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Liens relatifs Equipes JoueursExilé au FC Séville depuis plus de deux ans, Julien Escudé (28 ans) savoure actuellement son pari réussi. Après avoir connu la mecque des écoles de formation à l’Ajax Amsterdam, l’international français est parvenu à s’imposer comme l’un des tauliers de la défense andalouse. Parti de loin avec cette bande de copains quasiment inconnue du grand public il y a encore trois ans, « Scude » et ses partenaires ont su hisser le club de Nervión au plus haut de l’échelle européenne, avec deux coupes UEFA (2006, 2007), mais aussi mondiale en étant élu meilleur club du monde pendant deux ans de suite (2006, 2007).
Néanmoins, les Sévillans espéraient briller dans la plus grande compétition du Vieux continent : la Ligue des Champions. Sortis premiers de leur groupe devant les désormais redoutables Gunners d’Arsène Wenger, les anciens protégés de Juande Ramos se sont cassé les dents face à une improbable équipe de Fenerbahçe qui pourrait refaire le coup du grand Galatasaray du début des années 2000. S’il estime que pour une première participation en C1, le parcours de son équipe n’est pas décevant, l’ancien Rennais avoue qu’on a peut-être trop demandé à cette formation si séduisante pour son football offensif.
Enfin à moins de trois mois du début de l’Euro 2008, petit point avec le Sévillan qui paraît bien placé pour être du voyage en Suisse et en Autriche.
FootMercato : Cinq jours après votre élimination surprise en huitième de finale de la LDC face à Fenerbahçe (3-2, 2-3, 3 tab 2), comment expliquez-vous un tel renversement de situation alors que vous meniez 2-0 au bout de dix minutes de jeu ?
Julien Escudé : C’est sûr que c’est une déception. On jouait à domicile, il y avait beaucoup de monde au stade. Après on a super bien débuté le match, on a mis énormément de pression à nos adversaires et on marque deux buts rapidement. Sachant qu’il nous fallait inscrire seulement un but pour nous qualifier, on était un peu à l’abri, car ils devaient marquer deux fois pour passer devant. Mais bon, ce genre de scénario, c’est ce qu’il nous arrive régulièrement.
On début très bien nos matches grâce à notre jeu porté vers l’attaque, mais dès que l’on commence à reculer, à mettre un pied en arrière, on a du mal à gérer ce genre de situation. On a besoin d’avoir le ballon, d’attaquer. Ce qui nous a fait défaut c’est notre problème de gestion du résultat. En coupe d’Europe, gérer les buts à l’extérieur et à domicile c’est primordial. À l’aller on marque deux buts, on a le match bien en main, mais au final on repart avec une défaite. Lors du match retour, même chose. On mène deux buts à rien et la suite vous la connaissez.
« Quand ils reviennent à 3-2, ça nous a fait très mal. On ne l’a pas très bien vécu sur le terrain »
FM : Est-ce dû à un manque d’expérience au plus haut niveau européen malgré le fait d’avoir remporté deux coupes de l’UEFA ?
JE : Pas forcément. Par exemple en défense on a des joueurs comme Dragutinovic ou Javi Navarro qui ont plus de 30 ans. Moi j’ai 28 ans et Daniel Alves est certes moins âgé (24 ans), mais il est international brésilien donc on ne peut pas dire que l’expérience nous manque. Et puis il ne faut pas avoir 35-40 ans pour savoir gérer des matches de Champions’ League. C’est juste que ce qu’il s’est passé est à l’image de notre saison : on a été friable dès qu’on a encaissé des buts. À 2-1, on a douté et on a joué moins relâché. On s’est posé trop de questions et on l’a payé cash. Quand ils reviennent à 3-2, ça nous a fait très mal. On ne l’a pas très bien vécu sur le terrain.
FM : Outre votre élimination, ces huitièmes de finale ont apporté d’autres surprises comme la victoire d’Arsenal face au Milan AC ou celle de Schalke 04 contre Porto. Pensez-vous que la LDC peut échapper aux favoris ?
