Dernier de Bundesliga à six journées de la fin de la saison, alors que sept points le séparent d’un barrage inespéré, le Hamburger Sport-Verein e.V. est en passe de découvrir la deuxième division pour la première fois de sa très longue existence. Et pourtant, le club fondé en 1887 avait débuté l’exercice 2017-2018 de fort belle manière, avec deux victoires face à Augsbourg, 1-0 et Cologne, 3-1, qui laissaient présager un rebond. Jamais, ces huit dernières années, le club de la deuxième plus grande ville d’Allemagne n’avait enchaîné deux succès lors des deux premières journées de la saison. Si l’on croyait alors que les fins de saisons étouffantes et les flirts avec la 2. Bundesliga étaient de l’histoire ancienne, l’entame parfaite du HSV n’aura finalement été qu’un écran de fumée. Agonisant, le "Dinosaure" traverse une nouvelle saison cauchemar. A l’image de la spirale infernale de quinze matches sans victoire, série en cours, que traverse le vainqueur de la Coupe des Clubs Champions 1983.

Si le HSV se retrouve lanterne rouge au moment où le Bayern Munich, cinquante points plus haut, s’apprête à soulever le 28e titre de champion de son histoire, c’est que la machine s’est enrayée il y a quelques saisons déjà. L’an passé, à la même période, Hambourg jouait les équilibristes lors de l’ultime journée. Seizième, le HSV venait à bout de Wolfsburg, qui ne le devançait que de deux points, après avoir été mené au score ! Hambourg profitait d’un but tardif du jeune Gian-Luca Waldschmidt (2-1, 88e) pour s’éviter un troisième barrage en quatre ans. Cette double confrontation couperet face au troisième de 2. Bundesliga, le club en avait fait une habitude les saisons précédentes. En 2013/14, Greuther Fürth avait buté, dans son stade, sur le réalisme hambourgeois (0-0, 1-1). La saison suivante, le HSV arrachait son maintien sur la pelouse de Karlsruhe, grâce à un coup franc de la dernière chance de Marcelo Diaz, puis au seul but de la saison de son attaquant Nicolai Müller en prolongations (1-1, 1-2 a.p.). Tombés à pic.

Le HSV est en perte de vitesse ces sept dernières saisons

La deuxième moins bonne attaque d’Europe

Cette saison, le compteur du pauvre Nicolai Müller, 30 ans, restera une nouvelle fois bloqué à une unité. Un but inscrit après huit petites minutes, lors de la première journée du championnat, face à Augsbourg (1-0). Une réalisation au goût amer pour son auteur qui se blessera en faisant la toupie lors de sa célébration. Bilan : rupture du ligament croisé du genou droit, opération et fin de saison. Il y a des signes qui ne trompent pas. Si les Hambourgeois étaient passé outre ce premier signe du destin pour accrocher un deuxième succès, à Cologne (1-3), lors de la journée suivante, la trêve internationale de septembre allait déjà marquer le début de la fin. De retour de sélections, les Bobby Wood (USA), Filip Kostic (Serbie), Albin Ekdal (Suède), Gotoku Sakai (Japon), Kyriakos Papadopoulos (Grèce) ou encore Mergim Mavraj (Albanie), n’allaient plus parvenir à mettre un pied devant l’autre et le HSV allait enchaîner une première série de 8 matches sans victoire, dont 7 défaites, entre septembre et octobre.

Si Fribourg, Mayence et Cologne ont encaissé plus de buts que les Hambourgeois cette saison (de 46 à 55 contre 44 pour le HSV), le problème du HSV réside dans son absence de buteur. Nicolai Müller blessé, c’est le Serbe Filip Kostic (4 buts) et la recrue du Borussia Mönchengladbach Andre Hahn (3) qui s’illustrent le plus cette saison. Avec des statistiques bien maigres pour espérer s’éloigner de la zone de relégation. Pire attaque de Bundesliga avec seulement 20 buts inscrits lors de l’exercice en cours, deuxième pire total des cinq grands championnats européens derrière Malaga (17), à égalité avec Sassuolo, le HSV n’aura pas été récompensé de sa tactique, forcée, visant à lancer les jeunes dans le grand bain. Jann-Fiete Arp, déjà annoncé au Bayern, Gian-Luca Waldschmidt, Tatsuya Ito sont sans aucun doute l’avenir, mais ils ne suffisent pas à régler les problèmes offensifs présents. Et quand les tauliers du milieu de terrain Albin Ekdal et Lewis Holtby passent plus de temps à l’infirmerie que sur les pelouses, c’est tout le navire hambourgeois qui prend l’eau.

