Longtemps, on a cru qu’une grève des joueurs retarderait le début de la Major League Soccer. Mais les dirigeants de la ligue américaine et les footballeurs professionnels sont finalement parvenus à un accord - portant notamment sur des salaires revus à la hausse et des conditions contractuelles plus souples - permettant aux acteurs de démarrer leur saison. Et cet exercice 2015 promet tout particulièrement. De nouvelles têtes d’affiche sont en effet venues compenser le départ à la retraite de Thierry Henry. Ainsi, Kaka (32 ans) sera le capitaine et le leader d’attaque d’Orlando City, toute nouvelle franchise. Son coéquipier français Aurélien Collin (28 ans) est déjà conquis. « Kaka est un joueur extraordinairement technique, très humble. Il est le reflet de la politique d’Orlando, qui souhaite toucher tout le public américain. Tout le monde va s’intéresser à Orlando parce que Kaka est une star ici. Le club a envie d’être global, mondialisé. Les Américains n’ont pas forcément l’habitude de penser à l’export, mais Orlando oui et c’est bien pour la MLS », nous a-t-il lancé. New York City FC, nouveau venu lui aussi, comptera pour sa part sur David Villa (33 ans) pour briller, en attendant l’arrivée de Frank Lampard (36 ans), programmée pour le mois de juin. Los Angeles Galaxy accueillera de son côté cet été un Steven Gerrard (34 ans). Ces grands noms prouvent que la cote du championnat américain est remontée ces dernières semaines. Et ce n’est sans doute pas terminé.

Une tendance qu’a décrypté pour nous Édouard Lacroix, agent FFF responsable d’Elite Athletes Agency, agence spécialisée sur le marché américain. « Le changement est à la fois européen et américain. Depuis sa création, la MLS s’orientait surtout sur les marchés en Amérique centrale et du Sud. C’était plus simple au niveau du calendrier. Il y avait aussi une belle communauté hispanophone intéressée par le foot en MLS, donc ils avaient tendance à recruter dans ces marchés-là. Le soccer est un phénomène de mode qui est en train de prendre dans tout le pays, il y a de plus en plus de monde qui s’y intéresse, de plus en plus d’argent aussi », a-t-il expliqué avant de poursuivre. « Notre travail avec les joueurs européens depuis quelques années commence aussi à payer. Certains des joueurs que nous avons installés ici connaissent un vrai succès. Je pense par exemple à Vincent Nogueira, ancien de Sochaux, à Philadelphie. Donc les entraîneurs se disent que c’est ce genre de joueurs dont ils ont besoin. Ils sont de plus en plus demandeurs. En Europe, les joueurs en fin de parcours préfèrent maintenant venir découvrir un nouveau pays, une nouvelle culture, avec des conditions agréables plutôt que d’aller au Qatar ou dans les autres pays du Golfe. On commence aussi à pouvoir recruter des joueurs qui sont dans la fleur de l’âge, à l’image de Sebastian Giovinco », a-t-il confié.

Plus de stars, plus de Frenchies !

Âgé de 28 ans, l’attaquant international italien (21 sélections, 1 but) a ainsi préféré céder aux sirènes de Toronto plutôt qu’à celles de ses nombreux autres prétendants (l’AS Monaco, la Fiorentina ou encore l’Olympique Lyonnais pour ne citer qu’eux). Il percevra à la clé un salaire astronomique de près de 8,5 M€ par an, devenant ainsi le joueur transalpin le mieux payé sur la planète football ! Des rémunérations plus attractives, voilà aussi ce qui pousse certaines stars du football européen à imaginer leur avenir de l’autre côté de l’Atlantique. « On est encore dans des salaires moyens plus bas qu’en Europe. Mais les salary caps vont augmenter. Les joueurs non-encadrés par la masse salariale pourront percevoir plus eux aussi. On va commencer à pouvoir recruter des joueurs avec des salaires plus compétitifs que la L1 », nous a expliqué Édouard Lacroix. De quoi enfin installer la MLS dans le paysage footballistique mondial ? Il n’en doute pas une seconde. « Tout cela fait que l’on pourra, je pense, faire de la MLS un des grands championnats internationaux, ce qui est l’objectif déclaré de sa direction. (...) Il y a un grand enthousiasme. On connaît l’industrie du sport américain, avec tout le spectacle et les à-côtés. Il y a plus de 20 000 personnes en moyenne dans les stades, donc il y a toujours plus d’argent dépensé. Il y a des vraies stars qui sont attirées. C’est super intéressant », a-t-il assuré.

Une chose est sûre, les Français, eux, semblent conquis. Cet hiver, ils sont nombreux à s’être laissés tenter par l’aventure. Ainsi, Benoît Cheyrou (33 ans, Toronto), Ronald Zubar (29 ans, New York Red Bulls), Clément Diop (21 ans, Los Angeles Galaxy) et Sony Mustivar (25 ans, Kansas City) ont décidé de relever le challenge. « Les Français et les Européens sont partants pour se lancer dans une aventure qui est train de se développer. Tout s’accélère, tout change, c’est super intéressant », a expliqué Édouard Lacroix. Le portier Clément Diop, formé à Amiens, nous a confié son bonheur à LA. « Écoutez, c’est super, c’est génial pour moi donc pour l’instant, je n’ai rien à redire ! », a-t-il assuré. D’autres anciens de Ligue 1 leur ont emboîté le pas, comme Innocent Emeghara (ex-Lorient, à San José Earthquakes), Fernando Aristiguieta (ex-Nantes, à Philadelphia Union), Tyrone Mears (ex-OM, à Seattle Sounders) ou Damien Perquis (ex-Sochaux, à Toronto). Ce dernier a raconté à lequipe.fr son choix de carrière. « J’ai accepté parce que tel qu’on me l’a présenté, c’était un beau projet. C’est peut-être la première offre de l’Impact de Montréal qui m’a ouvert le chemin de la MLS. Après, on m’a proposé Toronto. J’ai eu Greg Vanney (ex-Bastia entre 2002 et 2005), le coach, assez souvent au téléphone, et des dirigeants du club aussi, c’était important pour moi (de leur parler) », a commenté l’international polonais (14 sélections, 1 but) avant de poursuivre.