JE : Vous savez, quand on prend notre exemple, tout le monde nous voyait gagner parce qu’il se disait que c’était une équipe turque, que leur championnat n’est pas très relevé et que face au double vainqueur de la coupe UEFA il n’y aurait pas photo. Mais ça ne se passe jamais comme ça. On s’est aperçu qu’il fallait jouer ce genre de match. Même si le niveau paraît moins bon et peu importe à quel stade de la compétition on se trouve, tous les matches sont difficiles, tous les buts comptent.
Les grandes équipes savent gérer ces moments-là. Ils ont des joueurs mieux préparés que ce soit sportivement ou mentalement. Après il peut toujours y avoir des surprises, mais bon, comme je l’ai rappelé aux gars, il faut jouer tous ces matches à fond. On peut dire que ça a été une belle leçon pour nous. C’est pour ça que je n’ai pas de favoris, car les choses peuvent vite changer. Regardez le Barça qui était loin derrière le Real Madrid en championnat et où tout le monde disait que c’était la crise, aujourd’hui c’est le seul représentant espagnol qui va jouer les quarts de finale. C’est toujours dans les matches importants que les grandes équipes répondent présent.
« Les gens nous voyaient au-dessus de tout le monde »
FM : Petite parenthèse transfert, votre président avait déclaré qu’il serait obligé de vendre ses plus gros salaires pour combler le manque à gagner si le club ne se qualifiait pas pour la prochaine LDC. Craigniez-vous une saignée au prochain mercato ?
JE : On peut dire ce qu’on veut, mais on en est pas encore là. Attendons la fin de saison pour voir. Pour nous, la saison a été plus ou moins difficile, mais je trouve qu’elle a été honorable parce que Séville n’est pas un très grand d’Europe malgré nos résultats en coupe UEFA. La coupe UEFA, ce n’est pas la Ligue des Champions. Il ne faut pas oublier non plus que c’était la première LDC du club. Pour une première, on sort des poules, on met deux buts à Fenerbahçe sur leur terrain et ça pas beaucoup d’équipes peuvent le faire et puis on se fait sortir aux penalties donc on peut garder la tête haute. Sinon en championnat, le club est encore loin de pouvoir rivaliser avec les gros (Real Madrid, Barça), on sait que la régularité à ce niveau-là c’est la chose la plus difficile à réaliser. Il nous reste donc plus qu’à tout donner en Liga, mais si on fait le bilan, notre saison n’est pas si médiocre que ça.
FM : Ne croyez-vous pas justement qu’on en attendait trop de Séville ?
JE : Jouer au très haut niveau comme on l’a fait pendant deux ans c’est difficile à tenir. L’an dernier on a finit quatrièmes et on s’est qualifié pour la LDC. Cette année on sort premier en phase de poules devant Arsenal et on fait un huitième de finale. Et puis certains joueurs comme notre capitaine Javi Navarro (actuellement blessé, NDLR) nous ont fait défaut. On est partis de très bas. Séville à la base c’est une bande de copains qui étaient connus mais peu reconnus donc on a beaucoup travaillé, on a vécu de très belles choses pendant deux ans, mais les gens nous voyaient au-dessus de tout le monde. Quand vous voyez Lyon qui se bat chaque année pour essayer d’y arriver et qui à chaque fois se fait sortir, donc on peut être fier de notre parcours pour notre première participation d’autant que d’autres équipes comme le Real Madrid ou le Milan AC n’ont pas fait mieux.
« Moi je me sens potentiellement sélectionnable »
FM : Passons maintenant à votre situation en équipe de France. À moins de trois mois du début de l’Euro, vous êtes régulièrement appelé par Raymond Domenech. Pensez-vous être dans le bon wagon pour disputer le Championnat d’Europe ?
