Foot Mercato : vous avez été appelé pour la première fois en 2014 pour un match contre la Suède. Qu’est-ce que ça fait d’être sélectionné pour jouer avec son pays ? Comment avez-vous réagi ?

Rúnar Alex Rúnarsson : je pense que c’est un très grand honneur de représenter son pays. C’est forcément le plus grand honneur que l’on peut avoir en tant que footballeur professionnel. Gagner des trophées et porter le maillot de l’équipe nationale sont les choses les plus importantes. Quand je l’ai appris, j’avais dix-huit ans, j’étais heureux et fier. J’étais sur le chemin du retour de l’école et quand j’ai eu l’appel, j’étais vraiment surpris, car ce n’était pas du tout attendu. J’étais très heureux, rempli de joie et de fierté.

FM : vous avez toutefois manqué l’Euro 2016, étiez-vous déçu de ne pas avoir la possibilité de vivre cette aventure ?

RAR : bien sûr, j’étais déçu, mais avant tout j’étais fier, car je jouais à 19 ans au Danemark (à Nordsjaelland ndlr) et j’ai acquis beaucoup d’expérience. Je n’avais jamais vraiment été sélectionné puisque je n’avais encore jamais joué avec l’Islande, mais bien sûr que j’étais déçu, car l’équipe jouait bien et je voulais en faire partie, mais je manquais d’expérience.

FM : vous retrouvez la sélection un an après votre dernière apparition en novembre 2018. C’était difficile de s’intégrer dans cette équipe ?

RAR : oui un petit peu, car c’était le même groupe de joueurs depuis sept ou huit ans. Il y avait beaucoup de joueurs qui ont vécu ensemble et c’était un petit étrange pour eux de voir de nouvelles personnes arriver, mais ils ont été très amicaux. Quand vous arrivez dans un groupe qui vit ensemble depuis longtemps, c’est toujours bizarre au début, mais ils ont été très attentionnés et c’est bien d’avoir été intégré. Je pense tout d’abord que le plus important c’est d’être soi-même et de gagner le respect de mecs bien en dehors et sur le terrain. Si tu fais cela, tu es sur la bonne voie, car gagner le respect des autres est une des choses les plus importantes.

FM : vous avez participé à la Coupe du monde en 2018 même si vous n’avez pas joué. Comment avez-vous vécu la compétition ?

RAR : c’était bien, c’était un magnifique tournoi. Je pense que c’est la même chose dans chaque équipe. Tu dois faire face à une grosse concurrence et chacun joue à son meilleur niveau. Si tu ne le fais pas avec sérieux, tu te relâches et tu es moins bon dans tes performances selon moi. Il y avait une bonne concurrence, j’étais très bon à l’entraînement et je poussais Hannes (Thór Halldórsson ndlr) afin qu’il soit bon lors des matches. Oui c’était exceptionnel, surtout pour moi vu que je n’avais pas participé au Championnat d’Europe en France. C’était quelque chose de nouveau pour moi, une nouvelle expérience. De nombreux joueurs avaient déjà participé à un tournoi majeur, mais pour moi c’était quelque chose de nouveau et c’était difficile de se rendre compte que c’était réel. Mais c’était exceptionnel.

« Nous devons donc avoir des choses en plus comme l’état d’esprit »

FM : les supporters islandais sont connus pour leur implication. Leur soutien a été important pour vous ?

RAR : oui, c’est extrêmement important, car ils étaient là tout le temps et ils nous ont donné un surplus d’énergie. C’est comme si on était douze joueurs sur le terrain. Quand vous avez besoin d’énergie, ils vous la donnent. C’est extrêmement important.

FM : l’état d’esprit est important quand on est un joueur de l’Islande ?

RAR : oui pour moi c’est le plus important. Nous sommes seulement 330 000 personnes en Islande et nous n’avons pas le même vivier de joueurs de qualités qu’ont d’autres équipes. Nous devons donc avoir des choses en plus comme l’état d’esprit, ce qui nous permet de concurrencer n’importe qui. Plein de personnes penseront que c’est stupide, mais c’est la raison pour laquelle nous avons eu des bons résultats depuis des années, depuis 2012.

FM : comment se passe la concurrence avec Hannes Thór Halldórsson ?

RAR : c’est une bonne concurrence très saine. J’apprends de lui et lui de moi. Tu as besoin de concurrence dans une bonne équipe. S’il n’y a pas de concurrence, les joueurs vont se relâcher et tu ne peux te le permettre quand tu as des objectifs précis ... Quand tu veux aller à l’Euro ou à la Coupe du monde ... Tu as besoin de tout le monde à son meilleur niveau et surtout en Islande où on a besoin que tout le monde performe bien. J’ai beaucoup appris de lui, car on a aussi été coéquipier entre 2011 et 2014 en Islande (au KR Reykjavík). Il est plus grand et plus fort que moi donc je joue différemment, mais j’essaye d’apprendre de lui et il m’aide pour cela.

« Maintenant les gens nous attendent »

FM : l’Islande reste sur deux participations à des tournois majeurs. Est-ce que vous vous sentez plus attendus ? Pouvez-vous continuer à maintenir ce niveau ?