Hambourg dispose de l'une des pires attaques d'Europe

Un seizième coach en dix ans

Le mois de novembre voit les hommes de Markus Gisdol sortir la tête de l’eau, grâce à deux victoires à domicile face à Stuttgart (3-1) et Hoffenheim (3-0). Deux succès probants qui sont, à ce jour, les derniers d’une saison cataclysmique pour le HSV. Malgré cette brève embellie, lors de laquelle le club inscrit six buts en deux matches, près du tiers de son total cette saison, une nouvelle spirale négative approche à l’horizon. Une ère glaciaire dont le Dinosaure ne voit pas le bout. Avant la réception de Schalke 04, ce samedi à 18h30, Hambourg reste sur 15 matches sans victoire, dont 9 défaites et 6 matches nuls. Une nouvelle série négative qui dure depuis fin novembre et a déjà coûté la tête de deux entraîneurs. Le 20 janvier, Markus Gisdol, en poste depuis 2016, est remplacé par Bernd Hollerbach, ancien joueur du HSV de 1996 à 2004 et assistant de Felix Magath à Wolfsbourg de 2007 à 2012. « Se séparer prématurément d’un entraîneur n’est pas quelque chose qu’on veut faire. Mais nous pensons qu’une nouvelle impulsion est nécessaire pour qu’on puisse réaliser le maintien qu’on ambitionne, » déclare le Président du club, Heribert Bruchhagen.

Si un petit électrochoc a lieu pour la première du nouveau coach, le HSV ramenant le point du nul de Leipzig (1-1), l’entité hambourgeoise ne va jamais parvenir à redresser la barre. Deux jours avant de jouer le Bayern début mars, le club licencie le président Heribert Bruchhagen et le directeur sportif Jens Todt, en poste depuis la reprise de janvier. C’est dans un contexte délétère et toujours sans victoire après six matches sur le banc que Bernd Hollerbach et ses hommes se déplacent en bête blessé à l’Allianz Arena de Munich, pour y affronter le leader. Là-bas, la rencontre tourne à la correctionnelle. Le HSV encaisse six buts. Les propriétaires poursuivent le ménage de printemps. Bernd Hollerbach est remercié après sept matches et un bilan de 4 défaites pour 3 nuls. Christian Titz est invité à prendre l’intérim...jusqu’à la fin de la saison. Il devient le 16e entraîneur du HSV, sur les dix dernières années (18e si l’on compte les double-piges de Cardoso et Labbadia). L’ossature du Dino craque de toutes parts. Le club ne cache plus qu’il prépare déjà l’après. La reconstruction en deuxième division. Les noms des directeurs sportifs Horst Heldt (sous contrat au Hannover 96 jusqu’en 2020) et Jörg Schmadtke (ex FC Cologne, libre) sont mentionnés comme candidats potentiels dans les médias de Hambourg.

Dix-huit entraîneurs en dix ans, le constat est terrible

Transferts ratés et perte de notoriété

Si l’on se penche d’un peu plus près sur l’essence même du problème, on remarque une cassure lors de la saison 2011/2012. Saison durant laquelle le HSV de Thorsten Fink se classe 15e. À la veille de cette première saison galère, l’été 2011 marque la fin de la collaboration entre le club et plusieurs figures du HSV. Piotr Trochowski, Ruud van Nistelrooy, Guy Demel, Eric Maxim Choupo-Moting, Ze Roberto et le portier vétéran Frank Rost, tous laissés libres, quittent Hambourg pour des ailleurs plus verts. Alors qu’il vend six joueurs pour quelques 17 millions d’euros, le club dépense 10 millions en retour, préférant piocher des joueurs en prêt à droite à gauche plutôt que remplacer ses tauliers. Déception, réaction. À chaque fin de saison décevante le HSV réagit avec la signature d’un chèque conséquent pour tenter de se montrer actif sur le marché des transferts. Mais échaudés par un maintien arraché à l’ultime journée l’an passé, malgré un investissement de près de 45 millions d’euros, les dirigeants n’ont pas voulu mettre la main à la poche l’été dernier.

S’il n’a pas beaucoup investi sur la dernière fenêtre estivale, le HSV s’est également montré un peu trop vendeur. Presque une habitude pour un club qui vend ses joueurs les plus prometteurs et ne se laisse aucune chance de créer quelque chose de solide. En souffrance devant le but cette saison, Hambourg a par exemple laissé filer l’attaquant autrichien Michael Gregoritsch, à Augsbourg, contre 5,5 millions d’euros. Auteur de 11 buts et 4 passes décisives cette saison, le joueur de 23 ans doit donner bien des regrets à ses anciens propriétaires. À l’aube de la saison 2013/14, le HSV avait déjà mis en vente le Sud-Coréen Heung-Min Son. Parti contre un chèque de 10 millions à Leverkusen, il sera revendu 30 millions à Tottenham deux saisons plus tard. L’été suivant, c’est le Turc Hakan Calhanoglu, qui file au Bayer contre 14,5 millions. Le club rhénan le revendra dix millions de plus à Milan trois ans plus tard. Si Leverkusen est une étape sur le trajet menant aux plus grands clubs, Hambourg n’est plus qu’une pause pipi sur le parcours de joueurs qui n’hésitent plus à bafouer l’institution.

