« Le talent ne suffit pas ». Cette Une de L’Équipe publiée mardi traduit le sentiment général au sujet de l’équipe de France et la victoire face à la Russie ne répond pas au doute qui s’est insidieusement répandu durant ce rassemblement de mars. Le débat s’est installé dans nos contrées : oui, la France dispose d’un vivier de talents assez phénoménal en vue de la Coupe du Monde, principalement dans le secteur offensif, mais non, Didier Deschamps n’a pour l’instant pas trouvé la bonne formule pour associer tout ce beau monde. Dès lors, l’équipe de France doit-elle figurer dans les favoris à la victoire finale en Russie ? Oui au regard de son effectif et de son statut de finaliste du dernier Euro. Mais pas forcément lorsqu’on compare ses prestations de mars avec celles des autres favoris, parmi lesquels on trouve l’Espagne, l’Allemagne et le Brésil.

Le schéma de jeu

Un 4-4-2 vendredi face à la Colombie, un 4-3-3 mardi contre la Russie. Dans les deux cas, les Bleus ont affiché certaines carences rédhibitoires au plus haut niveau. À savoir des largesses dans le replacement défensif, une tendance à ne pas faire les efforts pour le collectif, un milieu pas assez joueur, un manque de complémentarité entre les joueurs offensifs. Beaucoup de choses à régler pour Didier Deschamps, à qui il est souvent reproché de ne pas avoir bâti de fond de jeu depuis sa nomination à la suite de l’Euro 2012. Difficile en effet de déterminer l’identité de jeu des Bleus, alors que pour les autres nations majeures, elle est plus facilement identifiable. Ainsi, le Brésil, sous les ordres de Tite, s’est rebâti une défense et une discipline tactique. Face à l’Allemagne, Coutinho et Willian, les deux ailiers, n’ont jamais rechigné au travail défensif, suivant jusqu’au bout les latéraux adverses. Pas de chichi non plus au milieu, où le trio Casemiro-Fernandinho-Paulinho est sans doute moins créateur, mais terriblement efficace pour protéger la défense. En Espagne, le style est reconnu depuis plusieurs années, et porté par la nouvelle génération, comme Isco et Thiago Alcantara. Des passes, des passes et encore des passes. Quand tout fonctionne, quand les attaquants sont trouvés, cela débouche sur un festival offensif comme celui délivré face à l’Argentine (6-1). Quant à l’Allemagne, elle n’a aucun doute sur son schéma de jeu (avec un 4-2-3-1) ni sur l’identité de son onze titulaire (la dernière incertitude concerne la présence ou non de Marco Reus, au physique toujours fragile).

La richesse de l’effectif

C’est là le point fort de notre sélection : un réservoir de talents que tous les autres pays nous envient. « La France dispose d’un nombre assez incroyable d’options pour chaque poste, l’Allemagne aimerait avoir autant de possibilités pour son attaque », expose ainsi Lukas Hörster, journaliste pour Fussball Transfers. « Des attaquants, pas forcément sélectionnés, comme Lacazette, Ben Yedder, Benzema ou Modeste auraient tous leur place en sélection allemande », explique-t-il, alors que la Nationalmannschaft peine à trouver le 9 parfait (Timo Werner tient la corde, mais derrière cela reste flou). Notre vivier offensif n’a effectivement rien à envier à ceux de l’Allemagne ou de l’Espagne, mais le Brésil, ou encore l’Argentine, n’ont pas de quoi être jaloux. Les Auriverde, avec le retour de Neymar pour le Mondial, peuvent aligner deux triplettes offensives de grande qualité (Neymar-Gabriel Jesus-Coutinho ou Douglas Costa-Firmino-Willian). Journaliste espagnol pour Fichajes, Ivan Vargas note aussi la qualité de l’effectif des Bleus, en ajoutant des premières nuances. « Pour moi, en défense comme en attaque, les Bleus sont très bons sur le papier. En défense, Varane et Umtiti sont géniaux en Espagne, comme Lucas Hernandez. Cependant, je trouve que, sur les derniers matches, il y a un peu de déconcentration, comme s’ils jouaient trop tranquillement. Je crois que cela peut leur porter préjudice dans un tournoi comme le Mondial.  » Les Espagnols considèrent de leur côté avoir trouvé 9 des 11 titulaires pour le Mondial ( De Gea ; Carvajal, Piqué, Sergio Ramos, Jordi Alba ; Koke, Thiago, Iniesta, Isco ). Il manque le numéro 9 et un autre milieu offensif, mais le vivier est suffisamment riche (David Silva, Asensio, Lucas Vazquez pour ne citer qu’eux).

La complémentarité

Après la terrible claque du 7-1 reçue en demi-finale de leur Coupe du Monde, les Brésiliens ont retenu la leçon. Le onze de Tite n’a rien d’une équipe tournée vers l’attaque qui serait balayée par la première sélection carrée défensivement. Le 4-3-3 installée fonctionne à merveille, Paulinho étant le joueur qui relie le plus régulièrement l’entrejeu à l’attaque, à l’image de ce qu’il propose au Barça. En Allemagne, les recettes de Löw fonctionnent toujours, avec Özil et Müller à la baguette et le rafraîchissant Werner pour donner de la vitesse à l’attaque. Du côté de l’Espagne, les petits gabarits règnent toujours dans l’entrejeu, mais le jeu a repris un peu plus de verticalité avec Lopetegui. Et nos Français ? Deschamps cherche toujours la bonne formule. Et cela se ressent chez nos voisins européens. « En attaque, il est clair que Griezmann est sensationnel, comme Mbappé, mais il manque selon moi un joueur capable de faire le lien entre le milieu et eux », juge Ivan Vargas. « Les joueurs défensifs sont bons dans leurs clubs, pas de doute. Mais peut-être que Varane et Umtiti n’étant pas les patrons au Barça et au Real Madrid, il sera difficile de trouver le vrai patron de la défense en équipe de France », évoque de son côté Lukas Hörster. Évidemment, à plus de deux mois de la Coupe du Monde en Russie, Didier Deschamps a le temps d’affiner sa réflexion. Une fois sa liste connue (ce sera le 15 mai), il faudra mettre à profit les matches de préparation pour être plus qu’un favori sur le papier.

Bonus :

Le 11 de l’équipe de France par choisi Fichajes : Lloris - Sidibé, Varane, Umtiti, Lucas Hernandez - Pogba, Kanté, Rabiot - Mbappé, Griezmann, Lemar

Le 11 de l’équipe de France par choisi Fussball Transfers : Lloris - Sidibé, Varane, Umtiti, Mendy - Dembélé, Kanté, Pogba, Coman - Mbappé, Griezmann