RAR : oui définitivement, je pense qu’en 2016 les gens pensaient que l’on a été chanceux. En 2018, les gens pensaient qu’on avait de la qualité et maintenant ils nous attendent. C’est différent pour nous d’aller aux matches, car nous sommes sûrs de nos qualités. Oui nous pouvons continuer, je n’ai pas le moindre doute. On a toujours une équipe de qualité, des joueurs qui ont encore un bon âge et de l’expérience. Je n’ai pas le moindre doute en tête et je pense que l’on peut poursuivre cela. Nous allons le faire.

FM : est-ce que vous pensez que le futur de l’Islande s’annonce brillant malgré le vieillissement de certains cadres ? Des joueurs peuvent prendre le relais ?

RAR : oui, je pense tout d’abord à Arnór Sigurdsson du CSKA Moscou et son coéquipier Hördur Magnússon. Il y a Albert Gudmundsson aussi qui joue aussi à l’AZ Alkmaar aux Pays-Bas. Nous avons beaucoup de talents, nous avons beaucoup de joueurs intéressants en Islande. Nous avons la qualité suffisante pour faire mieux ou au moins maintenir ce niveau.

FM : la Ligue des Nations s’est mal passée avec des défaites contre la Suisse et la Belgique. Comment l’expliquez-vous ?

RAR : nous avons eu un nouveau coach et nous avons eu deux ou trois jours pour nous préparer pour le premier match. En plus, seulement douze joueurs avaient repris la compétition. Pour moi c’était juste une erreur en Ligue des Nations. Des choses sont arrivées lors de cette Coupe et nous ne pouvons pas tout expliquer, mais on a les qualités pour faire mieux. Nous avons dû changer des choses et c’était difficile de les mettre en place. C’était une situation étrange. Ça a pris du temps pour apprendre mais on a eu plus de succès par la suite.

FM : pour le moment, l’Islande est à la lutte avec la Turquie et la France pour se qualifier. Quelle est la clef pour se qualifier ?

RAR : il nous reste quatre matches et nous devons en gagner trois ou quatre pour avoir de grandes chances afin de rallier l’Euro. Mais nous avons des matches difficiles contre la Turquie et la France. Ce sont deux matches compliqués que nous avons mais si nous parvenons à gagner trois matches nous aurons de bonnes opportunités. Le match le plus important sera contre la Turquie dans ce groupe.

« Ce sera un challenge amusant de jouer contre eux avec l’équipe nationale »

FM : avant de jouer contre la Turquie, vous affrontez la France. Comment appréhendez-vous ce match ? Une quatrième confrontation en trois ans, cette affiche commence à devenir un Classique ?

RAR : ils sont champions du monde donc bien entendu c’est une équipe avec de grandes qualités mais dans le football n’importe qui peut battre n’importe qui. Nous croyons que l’on peut obtenir un résultat contre la France qui reste la meilleure équipe dans le monde. C’est une drôle de coïncidence de s’affronter aussi souvent. On a joué contre eux plusieurs fois, c’est souvent difficile et on les respecte, mais on pense qu’on peut faire quelque chose contre eux.

FM : vous allez affronter la France vendredi, c’est un match spécial pour vous ?

RAR : bien sûr, c’est toujours spécial d’affronter la sélection nationale du pays dans lequel on joue. J’affronte plusieurs de ces joueurs tous les week-ends donc ce sera spécial de jouer contre eux. Ce sera un challenge amusant de les affronter avec l’équipe nationale. Mais il faut prendre ce match comme les autres.

FM : vous êtes à Dijon depuis l’été 2018, comment s’est passé votre acclimatation à la France ?

RAR : c’était difficile au début. Bien sûr j’ai dû apprendre la langue et les six premiers mois ont été compliqués en partie parce qu’on n’a pas eu de bons résultats sur le terrain (Dijon s’est maintenu grâce à un barrage gagné contre le RC Lens ndlr). Mais c’était un challenge intéressant et je suis content de mon choix. J’ai rencontré de nouvelles personnes, appris une nouvelle langue et je suis satisfait même si cela n’a pas toujours été facile.

FM : la vie en France est elle vraiment différente que celle en Islande ?

RAR : c’est vraiment différent, les journées sont plus longues ici. Les gens se lèvent à 8h ou 9h puis ensuite vont au travail et à 13h ou 14h ils vont manger avant de terminer à 18h. La météo est évidemment bien meilleure ici. La nourriture est différente, j’adore la nourriture d’ici, elle est bonne en Islande mais elle est un peu meilleure ici. Il y a plus d’ingrédients pour faire de la bonne cuisine.

FM : les gardiens sont souvent sollicités en Ligue 1, est-ce que quelqu’un vous impressionne en particulier ? Est-ce que vous avez un modèle à ce poste ?

RAR : pour moi, Benoit Costil est vraiment impressionnant. Quand on a joué contre lui, il a réalisé de nombreux arrêts de qualité. Mais il y en a d’autres qui sont très forts comme Mike Maignan. Je pense néanmoins que toutes les équipes (en Ligue 1 ndlr) ont de bons gardiens. Sinon Ederson de Manchester City est un modèle à tout point de vue. C’est le gardien de la meilleure équipe au monde.