« Les gens se demandent pourquoi on s’en va là-bas, mais pour tout dire, je n’ai pas pensé sur le moment qu’il s’agissait d’une régression. Et je ne crois pas non plus que ça le sera plus tard, car le Championnat est en train de se développer. Honnêtement, je voulais juste jouer au foot et reprendre du plaisir. Sans pression, être tranquille. Alors c’est vrai qu’en quittant l’Europe, on perd l’image du joueur reconnu qui a évolué en Ligue 1 et en Liga. Mais aujourd’hui, j’ai 31 ans, il me reste au maximum 4-5 ans à jouer. Toronto m’offrait cette opportunité d’avoir peut-être un contrat de quatre (2 ans + 2 autres en option) si je remplis certains objectifs qui ne sont pas énormes. Je me dis qu’il peut y avoir aussi peut-être quelque chose à faire d’intéressant par le futur ici. J’ai plus vu le futur que le présent. Sans être surchargé, on bosse vraiment bien. Ils ont des méthodes différentes, notamment dans la gestion des effectifs. C’est bien aussi de connaître ça, parce que si j’étais amené à devenir entraineur, plus tard, ça pourrait servir. J’espère en tout cas m’installer ici et être important pour le club, sur et en dehors du terrain », a-t-il précisé pour justifier ce départ.

D’autres grandes stars à venir ?

Le défenseur central a notamment préféré ce défi à Evian TG. D’autres cibles de clubs de Ligue 1 ou européens ont préféré opter pour les USA. On peut par exemple citer le Ghanéen David Accam (24 ans), pisté par plusieurs clubs de L1 qui a finalement rejoint Chicago Fire, ou Jozy Altidore (25 ans), pisté par Lille, qui a préféré Toronto. L’attractivité du championnat ne cesse donc de grandir. « C’était sûr. On a été invité à un grand meeting par les dirigeants de la MLS il y a quelques semaines. Ils nous ont dit que, dans 5 ans, ils voulaient faire partie des 3 meilleurs championnats du Monde, si ce n’est devenir le meilleur ! », nous a expliqué Clément Diop, ajoutant qu’il ne cessait de recevoir des appels venus d’autres joueurs français. « Des joueurs français me demandent des renseignements sur la MLS et la vie ici presque même tous les jours je dirais ! », nous a-t-il assuré. Aurélien Collin, qui évolue aux States depuis 2011, à Kansas City d’abord, puis aujourd’hui à Orlando, confirme. « Depuis que je suis aux États-Unis, on me contacte beaucoup sur Facebook ou Twitter. Oui, des joueurs français me contactent. Le niveau des joueurs intéressés est beaucoup plus haut dernièrement que sur les dernières années. J’ai des joueurs de Ligue 1, de Premier League, de Scottish Premier League, de Süper Lig et même de Chine. On sent que l’intérêt a énormément augmenté », nous a-t-il déclaré.

Le défenseur central français, champion de MLS en 2013 avec Kansas City, analyse le phénomène. « Je pense que la France découvre petit à petit la MLS. La retransmission des matches chaque week-end en Europe, notamment en Angleterre, où Sky Sports a acheté les droits, va encore augmenter la visibilité de ce championnat (en France, Eurosport diffusera 4 matches par journée cette saison, Ndlr). Il y a une certaine curiosité aussi, du fait des grands joueurs qui arrivent, des résultats intéressants de la sélection américaine, du retour des internationaux américains ici... Il y a aussi le rêve américain inscrit dans l’imaginaire collectif, la qualité de vie, les stades qui sont pleins. Thierry Henry et David Beckham ont aussi aidé à cette attraction médiatique. D’ici cinq-dix ans, cette ligue va être énorme. Et les joueurs de clubs de milieu de tableau en L1 se rendent compte qu’ils peuvent gagner presque autant en MLS qu’en France », a-t-il indiqué. De quoi laisser penser que d’autres Frenchies sont en approche ? Il y a fort à parier que oui. « Le marché est toujours ouvert jusqu’à début avril. On travaille encore sur certains joueurs de Ligue 1 et de Serie A », nous a confié Édouard Lacroix, ajoutant même que « de très gros joueurs commencent à se rapprocher de la MLS pour cet été ».

« J’ai même entendu que Rafael van der Vaart se dirigerait vers Kansas City en juin et que Mario Balotelli pourrait aller à Orlando aussi cet été », s’enthousiasme Diop. Sans trop en dire, Édouard Lacroix a confirmé la tendance. « On aura normalement deux ou trois grosses surprises pour cet été. De gros joueurs qui vont aller là-bas. Normalement, les Américains n’aiment pas recruter en cours de saison, car ils aiment avoir un groupe stable dès le début du championnat. Mais ils savent désormais que, pour attirer de grands noms, ils seront obligés de bouger en été. Zlatan Ibrahimovic ou Cristiano Ronaldo bientôt en MLS ? Ça peut très clairement arriver. Au même titre que ce qui a été fait avec Steven Gerrard, Frank Lampard ou Thierry Henry avant eux, la MLS va essayer d’attirer à terme des joueurs comme eux. Mino Raiola a déjà parlé des États-Unis pour Zlatan. Ça peut être plus concret pour Ibra que pour Cristiano », a-t-il conclu. Autant de raisons de commencer à sérieusement suivre la Major League Soccer.