JE : (Il prend son temps). Il reste encore du temps, encore des matches mais sincèrement je préfère être dans ma situation que celle d’un joueur qui n’a jamais été appelé. J’ai été régulièrement convoqué ces derniers temps et quand je ne l’étais pas c’est parce que j’étais blessé donc c’est vrai que c’est un avantage. Et puis j’ai joué des bouts de matches donc c’est un plus pour être sélectionné parmi les 23. Maintenant, rien n’est fait. Le sélectionneur veut voir tout le monde, des joueurs performants. Moi je me sens potentiellement sélectionnable, mais je ne me vois pas encore comme sélectionné d’office.
FM : Où pensez-vous en être dans ce combat à trois que vous menez face à Philippe Mexès et Jean-Alain Boumsong ? Pensez avoir un avantage sur eux bien que Mexès soit actuellement en grande forme avec la Roma ?
JE : (Il coupe). Je ne pense rien du tout. Ces questions-là sont pour le sélectionneur. C’est lui qui fait ses choix. C’est sûr que plus on joue des grandes compétitions et plus on acquiert de l’expérience, mais pour moi ma place en équipe de France passe par de bonnes prestations avec mon club. Par rapport à Philippe Mexès et à Jean-Alain Boumsong, mon but c’est d’être meilleur qu’eux sur le terrain avec mon club. Mais sincèrement je ne peux pas dire si j’ai de l’avance sur eux.
« Viser la succession de Lilian, ce n’est pas ma mentalité, pas ma façon de voir. »
FM : Par contre à plus long terme, on sait qu’après l’Euro, Lilian Thuram tirera sa révérence. Visez-vous de lui succéder aux côtés de William Gallas ?
JE : Non pas du tout. J’ai pris beaucoup de plaisir, je fais une superbe carrière à mon goût, je suis très heureux de ce que j’ai fait. Maintenant, j’ai la chance d’être convoqué par Raymond Domenech, mais je ne postule à rien du tout. Pour moi, chaque sélection avec l’équipe de France est un vrai bonheur donc je ne pense pas à prendre la place de Lilian ni à me positionner comme son successeur. J’adore vivre avec de grands joueurs quand je suis appelé. Par exemple, j’apprends beaucoup avec Lilian donc le poste de titulaire n’est pas une priorité pour moi pour le moment. Je me concentre sur mon club et si une convocation pour l’Euro arrive tant mieux. Je pense que ça me porterait préjudice de raisonner sur le long terme. Ce n’est pas ma mentalité, pas ma façon de voir.
FM : Enfin, après avoir été à l’Ajax Amsterdam et maintenant à Séville, deux équipes pratiquant du beau jeu tourné vers l’offensive, souhaitez-vous découvrir un autre championnat avant la fin de votre carrière ?
JE : Pour le moment non. L’Ajax a été pour moi un centre de formation énorme et formidable donc j’ai pu continuer à peaufiner ma formation et puis je suis heureux d’avoir été le premier français à jouer là-bas. Mais j’ai toujours eu dans un petit coin de ma tête l’envie d’aller jouer en Espagne, car les équipes sont joueuses et il y a une vraie culture foot. Aujourd’hui, je suis à Séville et je suis très heureux de mes conditions de vie et je me plais beaucoup dans ce club. Après je ne ferme aucune porte. On fera le bilan à la fin de la saison.
« Un jour je reviendrai en France »
FM : Un retour en France est-il envisageable ?
JE : Pourquoi pas. Si je finis mon contrat avec Séville, j’aurais 31 ans. Si une proposition intéressante d’un club français se présente, je réfléchirai, mais ça dépend de plein de choses. En tout cas, je sais qu’un jour j’y reviendrai. Peut-être pour boucler la boucle en tant que joueur ou alors pour ma deuxième vie.
FM : Comme entraîneur ?
JE : Je sais pas. C’est vrai qu’avec mon frère (le tennisman Nicolas Escudé) on adore le sport, mais bon je ne peux pas dire si je resterai dans le sport. C’est encore trop tôt.