Un jeu plus vertical

La possession reste évidemment la base du jeu espagnol, mais comme il l’avait déjà fait au Barça, Luis Enrique a rendu ce jeu un peu plus direct. On construit le jeu plutôt tranquillement, multipliant les passes et les combinaisons dans les petits espaces, puis, dès qu’une faille se présente dans la défense rivale, on attaque, et en seulement quelques touches de balles, on conclut l’action. Les appels de Rodrigo Moreno ont été dévastateurs et ont aussi libéré des espaces pour qu’Isco, Asensio ou Saúl puissent s’aventurer dans les derniers mètres balle au pied. On passe également beaucoup par les côtés, où Dani Carvajal sort de deux excellentes prestations sur le flanc droit de la défense, jouant pratiquement comme un ailier. Ce qui permet aussi d’écarter le jeu et de pouvoir créer un déséquilibre assez rapidement. On a par exemple vu Sergio Ramos adresser de nombreuses diagonales aux joueurs de couloir pour renverser le jeu, ou Busquets briser des lignes assez facilement. Autre aspect qu’on voyait assez peu ces dernières années en Espagne : ces tentatives lointaines, à l’image des buts de Marco Asensio. Les Ibères sont plus tranchants et moins prévisibles qu’auparavant.

L’agressivité au cœur du système défensif

Julen Lopetegui avait déjà posé les bases lors des éliminatoires de la Coupe du Monde, mais lors de la compétition russe, l’actuel entraîneur du Real Madrid ayant été limogé, ses principes ont été mis de côté. Lors des deux premiers matchs sous Luis Enrique, on a retrouvé cette Espagne très agressive, exerçant un pressing très intense dès la première relance de l’adversaire, et on a vu, à de nombreuses reprises, plusieurs Espagnols présents dans la surface rivale sur les séquences défensives. Ce qui a permis à la Roja de récupérer les ballons assez haut, à l’image du deuxième but face aux Croates, où Asensio s’est emparé du cuir après une mauvaise transmission d’un défenseur adverse, et n’a eu qu’à décocher une belle frappe pour doubler la mise. Si ce n’est pas encore totalement au point tactiquement parlant, les 10 joueurs de champ sont impliqués dans les labeurs défensifs, et on a ainsi vu des joueurs pas forcément friands de ce type d’action comme Isco revenir en sprintant pour défendre sur des fins de match, comme à Wembley. Preuve que le discours de Luis Enrique passe bien auprès de ses troupes.

Des choix forts déjà faits

Avant le duel contre les Britanniques, de nombreux doutes existaient sur certaines positions. David De Gea serait-il toujours le portier titulaire de l’Espagne, ou Luis Enrique miserait-il sur Kepa ? Pas de doutes pour le coup : l’Asturien a titularisé le gardien de Manchester United à deux reprises et n’a pas hésité à le défendre et l’encenser en conférence de presse. Quant au remplaçant de Gerard Piqué, Nacho semble tenir la corde, lui qui a également été aligné d’entrée lors des deux matchs. Saúl Ñíguez sera le remplaçant d’Andrés Iniesta au milieu, alors que Rodrigo Moreno semble très bien parti pour être l’attaquant de pointe titulaire de cette Roja. Seul doute : le poste de latéral gauche, où Luis Enrique, qui ne compte pas sur Jordi Alba, a testé Marcos Alonso et José Gayà, mais les deux n’ont pas spécialement brillé.

Le pari de la jeunesse

Même si les retraites internationales de certains cadres ont forcé Luis Enrique à insuffler du sang neuf à l’équipe, force est de constater que le tacticien asturien compte bien s’appuyer sur les jeunes. Des joueurs comme Saúl ou Asensio, déjà confirmés au plus haut niveau, étaient tout naturellement présents dans les compositions de Luis Enrique, mais l’exemple Dani Ceballos est flagrant. Peu utilisé au Real Madrid - même si Julen Lopetegui devrait un peu plus compter sur lui que Zinedine Zidane - il a été lancé dans le grand bain d’entrée avec sa première apparition en A en tant que titulaire contre les Croates. Le Madrilène a livré une prestation tout à fait honnête. Preuve que Luis Enrique se projette sur le moyen-long terme en s’appuyant sur des jeunes, quitte à les faire passer devant des joueurs déjà confirmés mais avec un potentiel moindre. Cas de figure similaire pour le latéral gauche José Gayà, bien que celui-ci soit indiscutable à Valence.

Des soucis à régler en défense

Les sensations après ces deux matchs sont forcément positives, mais Luis Enrique a encore du pain sur la planche, notamment dans le secteur défensif. Son pressing intense évoqué un peu plus haut est efficace, mais si le rival parvient à franchir cette barrière, la défense se retrouve un peu trop exposée, souvent dans des situations d’égalité numérique face à des joueurs offensifs qui arrivent lancés. On l’a notamment vu face à l’Angleterre, où la vitesse de certains éléments offensifs des Three Lions a posé problème, mais aussi lors des 20 premières minutes contre la Croatie. Nacho a ainsi semblé être un peu à la rue sur certaines actions, tout comme Carvajal dont le positionnement très offensif a créé des espaces dans le dos. Luis Enrique va donc devoir travailler sur le placement défensif de ses joueurs lors des prochains rassemblements.