Besogneux, travailleur, rigoureux, les adjectifs ne manquent pas pour désigner Carlos Queiroz. Natif de Nampula au Mozambique, le technicien de 65 ans s’est rapidement fait connaître pour son état d’esprit perfectionniste. Tout d’abord entraîneur adjoint à l’Estoril Praia, il intègre très vite la Fédération Portugaise en 1987. C’est là où il démontre très vite son génie tactique. Il prend en main les différentes équipes de jeunes de la Seleção das Quinas. Tout d’abord, il dirige les moins de 17 ans et continue de grimper les échelons à la même vitesse que la génération qu’il va révéler. Des talents qui vont rapidement éclater à la face du football européen. Parmi eux, Luis Figo, Rui Costa, Fernando Couto ou encore Vitor Baia. Il les accompagne jusqu’à prendre les rênes de la sélection A en 1991.

Avec des joueurs qui ont gagné les Coupes du monde 1989 et 1991 dans leurs catégories d’âges, Carlos Queiroz décide de continuer à faire confiance à ces jeunes qu’il connaît depuis des années. Un choix qui n’est pas payant sur le court terme puisque le Portugal ne se qualifie pas pour la Coupe du monde 1994, devancé de peu par l’Italie et la Suisse. Une déception, mais qu’importe, une grande équipe commence à prendre forme. Interrogé par France Football, Carlos Queiroz mettait en avant le vécu de ce groupe : « nous avons eu de grands joueurs et nous avons de grands joueurs au Portugal. L’équipe de la "génération dorée" s’est différenciée, parce qu’elle bénéficiait d’un passé collectif plus long, plus approfondi et plus continu. Beaucoup de ces joueurs ont commencé à jouer ensemble en sélection depuis leurs 14 ou 15 ans. »

Une carrière mouvementée

Suite à cette désillusion, il rejoint le Sporting CP en 1994 où il retrouve Luis Figo l’espace d’une saison. Avec les Leões, il remporte la Coupe du Portugal ainsi que la Supercoupe en 1995, mais ne parvient pas à gagner le championnat. Il découvre ensuite d’autres horizons. Tout d’abord aux États-Unis avec les MetroStars New York. Puis au Japon, où il succède à Arsène Wenger sur le banc de Nagoya Campus. Des expériences qui tournent court rapidement tout comme ses passages sur le banc des sélections des Émirats arabes unis et de l’Afrique du Sud. Suite à cela, il rejoint Manchester United en 2002 où il devient l’entraîneur adjoint de Sir Alex Ferguson. Dans une interview pour Le Monde, le technicien écossais se satisfaisait de ce choix osé : « Je cherchais un adjoint. J’ai demandé à Luis Figo et à deux autres joueurs qui avaient travaillé avec Carlos ce qu’ils en pensaient. Ils m’ont parlé d’un type fantastique. Je l’ai donc fait venir à Manchester. C’est l’une de mes meilleures décisions ! »

Très vite une relation de confiance se met en place entre les deux hommes : « Lors de mon premier jour à Carrington, Alex m’a présenté le groupe et m’a lancé : "À toi de jouer !" Depuis, il n’est jamais intervenu dans mon travail. Et lorsque les choses vont mal, Alex ne laisse pas tomber ses hommes. » Pourtant, il quitte le club en 2003 et rejoint le Real Madrid où il prend le poste d’entraîneur principal. Avec les Merengues, il réalise un bon début de saison avant de s’écrouler totalement lors de la dernière ligne droite. La Casa Blanca se fait sortir en quart de finale de la Ligue des Champions par l’AS Monaco, puis perd ses cinq derniers matches de Liga et laisse le titre au Valencia CF. Une fin brutale qui aura raison du Portugais. Carlos Queiroz est démis de ses fonctions. Il retourne immédiatement à Manchester United, où il retrouve son poste d’adjoint. Il y oeuvre jusqu’en 2008 et la dernière Ligue des Champions remportée par le club mancunien.

Les anciens Red Devils ont pour la plupart gardé d’excellents souvenirs de Carlos Queiroz. C’est notamment le cas de Roy Keane qui se remémorait ce dernier sur le plateau d’ITV. Pour autant, l’Irlandais n’a pas toujours était en adéquation avec le caractère trempé de Carlos Queiroz : « C’est un excellent coach aux côtés de beaucoup d’autres entraîneurs avec qui j’ai travaillé à Manchester United. Il était probablement un peu défensif, mais j’avais de bonnes relations avec lui, surtout lors de son premier passage au club. Mais lors de son deuxième passage, lorsqu’il est revenu et que j’approchais de ma fin de carrière, je l’avais trouvé vraiment irrespectueux avec moi, donc on s’était un peu brouillés. Il avait remis en question ma loyauté et je lui avais dit d’aller se faire voir. L’un de mes plus grands regrets, c’est que j’aurais dû lui arracher la tête. Mais c’est un excellent entraîneur qui fait du bon travail. » Pas forcément fan du personnage, le latéral gauche français Patrice Evra reconnaissait néanmoins les qualités tactiques du Portugais : « Tu as l’impression qu’il ne sourit jamais. Ses séances d’entraînement étaient parfaites et, quand il a quitté United, tactiquement, ce n’était pas la même chose. En tant que personne, je dirais qu’il est vraiment difficile. »

La révolution iranienne

Par la suite, il démarre un second mandat avec le Portugal entre 2008 et 2010. Lors de ce parcours, il qualifie la Seleção das Quinas pour les huitièmes de finale du mondial sud-africain. Pourtant, le futur champion du monde espagnol a raison des Lusitaniens (1-0). Une déception qui conduit à son limogeage le 9 septembre 2010. Suite à ce semi-échec, Carlos Queiroz s’engage dans un travail de longue haleine. Il prend en main l’Iran et réalise un énorme travail de fond. Comme avec le Portugal à la fin des années 80 et au début des années 90, il met en place un projet de jeu avec la volonté de réussir sur le long terme. Rapidement, il donne des responsabilités à des joueurs qui deviendront des cadres de la Team melli comme Ehsan Hajsafi, Ashkan Dejagah, Karim Ansarifard ou encore Reza Ghoochannejhad. Les résultats sur la scène internationale sont rapidement convaincants avec une qualification pour la Coupe du monde 2014. Si l’Iran ne passe pas le premier tour, l’exploit était en marche avec un match nul contre le Nigeria (0-0), une défaite dans les derniers instants contre l’Argentine (1-0) avant un faux pas contre la Bosnie-Herzégovine (3-1).

