La carrière de Jérémie Aliadière (31 ans) ressemble à un château de cartes. Parti de la plus haute marche, le Français s’est écroulé au fil des blessures et de la forte concurrence dans ses clubs respectifs. Tout commence en 1999, le jeune Jérémie est âgé de 16 ans. Alors que le gamin peaufine ses gammes à l’INF Clairefontaine, l’appel du pied d’Arsène Wenger et d’Arsenal lui font tourner la tête. À l’image d’un Gaël Kakuta aujourd’hui, ou encore d’un Nicolas Anelka (lui aussi parti à Arsenal très tôt, deux ans auparavant, à l’âge de 18 ans), il tombe dans le piège et décide de traverser la Manche sans aucune notion d’Anglais et sans sa formation achevée, lui qui pourtant était réticent à la base : « Je n’étais pas du tout attiré par l’Angleterre, et les langues, ce n’était pas trop mon fort. C’est Arsenal qui m’a plu, avec Arsène Wenger, les joueurs français... Quand le transfert a été annoncé, il me restait six mois de galère à Clairefontaine, avec les gens autour du terrain qui disaient que j’étais nul après le moindre match moyen. Des journalistes venaient me voir à la sortie du collège, je lisais que mes parents m’avaient vendu. Des conneries… À seize ans, on ne part pas pour l’argent, on part parce qu’on a envie de jouer à Arsenal ! Si Arsenal vient chercher votre fils, propose un contrat de sept ans pour apprendre avec Arsène Wenger, vous acceptez. »

Dans un premier temps, Aliadière intègre les jeunes d’Arsenal où il y reste deux ans. Après quelques prouesses et une FA Cup des Jeunes remportée en 2001, il convainc le coach alsacien de le faire entrer dans l’équipe première où le secteur offensif est très bien garni : Sylvain Wiltord, Dennis Bergkamp, Nwankwo Kanu et... Thierry Henry. Le jeune français s’accroche et arrive à grappiller quelques minutes. Les premières furent lors du derby contre Fulham. Le premier but interviendra la saison suivante, en août 2002, contre WBA. Il fait partie de l’équipe qui a remporté la Premier League en 2003/2004 (le dernier sacre en date des Gunners), mais la concurrence aura raison de lui et de son temps de jeu. Pourtant, Arsène Wenger croit en lui, l’envoyant néanmoins plusieurs fois s’exiler en prêt, au Celtic Glasgow, à West Ham, à Wolverhampton, et enfin un transfert définitif à Middlesbrough en 2007. Entre-temps, l’attaquant n’est pas épargné par les pépins physiques, jusqu’à se blesser gravement au genou trois ans après son transfert vers Boro, alors qu’il effectuait un essai avec l’un des anciens clubs West Ham. En 2010 donc, Aliadière devient agent libre après 161 rencontres en Angleterre pour 23 buts. Après un an sans club, passé à soigner sa blessure au genou, il est démoralisé : « Tu n’as pas de club pour t’aider, tu tombes vraiment au plus bas. Tu es chez toi et il faut que tu ailles te bouger pour faire ta rééducation, aller courir alors qu’il caille dehors. Quand tu as vécu ça, tu vois différemment ta carrière », avait-il confié à L’Équipe.

Aliadière, de Lorient au Qatar

Mais Christian Gourcuff et le président Loïc Féry lui offrent l’opportunité de rebondir : « Je n’ai pas eu de contacts avec lui avant de venir ici. J’ai rencontré le président. En fait, l’argument pour moi, c’était vraiment le style de jeu. Je recherchais un club où j’allais pouvoir retrouver l’envie de jouer que j’avais perdu depuis 4 ou 5 ans, depuis que j’avais quitté Arsenal. C’est vraiment ce qui m’a fait venir ici. Je me suis dit que le coach, son style de jeu, le fait de venir dans un club moins médiatique, c’était vraiment ce qu’il me fallait. Je ne voulais vraiment me consacrer qu’au foot, prendre du plaisir et après remonter les échelons. J’ai discuté un peu avec Laurent Koscielny, lui ne m’a fait que des compliments, il m’a dit que c’est un super club, sain, familial et que l’environnement était super, qu’on peut vraiment ne se consacrer qu’au foot et à être bien », expliquait-il au site officiel de Lorient. L’ancien Gunner retrouve de bonnes sensations et l’envie de jouer, lui qui trouve beaucoup de similarités entre Gourcuff et Wenger.

L’année 2012/2013 est celle du renouveau pour lui, avec 15 buts et 11 passes décisives à la clé en 31 matches. Les grands clubs français, comme l’OM ou l’OL, lui font alors les yeux doux, mais il désire continuer à Lorient à qui il doit beaucoup, et enfin enchaîner. Mais le Français se montre beaucoup trop irrégulier lors de la saison suivante, et qui plus est Gourcuff lui préfère un Vincent Aboubakar resplendissant. L’ancien de Boro semble alors sur le déclin. Il lui reste un an de contrat à l’orée de la saison 2014/2015. On pouvait croire qu’il aurait l’envie de persévérer en Bretagne, pourtant, à la surprise générale, un dernier gros contrat l’intéresse davantage. C’est finalement vers le Qatar, et plus précisément vers Umm-Salal, qu’il s’envole, malgré des différends entre les deux clubs : « À 31 ans, je voulais un dernier gros contrat. Il y a eu un désaccord à un moment dans la semaine sur les modalités (400 000 euros de son transfert, qui étaient exigés en un seul versement par Lorient, Ndlr) mais, finalement, tout est rentré dans l’ordre », avait-il déclaré au Parisien. Dans le Golfe, Jérémie Aliadière espère, une nouvelle fois, retrouver le plaisir de chausser les crampons. Pour le moment, 6 matches pour lui, pour un but, contre El Jaish le 27 août. Des statistiques pas franchement flatteuses, au point même que l’avant-centre s’est retrouvé remplaçant au cours des deux derniers matches disputés par son club. Comme quoi...