Une institution qui prend l’eau de toutes parts

Lorsque les résultats ne vont pas, souvent, tout fout le camp. Au mois de février, Le jeune milieu international suisse U20, Vasilije Janjicic, six titularisations avec Hambourg cette saison, était impliqué dans un accident de voiture. Ivre et sans permis, il avait tenté de se faire passer pour son frère jumeau. Il encourt aujourd’hui une peine pouvant aller jusqu’à cinq ans d’emprisonnement. « Nous lui avons dit très clairement qu’il s’agissait d’un manque de responsabilité que nous ne tolérons pas et qu’il sera sanctionné comme il se doit pour cela », déclarait Jens Todt, le directeur sportif de l’époque. Dans la débâcle, quand ils ne sont pas pris dans des frasques extra-sportives, les joueurs fuient parfois leurs responsabilités. C’est le cas du milieu de terrain brésilien Walace, contraint de s’entraîner avec la réserve depuis trois rencontres pour avoir refusé d’évoluer en défense face au Hertha Berlin, en championnat. Même constat du côté du défenseur grec Kyriakos Papadopoulos, venu critiquer ouvertement les choix du néo-coach, Christian Titz, après avoir débuté la rencontre face à Berlin sur le banc.

Dans cette période de trouble, lorsque ce ne sont pas les joueurs, ce sont les supporters qui lâchent l’institution. Après la défaite 6-0 du HSV à Munich, des inconnus ont menacé les joueurs. Derrière les grilles du terrain d’entraînement jouxtant le Volksparkstadion, onze croix funéraires ont été plantées. Une banderole déployée devant l’arène hambourgeoise laissait entendre : « Votre temps est écoulé ! Nous vous aurons tous ! ». Des menaces qui ont été prises très au sérieux par la police locale, qui a ouvert une enquête. Déjà, face au Bayer Leverkusen (1-2), des supporters du HSV arboraient une banderole avec l’inscription « Avant que l’horloge ne sonne, nous vous traquerons à travers la ville » et avaient tenté de pénétrer sur le terrain. Face au Werder Brême (0-1), ce sont des engins pyrotechniques qui ont perturbé le déroulement de la rencontre. Avant le match face à Mayence, le club avait cette fois-ci décidé de d’augmenter de plus d’un mètre les clôtures qui séparent le terrain de la tribune des supporters par crainte d’un tsunami.

Le retour du Hamburger Stadtderby comme consolation ?

Outre-Rhin, la relégation du HSV semble dans l’ordre des choses. Une juste sentence après de nombreux flirts avec l’antichambre de la Bundesliga. Pour le journaliste allemand de Fussball Transfers Tobias Feldhoff, « la gestion du club est mauvaise depuis plusieurs années. Il y a eu un trop gros turn-over au sein des équipes dirigeantes, chacun essayant d’avoir de l’influence, toujours pour son profit personnel. » Au milieu de ce marasme, le principal financeur Klaus-Michael Kühne, fan du HSV et dirigeant d’une société de transport dont la fortune est évaluée à plusieurs milliards, a mis ses deniers privés dans le club, mais l’équipe de recrutement s’est souvent trompée sur le choix des joueurs. « Des profils à faible rendement arrivés au HSV contre beaucoup d’argent, » appuie le journaliste. Deuxième ville d’Allemagne, Hambourg ne brille plus par ses performances footballistiques et a perdu beaucoup d’attrait. Et comme le rappelle Tobias Feldhoff, « le salut du club hambourgeois ne passera pas non plus par un investisseur étranger comme dans d’autres grandes villes européennes. Avec la règle 50+1 (le club reste propriétaire de 50 % + 1 des parts, ndlr), les gros investisseurs ne s’occupent que des très grands clubs. »

Au bord de la relégation à trois reprises lors des quatre derniers exercices, alors que six matches restent encore à disputer en Allemagne la descente semble cette fois-ci inévitable. Dernier bastion à n’avoir jamais connu la deuxième division depuis la création de la Bundesliga, le HSV s’apprête à enterrer un record vieux de 55 ans. Du côté du FC Sankt Pauli, l’autre club de Hambourg qui stagne en deuxième division depuis plusieurs années, on se réjouit de voir le voisin en souffrance et on pense déjà aux sulfureux derbies, en D2, la saison prochaine. Un Hamburger Stadtderby qui n’a plus enflammé les rues de la ville depuis la saison 2010/11, dernière année dans l’élite du Kiezkicker. En descendant en deuxième division allemande, Hambourg rejoindrait également Nottingham Forest (D2) et Aston Villa (D2) au rang des anciens vainqueurs de la Ligue des Champions (ou Coupe des Clubs Champions) qui évoluent aujourd’hui dans les divisions inférieures de leur pays. Peut-être un moyen pour le Dinosaure d’enterrer pour de bon les vestiges de son glorieux passé et de faire place nette au nouveau HSV.