Foot Mercato : Bonjour, pouvez-vous nous expliquer quel est votre rôle à Football Manager et comment est constituée votre équipe ?

Jérôme Boudin : Je suis responsable du scouting en France pour Football Manager depuis une dizaine d’années. Je suis chargé d’agrémenter la base de données avec de jeunes espoirs. Cette saison, j’ai une cinquantaine d’assistants qui travaillent avec moi au niveau de l’élaboration de la base de données joueurs pour la France. Après n’importe quel fan peut aussi nous communiquer des infos, nous dire qu’on a fait telle erreur, ce qui permet d’avoir toujours un feedback avec la communauté.

FM : Justement, la base de données est énorme et j’imagine que vous ne pouvez pas être partout à la fois. Comment ça se passe concrètement pour dénicher les nouvelles pépites du jeu ?

JB : Nous tenons en compte des informations que les fans peuvent nous remonter. Mais évidemment, il y a toujours une vérification de faite pour confirmer la valeur du joueur. Sinon, il y a un gros travail de recherche dans les médias, tel que Foot Mercato ou autres, ça peut nous servir par rapport à son parcours, son positionnement sur le terrain ou sur sa formation. Mais on ne travaille pas directement avec les clubs français. Certains de mes assistants travaillent dans les clubs (responsable scolarité, préparateur physique, personne qui gravite autour du club), mais n’ont pas de lien direct avec le groupe pro, et je travaille avec quelques agents.

FM : Vous avez découvert bon nombre de grands joueurs actuels. Mais parfois, certaines de vos prédictions sur l’avenir de jeunes talents se sont montrés très loin de la vérité et de leur potentiel affiché dans d’anciennes versions du jeu. Je pense notamment à Maxim Tsigalko ou Anatoli Todorov, comment l’expliquer ?

JB : Je tiens à dire d’abord que ces joueurs ont bien évidemment existé. Tsigalko par exemple était très prometteur et enchainait but sur but en Biélorussie. Malheureusement pour lui, il s’est perdu en route. Après à l’époque, ils ont été sans doute vus trop beaux par les scouts locaux. Parfois on peut être trop enthousiastes, mais nous n’y pouvons rien s’ils ne percent pas ou pas à la hauteur de leur potentiel, c’est le football. Il y a des facteurs qui ne sont pas forcément liés à leur talent, il suffit de voir la polémique autour des Espoirs actuellement.

FM : A contrario, un joueur comme Kim Kallstrom avait très rapidement été identifié comme talentueux par les scouts du jeu, et ce bien avant qu’il n’arrive à Rennes puis qu’il soit transféré à l’OL. Le responsable de recrutement de Rennes ou plus généralement des clubs de L1 se servent-ils du jeu pour leur recrutement dans la vraie vie ?

JB : Pour les clubs français, c’est un peu un sujet tabou car jamais officiellement un club ne dira qu’il utilise Football Manager, ça reste un jeu. Le cas d’Everton qui utilise la base de données du jeu est un cas à part puisque c’est le seul qui bénéficie d’un contrat officiel avec nous, et pour le coup, ils bénéficient de données supplémentaires. Après, nous savons que les recruteurs de nombreux clubs utilisent le jeu mais comme un outil, comme ils utiliseraient vos fiches joueurs, celles de l’Équipe par exemple. Forcément, s’ils supervisent un joueur et qu’ils voient qu’un joueur est bien noté dans la base de données du jeu ça leur donnera peut-être des idées.

FM : À votre niveau comment se passe la détection des nouveaux talents évoluant en France ?

JB : En général, les espoirs qui percent en France sont des joueurs qui jouent en sélection nationale, donc tu les connais dès 14, 15 ans. Je fais pas mal de tournois de jeunes, par exemple le tournoi de Montaigu près de Nantes. Cette année, j’ai vu le jeune bordelais Valentin Vada, le joueur qui m’a le plus marqué dans ce tournoi avec 7 buts. Tu sens qu’il a quelque chose, un potentiel impressionnant et qu’il va faire la différence. Dès lors que l’imbroglio qui l’entoure sera levé, cela sera vraiment l’une des futures stars du jeu.

FM : À ce propos, pouvez-vous nous donner en exclusivité le nom d’une ou plusieurs pépites françaises du jeu ?

JB : Si je peux vous dire le nom de plusieurs pépites ? Jules Olivier Ntcham, un jeune défenseur français de 16 ans qui a signé à Manchester City l’été dernier pour quatre ans risque d’être bien placé car son potentiel et son physique sont impressionnants. Sinon, il y a plusieurs joueurs de Nice, ceux qui ont gagné la Gambardella comme Alexy Bosetti et que l’on a déjà aperçus en Ligue 1. Si on cherche un buteur pour l’avenir c’est un excellent choix tout comme le grand espoir de l’OL, Yassine Benzia. Enfin, autre joueur à suivre, un certain Wesley Said, un attaquant plus que prometteur du Stade Rennais que vous pourrez élever au rang de star si vous le faites évoluer avec brio.

FM : Justement, les délais de livraison du jeu vous permettent-ils de mettre à jour la base après quelques journées de championnat ?

JB : Comme nous avons eu jusqu’au 15 septembre pour remettre la base de données, nous avons pu ajuster la base de données avec les performances des joueurs réalisées en début de saison. Par exemple, la révélation marseillaise du début de saison, Rafidine Abdullah a vu ses statistiques augmenter sensiblement grâce à ses performances, de même qu’Adrien Rabiot du PSG que l’on n’attendait pas à pareil niveau. Un joueur comme Verratti, nous ne l’avons pas retouché, car notre scout en Italie avait déjà réalisé son profil et l’avait déjà très bien noté. Il n’avait aucun secret pour lui d’ailleurs.

FM : Enfin, vous parlez beaucoup de potentiel, comment évaluez-vous les joueurs ?

JB : Il y a un potentiel fixe de 0 à 200. Il s’agit d’une statistique qu’un joueur de Football Manager ne peut pas voir sans un outil particulier. Pour un bon espoir capable d’évoluer rapidement dans n’importe quel championnat qui finira en star, il faut compter sur un potentiel situé entre 120 et 140. Par exemple, un joueur comme Verratti, on peut estimer son potentiel entre 130 et 160, ce qui en fera à coup sûr l’une des stars du jeu. Le Rennais Wesley Said, dont on a parlé avant dans les nouvelles pépites, dispose d’un potentiel encore supérieur à celui de Verratti. Nous avons également intégré un classement de centre de formation. Il y a une note pour noter les coaches du centre de formation, une note sur les installations du club, une note concernant l’attractivité du centre de formation et enfin, on tient en compte le classement officiel des centres de formation publié chaque saison. Ainsi, Rennes ou l’OL auront de plus grandes chances d’attirer et de former de nouveaux talents qu’un club comme l’OM ou Bastia.