L’équipe de France connaît son adversaire en finale de la Coupe du Monde en Russie dimanche. Ce sera la Croatie de Luka Modric. Pour en arriver là, la sélection des Balkans, dont la fédération est minée par des affaires de soupçons de corruption depuis de nombreux mois, a connu un parcours riche en rebondissements. Tout a commencé en octobre 2017, lorsque Zlatko Dalic succédait à Ante Cacic, qui était en poste depuis septembre 2015. Le technicien, dont la réputation s’est surtout construite dans le Golfe à Al Hilal puis Al Ain, débarquait avec une mission commando : qualifier une équipe en difficulté dans son groupe éliminatoire.

Grâce à un succès contre l’Ukraine (2-0) puis un barrage remporté face à la Grèce (4-1, 0-0), l’entraîneur croate remplissait sa mission et signait dans la foulée un contrat jusqu’en juin 2020. Ce dernier a su relancer la machine, et ce, malgré des résultats mitigés en amicaux (défaites contre le Pérou et le Brésil, victoires face au Mexique et au Sénégal), gagnant la confiance des cadres d’une génération dorée. La sélection au damier a sans doute été la plus séduisante en phase de poules, avec trois succès, dont une large victoire contre l’Argentine (3-0).

Mais là encore, il a fallu passer outre un épisode dont elle se serait bien passée. Lors du premier match, face au Nigeria (2-0), le coach a notamment dû trancher dans le vif. Nikola Kalinic, déçu d’être remplaçant au coup d’envoi, refusant d’entrer en jeu au prétexte d’une douleur au dos, Dalic décidait purement et simplement de renvoyer l’attaquant de l’AC Milan chez lui. Un choix fort, avec l’appui de ses cadres, puisqu’il n’avait plus la possibilité de le remplacer numériquement dans son groupe. Cette crise interne aurait pu secouer son groupe, mais il n’en a rien été.

Un joueur exclu, un membre du staff viré et des matches à rallonge !

Impériale en poules, la Croatie peinait dès les matches à élimination directe, comme si le spectre de l’élimination en 8e de finale en France lors de l’Euro 2016 contre le Portugal (1-0, après prolongations) refaisait surface. Face au Danemark, malgré leur supériorité dans le jeu, Ivan Rakitic et ses partenaires devaient s’employer et aller chercher leur qualification au bout du suspense après une séance de tirs au but haletante (1-1, 3 tirs au but à 2). Un scénario qui se reproduisait en quarts de finale, contre la Russie (2-2, 4 t. a. b. à 3). Un match qui allait là encore laisser des traces et pas seulement dans les organismes.

Danijel Subasic se tordait notamment de douleur pendant les prolongations, se plaignant du dos. Mais un nouveau coup dur allait intervenir. Une fois le match terminé, le défenseur central Domagoj Vida et l’adjoint Ognjen Vukojevic, tous deux anciens du Dynamo Kiev, publiaient une vidéo sur les réseaux sociaux pour dédicacer l’élimination de la Sbornaïa... aux Ukrainiens. Un geste qui a poussé la fédération croate à se séparer du membre du staff, l’axial étant lui mis à l’amende financièrement par la FIFA... De nouveaux événements contraires à gérer, en plus de la fatigue accumulée par les titulaires, Dalic faisant souvent appel aux mêmes éléments pour les matches qui comptent (il n’a fait tourner que contre l’Islande 2-1, lors du 3e match de poule, alors que la qualification était déjà en poche).

En demi-finale, face à l’Angleterre (2-1, a. p.), les choses commençaient une nouvelle fois très mal. Kieran Trippier ouvrait le score sur coup franc en début de match, alors que les Croates peinaient à entrer dans leur match. Et alors que plus personne ne semblait y croire, Ivan Perisic, peu en vue jusque-là dans le tournoi, remettait les deux équipes à égalité... pour offrir une nouvelle prolongation à son équipe ! Mario Mandzukic, éreinté, usé et touché suite à un choc avec Jordan Pickford, trouvait les ressources quelques minutes plus tard pour envoyer les siens en finale. Les Bleus sont prévenus, la Croatie est passée par tous les états pour en arriver là et il faudra être costaud pour la sortir d’un tournoi, au cours duquel elle y a toujours cru.