Qui sera élu FIFA Ballon d’Or 2014 ? Une question qui anime les débats depuis lundi, jour où l’instance mondiale du football a révélé le noms des trois finalistes pour le titre de joueur de l’année. Entre Cristiano Ronaldo, Lionel Messi et Manuel Neuer, le choix s’avère cornélien. Si on met de côté les préférences de chacun, les critères d’élection posent problème. Quoi qu’il en soit tout le monde sera fixé le 12 janvier 2015. Une date où l’on connaîtra également la footballeuse élue meilleure Joueuse Mondiale de l’année 2014. Tout se jouera entre Nadine Kessler, Marta et Abby Wambach. Trois Miss aux profils différents qui espèrent toutes être couronnées et prendre la succession de Nadine Angerer sacrée l’an dernier. Style de jeu mais également points forts et points faibles, Foot Mercato a passé en revue chacune des candidates au titre avec la collaboration de Patrice Lair, ancien entraîneur de l’Olympique Lyonnais Féminin et consultant pour Eurosport.

Marta, la légende

Entre Marta et le Ballon d’Or Féminin, c’est une histoire qui dure. Depuis dix ans, la Brésilienne est constamment sur le podium. Elle a terminé trois fois deuxième et deux fois en troisième position. Mais surtout Marta, c’est cinq titres de Meilleure Joueuse de l’année de la FIFA. La joueuse âgée de 28 ans a régné sans conteste entre 2006 et 2010. Elle peut se targuer de faire mieux que Lionel Messi et ses quatre Ballons d’Or. Une légende dont le talent n’est vraiment plus à prouver comme nous l’explique Patrice Lair : « Marta est une joueuse offensive. Une gauchère. Elle est capable de dribbler, d’amener le surnombre très rapidement. Elle est capable d’enchaîner avec une vitesse d’exécution très rapide c’est-à-dire d’enchaîner sur des frappes et surtout d’avoir ce pouvoir d’accélération même si maintenant elle commence à avoir le poids des années quand même. Je l’ai trouvé un peu moins vive notamment lors du match face à l’Equipe de France à Gerland. Mais elle est toujours aussi décisive. C’est une joueuse de talent qui a des faiblesses surtout dans le replacement défensif. On l’a vu contre l’Equipe de France. Sur le deuxième but tricolore, Amel Majri lui part dans le dos. C’est elle qui est un peu fautive sur le replacement. Marta est très portée sur l’offensif. Ces joueuses là, on leur pardonne beaucoup de choses parce qu’elles font souvent la différence ».

En 2014, c’est du côté de la Suède qu’elle a laissé parler son talent. La star de la sélection brésilienne a été finaliste de l’UEFA Women’s Champions League avec son club de Tyresö. Malgré la défaite, Marta a signé un doublé dans le match décisif face à Wolfsbourg. Avec le FC Rosengard qu’elle a rejoint l’été dernier, elle a remporté le championnat suédois. Des résultats qui lui permettent d’être encore au rendez-vous pour obtenir son sixième trophée de Meilleure Joueuse de l’année. De quoi entrer un peu plus dans la légende. Mais quelle sont ses chances ? « C’est une fille qui a fait une très bonne saison l’année dernière à Tyresö, précise Patrice Lair. Malheureusement, ils ont perdu la Ligue des Champions. Cette saison, elle est à Rosengard. Elle a encore une chance de gagner cette Champions League. Mais il faudra passer l’obstacle Wolfsburg et peut-être le Paris Saint-Germain un peu plus tard. C’est une fille qui est citée chaque année. Elle l’a déjà gagné plusieurs fois. Mais je pense que cette année elle ne le gagnera pas. Le fait de ne pas avoir gagné la Ligue des Champions, d’être peut-être un peu vieillissante et d’avoir une sélection pas forcément performante, ça joue. La sélection brésilienne est dans une impasse c’est-à-dire qu’il reste une ou deux joueuses de talent, expérimentées comme Marta. Mais l’équipe autour est beaucoup trop jeune pour pouvoir lorgner sur un titre mondial à mon avis. Pour moi, c’est quand même une surprise de la retrouver dans les trois finalistes. Il y a d’autres joueuses qui méritaient d’être à sa place ».

Abby Wambach, l’expérimentée

Comme Marta, Abby Wambach fait partie des joueuses qui ont marqué l’histoire du football féminin. Comme elle, l’Américaine est aussi une habituée de la course au titre de Meilleure Joueuse FIFA de l’année 2014. Lors des trois dernières éditions, elle a terminé troisième en 2011, première en 2012 et seconde en 2013. Un beau palmarès pour l’attaquant âgée de 34 ans toujours en lice pour tenter de récupérer le trophée qu’elle a abandonné l’an passé. La trentaine bien entamée, elle continue malgré tout d’être considérée comme l’une des meilleures footballeuses de la planète. Il faut dire que la joueuse originaire de Rochester dans l’Etat de New York possède pas mal de qualités : « C’est une force de la nature. Déjà au niveau de son gabarit, c’est impressionnant. A 34 ans, elle a une puissance, un jeu de tête énorme. C’est important surtout dans le football féminin où l’on a beaucoup de joueuses qui ont des faiblesses à ce niveau-là. Elle est dans un style de jeu en 4-4-2 américain où elle joue dans une position très avancée. A 34 ans, elle n’a plus sa force de pénétration. Mais elle reste toujours dangereuse sur les balles arrêtées notamment grâce à ses déviations et ses buts de la tête ».

