Comme Carquefou en 2008, ou Chambéry en 2011 avant lui, Granville vit une formidable épopée en Coupe de France. 5e pensionnaire de CFA 2 à atteindre ce stade de la compétition depuis 1999, le club normand écrit la plus belle page de son histoire avec comme point d’orgue ce soir un quart de finale face à l’Olympique de Marseille au stade Michel d’Ornano de Caen. Un véritable événement pour ce club, Petit Poucet de la compétition depuis les 16es de finale et sa victoire face à Sarreguemines, autre formation de 5e division. Bien évidemment, toute la ville est en ébullition depuis quelques jours et rêve d’un nouvel exploit face à l’un des plus grands clubs français, comme nous le fait vivre Anthony Fournier. Le milieu de terrain du club amateur marche à sa manière sur les traces de son père, Laurent, vainqueur à deux reprises de la compétition avec le PSG (1993, 1998) et finaliste avec... l’OM en 1991.

Après avoir bourlingué en France puis en Belgique, le joueur formé au PSG, « en compagnie de Mamadou Sakho, Younousse Sankharé, David Ngog ou encore Maxime Partouche », s’est retrouvé embarqué dans cette formidable aventure. Une belle récompense après un parcours tortueux. Passé par Issy-les-Moulineaux, puis Roye dans la Somme, il pose un temps ses bagages à Pacy-sur-Eure en CFA. « J’étais surveillant dans un collège en même temps puis le club m’a embauché en tant qu’assistant commercial pour vendre des équipements sportifs. » Après 3 mois à Uzès en National, direction la D2 belge. « J’ai fait une grosse saison à Royal Boussu Dour mais le club a coulé. J’ai été repéré par Zaventem où j’avais un contrat de joueur professionnel mais ça ne s’est pas bien passé, je n’étais plus payé. Je suis parti ensuite en prêt en D3 à l’Union Saint-Gilloise, un club de Bruxelles assez mythique. Nous sommes montés en D2 mais il y a eu un changement de direction et un problème avec l’agent qui m’a mis là-bas. »

Une arrivée à Granville pas vraiment préméditée

Sans club en début de saison, il est à la croisée des chemins. Un coup de pouce du destin va le pousser jusqu’à Granville, où pourtant il rechignait à signer au début. « Le président du club me connait depuis plusieurs années car nous habitons le même village. Ça fait plusieurs années qu’il me demande de venir mais je n’étais pas très chaud, il jouait en DH et en CFA2 mais je visais un peu plus haut. Puis cette année, je n’avais rien et il m’a proposé de venir au moins pour m’entrainer, histoire de retrouver la forme et un peu de confiance. Ça a bien accroché avec le groupe donc je suis resté. Là-bas, je suis éducateur. Je m’occupe des U13 comme ça je peux jouer avec le club en même temps. » Un choix opportun car le club, actuel 2e de son groupe de CFA 2, joue la montée et connaît surtout un parcours que seule la Coupe de France peut offrir. « Nous avons un groupe très uni. Je pense que c’est grâce à ça que l’on existe encore en Coupe de France », décrypte le joueur de 26 ans.

Pour en arriver là, cette charmante commune, accrochée à la falaise surplombant la Manche et située en face du Mont Saint-Michel, a d’abord dû batailler en Normandie. Une fois après avoir battu des clubs « voisins » de Thury Harcourt, Virois, Mondeville, Cherbourg puis Dives, l’équipe sort enfin de la région et va chercher sa qualification pour les 32es de finale sur la pelouse de Saint-Nazaire. « C’est après ce match que l’on s’est senti pousser des ailes. Les équipes de Ligue 1 arrivent, la Fédération commence à donner des dotations. » Le club reçoit une première formation professionnelle, Laval, gagne son ticket pour le tour suivant après une rencontre maîtrisée et se met à rêver. « Le match avait lieu le 2 janvier. On passe le nouvel an ensemble, on se couche tous à minuit sans excès en se disant qu’il fallait créer l’exploit. Bon, on s’est rattrapé le 2 au soir après avoir gagné (rires) mais on sentait que tout le monde était concentré sur le même objectif. Tu y prends goût, tu joues contre des professionnels, il y a les médias, plein de choses. C’est toujours sympa de vivre ça. »

Tout Granville en effervescence

Les joueurs ne sont pas les seuls à connaître cette excitation. C’est toute la ville qui vit désormais au rythme des tours passés en Coupe, son 10e ce soir ! La rencontre se déroulant à Caen à une centaine de kilomètres, la municipalité a réservé une salle où sera diffusé le match sur un écran géant et une vingtaine de cars remplis de supporters s’apprête à faire le déplacement. « Tout le monde ne pense qu’à ça. On ne parle que du match face à l’OM. Même lors de la dernière rencontre de championnat, c’était très présent dans nos têtes. On est hyper concentré là-dessus, concède-t-il. Quand tu arrives en 32e et que tu peux avoir la chance de jouer une grosse équipe, tu rêves de tomber sur l’OM ou le PSG. Et finalement, on a attendu les quarts pour les jouer. J’espère que l’on fera un gros match et pourquoi pas réaliser quelque chose d’incroyable. »

Et malgré leur position évidente d’outsider, les Normands semblent confiants. Ils comptent surfer sur l’euphorie du moment et sur leurs qualités. « On a quand même une équipe aventureuse. On essaye de jouer, de bien utiliser le ballon. Mais dans ce genre de rencontre, on ne peut rien prévoir. En plus on ne sait quels seront les joueurs que l’on aura face à nous. Il ne faut pas faire le match dans sa tête avant, comme se dire que l’on va marquer sur une connerie. J’espère que l’on fera ce que l’on sait faire de mieux. Et avec le public derrière nous, ça sera une vraie communion. Sur un match, il faut y croire. On sait bien que sur une rencontre ça peut le faire, alors que sur une saison il y a trop de différences. » Alors pourquoi pas réaliser un nouvel exploit devant un public acquis à leur cause ? Comme lors des tours précédents, un supporter sera particulièrement attentif en tribune. Il s’agit de Laurent Fournier. « Mon père ? Il est content (rires). Il vient à tous les matches. Il est avec ses amis et il profite. Il ne veut surtout pas se mettre en avant. On en discute seulement tous les deux en privé mais le reste du temps, il se met à l’écart. » Car ce soir, la lumière sera bien portée sur Anthony et tout l’US Granville, qui disputent probablement la rencontre la plus importante de leur histoire.

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