Le duel dure depuis dix ans. Leaders de leur génération, Cristiano Ronaldo et Lionel Messi règnent sans partage et s’échangent à tour de rôle le ballon doré le plus convoité de la planète football. Avec cinq trophées chacun, le Portugais et l’Argentin sont à égalité parfaite et comptent bien en remporter d’autres. Et depuis 2015, un troisième larron s’est invité dans cette lutte pour le Ballon d’Or : Neymar. Troisième à deux reprises lors des trois dernières éditions, le Brésilien met tout en oeuvre pour décrocher le Graal. L’été dernier, il n’a d’ailleurs pas hésité à quitter le FC Barcelone pour rallier le Paris Saint-Germain afin de ne plus être dans l’ombre de Messi. Dans cette course à l’or, la Ligue des Champions est un sacré atout, mais depuis 2015 et le retour du ballon d’Or dans le giron de France Football, le nouveau système de votes est uniquement composé de journalistes. Plus de sélectionneurs et de capitaines des sélections nationales dont les votes rendus publics faisaient souvent rire, chacun votant pour son compatriote ou son ami de club.

Les outsiders la jouent profil bas

Cette saison, le sacre en Coupe du Monde pourrait donc, comme en 2006, être décisif. En effet, suite au triomphe italien face à la France il y a douze ans, Fabio Cannavaro avait pu décrocher la timbale alors qu’un défenseur a très rarement l’occasion d’être l’élu. Un retour à l’ancien système de votation qui devrait donc éviter d’accoucher de scenarii polémiques comme ce fut le cas en 2010 lorsque Lionel Messi avait coiffé les champions du monde espagnols au poteau, sans oublier Wesley Sneijder, finaliste du Mondial et vainqueur de la Ligue des Champions avec l’Inter Milan, qui ne figurait même pas sur le podium. Un vote qui avait d’ailleurs provoqué un sacré mal de tête à nos confrères espagnols. « En 2010, nous avions préparé un programme spécial après la victoire de l’Espagne en Afrique du Sud. Nous avions tout préparé parce que nous pensions que le vainqueur du Ballon d’Or allait être Xavi, même si nous croyions davantage en Iniesta. Pour nous, il n’y avait que deux options et nous avons misé sur Iniesta. Nous sommes allés dans son village d’origine près d’Albacete et nous avions un programme spécial durant lequel le maire de la ville et la famille devaient passer à l’antenne. Et quand plus tard dans l’après-midi, quand c’est tombé, pfff ça a été un désastre. Nous avions vu que Messi avait gagné », nous a expliqué Rafael Fernandez, journaliste pour la radio espagnole Onda Cero.

Avec un mode de vote différent, l’édition 2018 du Ballon d’Or pourrait-elle accoucher d’un tout autre scrutin qu’en 2014 où les champions du monde allemands n’avaient pu placer Manuel Neuer qu’à la troisième place. Les éliminations précoces de l’Argentine, du Portugal, de la Nationalmannschaft, de l’Espagne et du Brésil lors du Mondial 2018 vont-elles peser dans la balance ? Interrogé sur la question en cas de sacre français le 15 juillet prochain, Raphaël Varane, qui aurait donc une Ligue des Champions et une Coupe du Monde dans la besace, y croit un peu, mais sans plus. « Ça se peut, c’est possible. Pour moi, ce n’est pas un objectif. Je ne suis pas un joueur qui est mis en lumière par rapport à un attaquant. Je pense au collectif. J’essaie d’apporter à mon équipe. C’est quelque chose de très prestigieux. Si ça revenait à un Français, je serais très heureux ». Idem chez Luka Modric, autre Merengue vainqueur de la coupe aux grandes oreilles toujours en lice pour un titre mondial. « Non, je ne pense pas au Ballon d’Or », a-t-il déclaré en zone mixte hier. Et chez les Belges ? En cas de triomphe moscovite à la mi-juillet, les Diables Rouges auraient, sur le papier, aux moins deux, voire trois prétendants de choix avec Eden Hazard, Kevin De Bruyne et Thibaut Courtois. Mais là encore, personne ne croit vraiment en une révolution.

Cristiano Ronaldo et Lionel Messi indétrônables, Neymar éjecté du podium ?

« Je ne sais pas si la Coupe du Monde va influencer. Je pense que Ronaldo va gagner. Même si la Belgique gagne la Coupe du Monde, un joueur comme Eden Hazard n’a pas fait de grosses performances lors des six derniers mois. Il a bien joué, mais Chelsea a fait de mauvais résultats et il risque de le payer. Quant à De Bruyne, il n’a même pas été élu meilleur joueur de Premier League (battu par Mohamed Salah, ndlr). Ils seront bien classés, mais je pense qu’ils n’ont aucune chance. Et puis il n’y a pas un joueur belge au-dessus des autres. On parle d’Hazard ou de De Bruyne, ça veut dire que les votes seront partagés entre les deux. Et encore, il y a Lukaku aussi. Il y a au moins quatre joueurs de classe mondiale dans la sélection belge, ils risquent de se manger l’un l’autre. Même si les Français gagnent le Mondial, je ne suis pas sûr qu’ils aient des chances. Ronaldo part favori. Il a fait six mois excellents, son match contre l’Espagne a été énorme et d’ici là, il aura marqué une quinzaine de buts en championnat. Neymar n’a aucune chance de le gagner par contre. Griezmann a plus de chances d’être sur le podium. Sauf si Hazard marque des buts à la Maradona, il va l’avoir (rires) », nous ont déclaré deux journalistes belges présents à Istra.

Au final, peu d’optimisme donc chez les intéressés quant aux chances de voir la doublette Ronaldo-Messi être chassée de son terrain de jeu favori. Et si CR7 part avec les faveurs des pronostics malgré une Coupe du Monde stoppée dès les huitièmes de finale, seule une place d’honneur dans le trio de tête semble envisageable. Et à ce petit jeu, le grand perdant pourrait bien se nommer Neymar. « Si l’un des trois (Messi, Ronaldo, Neymar) doit être éjecté du podium, je pense que ce serait Neymar. Ronaldo y sera parce qu’il a gagné la Ligue des Champions. Et Messi y sera aussi je pense parce que quand le ballon d’Or sera décerné, la Liga aura déjà recommencé et il y a de fortes chances pour que Messi ait marqué pas mal de buts. Je ne vois personne l’en sortir », explique Fernandez. Les paris sont lancés. Reste maintenant à savoir si les journalistes qui auront l’honneur de voter feront mentir les pronostics.