Des qualités qu’elle a mis au service des Stars and Stripes. Elle est la meilleure buteuse de l’histoire de la sélection américaine avec 160 buts en 207 sélections. Un bilan juste exceptionnel. La Team USA comptera d’ailleurs sur ses talents de buteuse lors de la Coupe du Monde 2015 au Canada. Son pays a déjà pu compter sur elle puisque avec sept buts en quatre matches, elle a largement participé à la qualification des Etats-Unis. En club, Abby Wembach a également apporté sa pierre à l’édifice. Elle est l’un des pilliers du Western New York Flash. En seize apparitions, Wambach a trouvé le chemin des filets à dix reprises. Si elle part sur un pied d’égalité avec Marta et Nadine Kessler, ses chances de remporter le Ballon d’Or Féminin 2014 semblent malgré tout peu probables d’après ce que nous a confié Patrice Lair : « Je ne pense pas qu’elle va gagner. Elle a été souvent blessée. Elle n’a pas joué autant de matches que ça et n’a pas été aussi décisive que les années précédentes. Je pense que c’est un handicap. Mais ça reste une avant-centre décisive sur les corners, les balles arrêtées. Elle a été moins efficace et je pense que ça va lui porter préjudice pour ce titre. C’est une bonne joueuse qui est, à mon avis, sur le déclin. Aujourd’hui, je donnerai plus la priorité à des joueuses plus vives et qui ont plus de technique. Je ne dis pas qu’elle n’est pas une joueuse technique. Mais elle joue surtout sur sa puissance et son engagement »

Nadine Kessler, la nouvelle star

Une Nadine peut en chasser une autre. A 26 ans, Nadine Kessler pourrait succéder à sa compatriote Nadine Angerer élue l’an dernier. La milieu du VfL Wolfsbourg se retrouve pour la première fois dans les trois finalistes pour l’obtention du titre de meilleure joueuse de l’année 2014. Une présence logique et une belle récompense pour une joueuse qui a confirmé tout le talent qu’on lui connait en 2014. Une stratège complète dont le profil séduit les amoureux de ballon rond à l’image de Patrice Lair : « Nadine Kessler c’est une dépositaire du jeu. Une joueuse énorme de Wolfsbourg. On l’a bien vu, elle a été blessé un certain moment et l’équipe n’a pas eu le même rayonnement. Elle a gagné beaucoup de titres avec Wolfsbourg. Je suis bien placé pour le savoir avec la finale perdue en Ligue des Champions avec l’OL. Elle est capable de se replacer, de donner le tempo, d’être à la finition. C’est une joueuse qui est très impressionnante depuis quelques saisons que ce soit avec Wolfsbourg ou en sélection. Elle est très complète. Elle peut jouer dans plusieurs registres au milieu de terrain. Elle est aussi bien à la récupération qu’à l’animation, dans les relais entre les lignes. C’est un petit bout de femme qui est assez énorme ».

Du haut de son mètre 69, l’Allemande a effectivement rayonné cette année 2014. Elément moteur de la Mannschaft, elle a été l’une des artisantes de la qualification à la Coupe du Monde 2015. La milieu polyvalente a claqué cinq buts en six matches. Nadine Kessler a également mené son club vers les sommets. Avec Wolfsbourg, elle a remporté le championnat et sa troisième Ligue des Champions Féminine. Des prestations qui ne sont pas passées inaperçues. La native de Landstuhl a été élue Meilleure Joueuse en Europe pour la saison 2013-2014. Une distinction personnelle importante qui pourrait en appeler d’autres à commencer par le Ballon d’Or Féminin. « Ce serait une première. Mais une première méritée, souligne Patrice Lair. Ca fait un moment qu’elle le mérite. Elle aurait mérité de l’avoir la saison dernière. Elle sortait d’une très belle saison avec Wolfsbourg et l’Allemagne. Elle est toujours performante. L’année dernière, elle a remporté le Championnat d’Europe alors qu’il leur manquait beaucoup de joueuses. Elle fait partie des très bonnes joueuses allemandes. Elle a la chance de faire partie de cette génération allemande qui est très costaud et présente pour gagner des titres en club et en sélection, même si ce n’est pas toujours extraordinaire dans le jeu. Pour moi, elle ne va pas le perdre. J’en fais ma favorite. Je ne vois pas comment on ne peut pas l’élire meilleure joueuse de l’année par rapport à tout ce qu’il y a eu. Peut-être sa blessure pourrait poser problème. Mais je pense qu’elle va revenir. Son club est toujours qualifié en Coupe d’Europe. Elle va encore prouver cette saison que c’est une bonne joueuse. En plus, il y a cette Coupe du Monde cet été ». Si elle a toutes ses chances, Nadine Kessler est en compétition avec deux joueuses monstrueuses et expérimentées. Rendez-vous donc le 12 janvier 2015 pour connaître le nom de la nouvelle reine du football féminin.