regrette pas du tout mes choix de carrière »