Dans un environnement de travail idéal, il va transmettre ses idées footballistiques et mettre en place un jeu rigoureux et basé sur le sens du sacrifice. Impressionné par l’état d’esprit irréprochable de son groupe, Carlos Queiroz, l’est encore plus par l’importance du football dans la société iranienne : « Ici il y a quelque chose de spécial, c’est la passion du jeu, la passion du football. Et ça, ça ne s’achète pas. Beaucoup de pays aimeraient l’acheter. C’est l’argument essentiel de l’Iran. C’est un des derniers pays où, lors du derby, il y a 100.000 spectateurs dans le stade et autant à l’extérieur. En fait on est l’inverse du Qatar. Eux, ils ont 40000 joueurs en tout. Ici, dans la moindre ville il y a 5000 ou 6000 joueurs. Notre problème, c’est de faire progresser l’orchestre, d’apporter une harmonie. En Iran, j’ai la chance d’avoir rencontré beaucoup de bonnes personnes. Quand je suis ici, le travail est intense, mais c’est un pays où les gens sont toujours souriants, c’est agréable. »

L’Iran continue son évolution et deux joueurs prometteurs prennent leur envol : Sardar Azmoun et Alireza Jahanbakhsh. Deux individualités qui permettent d’apporter de la folie sur le front de l’attaque et qui endossent rapidement le costume de leader. Les Lions de Perse se mettent de nouveau à faire peur. Par contre, beaucoup de frustration ont découlé des Coupes d’Asie des Nations avec deux éliminations lors des éditions 2011 (contre la Corée du Sud) et 2015 (contre l’Irak). Cependant, les éliminatoires de la Coupe du monde 2018 confirment davantage la montée en puissance de la sélection iranienne. Qualifiée sans trembler pour le mondial russe, la Team melli vise surtout une quatrième Coupe d’Asie des Nations (après 1968, 1972 et 1979) en 2019. Ce sera vraisemblablement sans Carlos Queiroz qui a refusé l’offre de prolongation de la fédération : « C’est une offre qui ne montre aucune reconnaissance pour ce que j’ai fait, une offre qui n’est pas acceptable de mon point de vue. Les négociations sont terminées, elles sont derrière moi. »

Du rêve à la réalité

S’il devrait quitter l’Iran après le mondial, il espère montrer le meilleur visage possible de cette équipe en Russie : « Notre attitude reste la même : on aborde la phase finale avec une grande détermination, une immense conviction. C’est fondamental pour nous d’être impliqués au plus haut degré qu’il soit. Si, dans le comportement, on fléchit un peu, nos ambitions vont chuter. Les autres équipes (Espagne, Maroc ou Portugal) vont disputer un match à trois, pour la qualification. Nous on va jouer, mais on y va pour gagner ou pour perdre, pas pour faire des nuls. En Russie, mon équipe sera différente de celle que vous avez vue au Brésil. Elle est plus jeune, plus effrontée, plus aventureuse. Elle reste solide (deux buts encaissés en qualification), mais elle a beaucoup gagné en qualité. On a plus de joueurs qui évoluent en Europe. Notre objectif, c’est de montrer toute notre qualité sans oublier notre principal objectif, la Coupe d’Asie en janvier. Là, oui, on y sera pour être champions. C’est une opportunité unique, on va jouer contre trois équipes qui sont candidates au titre, même en amical on a peu de chances de pouvoir les affronter, alors profitons-en. »

C’est ce que fait à merveille l’équipe de Carlos Queiroz. Contre le Maroc, les Iraniens assument parfaitement leur statut d’outsiders. Capable de faire le dos rond et de mettre en difficulté son adversaire par son explosivité, la Team melli réussit à remporter son match d’ouverture contre le Maroc (1-0). La deuxième étape contre l’Espagne démontre encore une fois les qualités de la sélection iranienne. Si la défaite est au rendez-vous (1-0), la Roja est mise en échec durant de longues minutes par l’Iran. Déjà une semi-victoire pour Carlos Queiroz qui sait que le match contre le Portugal peut déboucher sur une surprise retentissante : « L’Espagne a joué avec style, elle a fait un match fantastique, comme à son habitude. Mais je pense que nous méritions un peu plus à la fin du match. Je ne peux rien dire contre la victoire de l’Espagne, il faut plutôt que je parle de l’attitude guerrière de mes joueurs, qui auraient dû ramener quelque chose d’ici. Jouer contre l’Espagne a été un grand apprentissage. Nous avons quitté la pelouse à 1-0 contre nous, mais nous avons gagné le respect. Je suis sûr que les fans sont fiers de notre équipe. Nous allons nous battre contre le Portugal, contre un grand joueur comme Cristiano Ronaldo, nous nous battrons pour le classement, car nous avons montré que nous étions prêts à souffrir. Et à nous battre pour notre rêve : passer au tour suivant. » À 90 minutes d’un exploit retentissant, Carlos Queiroz sait qu’il a déjà réussi le plus important, donné ses lettres de noblesse à la sélection iranienne.