En mai dernier, la nouvelle a fait grand bruit. Nos droits de diffusion de la Ligue 1 et de la Ligue 2 ont basculé dans une autre dimension. Les 762 M€ annuels sur la période 2016-2020 ont été négociés à 1,153 milliard pour 2020-2024. Une explosion de 51% dont les présidents de nos clubs se frottent déjà les mains. D’autres veulent également profiter de ce formidable gâteau. Il s’agit des clubs de National. Depuis un peu plus d’un an, les présidents du 3e échelon français ont émis un souhait auprès de la Fédération Française de Football et de la LFP : devenir un championnat professionnel. Il se nommerait Ligue 3 et avec la revalorisation des droits télés, cette négociation a pris un nouvel élan.

« On va rencontrer tous les présidents de Ligue 1 et de Ligue 2 pour avancer vite. Ça ne peut être que pour 2020 (date de la nouvelle période des droits télés, ndlr). C’est la condition que nous a donnée la LFP, nous lance Gilbert Guérin, président du club d’Avranches et de l’Amicale des clubs de National, qui est au cœur des négociations. En résumé, on réclame 1,3 % des droits télés contre 0% aujourd’hui. Ça ferait 1 M€ par club. On ne demande pas la lune. C’est ce que touche l’UNFP par exemple. On se demande pour quoi faire car c’est un syndicat de joueurs qui est normalement alimenté par les cotisations des joueurs. Ça ne nous paraît pas illogique de toucher autant. »

Des conditions encore à déterminer

La demande de Gilbert Guérin a plutôt le vent dans le dos en ce moment. La FFF a en effet donné son feu vert à en croire les récents propos de Noël Le Graët dans un entretien accordé au Télégramme le 8 octobre dernier. « On essaie de réfléchir à une troisième division professionnelle. » Reste à convaincre tout le petit monde de la LFP, moins conservateur qu’auparavant. Didier Quillot n’est pas contre mais il faut lui présenter un plan d’action qui reste pour le moment à définir. Il s’agit alors de sonder chaque club pour connaître leur position. Pour la faire courte, la Ligue 1 est pour, quand la Ligue 2 traîne encore des pieds. Elle verrait d’un mauvais œil sa part de revenus baisser.

« On ne comprend pas très bien leur position car ce sont les équipes de Ligue 2 qui seraient directement concernées en cas de descente en Ligue 3. Elles auraient besoin d’aides. Les arguments que l’on donne, c’est que des champions du Monde sont passés par le National (Sidibé, Kanté, Giroud). C’est un championnat intéressant », argumente Guérin. Il reste aussi à définir la formule à adopter. Les tractations ont commencé avec la LFP pour l’élaboration du projet. Comme en Espagne par exemple, elle souhaiterait notamment intégrer entre 6 et 8 réserves professionnelles, qui jouent actuellement en National 2 ou 3. Il faudrait aussi déterminer le nombre d’équipes dans ce championnat. Pour le moment, les négociations partent sur un total de 18 à 22 formations.

Les droits télés représenteraient la moitié du budget des clubs

Mais il y a urgence à agir à entendre les présidents de National car en cas de rejet de cet ambitieux projet, pas mal de clubs ne seraient plus prêts à assumer les exigences d’un championnat aux allures professionnelles mais avec un budget d’une structure amateur. « Quand on passe du CFA (National 2 aujourd’hui, ndlr) au National, c’est un gouffre, prévient le président de Chambly, Fulzio Luzi. On est dans une difficulté qu’on imagine même pas. On a les mêmes déplacements qu’en Ligue 2 mais sans droits télés. On a beaucoup plus de blessures en National qu’en Ligue 2. Les déplacements vont plus vite et favorisent la récupération. On voyage en train ou en avion alors qu’en National c’est le bus la plupart du temps. Même quand on se rend à Marseille. Rien que les déplacements, ça représente environ 10 % de notre budget. J’ai 24 contrats fédéraux. Mes gars ne font que ça, comme des pros. »

En moyenne, un budget de National tourne autour de 2,3 M€. La fédération attribue 180 000 € d’aides par club, en plus d’un bonus éventuel de 50 000 € en cas de labellisation et 50 000 € de droits télés (les matches sont diffusés en direct sur le site de la FFF, ndlr). C’est ensuite aux dirigeants de se tourner vers les aides publiques (la municipalité la plupart du temps) mais surtout de démarcher des partenaires privés alors que le championnat de National n’offre aucune retombée économique. « On s’est professionnalisé en augmentant notre budget. Aujourd’hui, même si les clubs de National ont fait de gros efforts, on ne peut pas se démultiplier. On a besoin des droits télés pour vivre. Si jamais on ne les a pas, tôt ou tard, on aura des équipes qui sont sportivement maintenues mais qui jettent l’éponge. 1 M€ de droits télé (par club), c’est la moitié de notre budget, ça changerait tout », explique le patron du dernier demi-finaliste de la Coupe de France.

La survie des clubs de National est en jeu

Il en va même de la survie des clubs d’après Gilbert Guérin, qui tire la sonnette d’alarme. « Ce n’est plus viable. Nous, on s’est dit que l’année prochaine, on descendrait volontairement. Et on n’est pas tous seuls. Il y a 5 ou 6 clubs qui sont dans notre situation. On vit grâce à la Coupe de France. Le National est un championnat qui n’est pas rentable. Est-ce que la Ligue 2 le serait s’il n’y avait pas les droits télé ? Si on n’a pas d’aides, on descendra sportivement et volontairement. C’est marqué sur les contrats, comme celui de notre entraîneur. En cas de descente volontaire, il sera libre. Ce n’est pas du bluff. » Une menace qui en dit long sur l’état d’esprit de certaines équipes.

Président du club du Mans, aux moyens plus importants et doté d’infrastructures énormes (MMArena) pour le National, Thierry Gomez est sur la même longueur d’onde que ses collègues. Il souhaite tout de même élargir le débat. « Je pense qu’il y a un grand intérêt pour le football d’avoir une 3e division professionnelle mais il ne faut pas s’arrêter à ça. On doit en profiter pour réaliser une sorte de big bang du foot et réfléchir à la fois à nos championnats mais aussi pour refondre tous nos produits. Par ricochets, ça servira à tout le monde. Il y a encore plein de choses à faire. Nous sommes très en retard en France sur la billetterie, les partenariats, le merchandising. Il faut prendre les bonnes directions, pour prendre une dimension encore plus importante qui rejaillirait sur tout notre football, professionnel comme amateur. Sinon, on reste sur un débat très terre à terre où devenir professionnel sera uniquement pour parler de droits télés. On va revenir à un système à l’arlésienne et on en reparlera dans 10 ans encore. » Le football français est prévenu.