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Entretien avec... Pascal Cygan : « Jouer avec Bergkamp, Kanu, Henry, Pires... que des grands souvenirs »

22/11/2009 - 11 h 25 -

Les anciens pensionnaires de Ligue 1 rebondissent décidément partout. Pascal Cygan (36 ans) peut en témoigner. Formé à Lille, le robuste défenseur central évolue aujourd’hui en Segunda División, championnat où il occupe la première place sous les couleurs de Cartagena. Une belle aventure pour terminer sa carrière en beauté. Un parcours jalonné de succès, de l’ère Vahid Halilhodzic au sein de son club formateur de Lille à ses belles campagnes à Villarreal, en passant par sa fantastique expérience à Arsenal. Le natif de Lens aura donc de l’expérience à revendre dans la nouvelle voie qu’il souhaite emprunter, celle d’entraîneur. Pour FootMercato, Pascal Cygan est revenu sur son actualité, sur sa vision du football, sur son parcours et sur ses projets d’avenir.

Foot Mercato : Tout d’abord, comment allez-vous ?

Pascal Cygan : Je ne savais pas où j’allais atterrir en signant à Cartagena. J’ai été agréablement surpris par les joueurs qui forment le groupe et la façon de jouer prônée par l’entraîneur. Physiquement, tout va bien pour l’instant. Je touche du bois. Douze matches disputés dans leur intégralité, donc tout va bien.

FM : Vous êtes aujourd’hui leader de Liga Adelante espagnole (équivalent de la L2). Vous attendiez-vous à une telle réussite en vous engageant à Cartagena cet été ?

PC : Forcément non, puisque le club avait acheté douze joueurs à l’intersaison. Il ne reste que deux ou trois joueurs qui sont montés la saison passée. On s’attendait à avoir un début de saison plus que difficile étant donné qu’on est promu et que l’équipe avait beaucoup changé. On se rend compte que, même De Lucas ou moi-même qui sommes arrivés tardivement, nous avons réussi à nous adapter à la perfection et à donner le maximum dès la première journée.

FM : Du coup, l’objectif du club est-il devenu la montée ? Cela serait incroyable puisqu’en tant que promu, personne n’aurait misé sur vous en début de saison.

PC : On a un président qui est fou ou inconscient, qui balance un peu tout et n’importe quoi dans la presse. Il nous a déjà attribué 50 points avant la trêve ce qui est un peu débile. Pour l’instant, on essaye d’assurer le maintien, sans pour autant la jouer à la Guy Roux bien sûr. On sait que cela sera difficile et on sait très bien qu’on a pas un très gros effectif contrairement au Recreativo Huelva et au Bétis Séville. Surtout que si vous regardez bien, en deuxième division, on est sept ou huit équipes à pouvoir prétendre à la montée.

FM : Justement, quel est votre avis sur le niveau de la Segunda División, un championnat où l’on trouve pas mal d’équipes habituées à la Liga ?

PC : C’est un championnat compétitif et il est très serré que ce soit vers le haut ou vers le bas. Il y a beaucoup d’équipes qui se valent et on sait que cela sera très dur. On sait que ça sera compliqué de se déplacer par exemple chez la réserve de Villarreal ou contre la Real Sociedad. Rien que ces deux matches seront des vrais combats.

FM : À Cartagena, vous côtoyez notamment Enrique de Lucas, un ancien joueur du PSG. Avez-vous parlé de la Ligue 1 et de Paris depuis votre arrivée ?

PC : On est dans la même chambre ! Il adore Paris, il est très déçu de ne pas être resté plus longtemps à Paris. Mais, il est arrivé à l’époque Anelka... C’est un super joueur ! On ne peut pas avoir signé à Paris ou à Chelsea sans être un bon joueur.




Cartagena, la belle aventure espagnole

FM : Pourquoi avoir choisi Cartagena et la L2 espagnole cet été ?

PC : Ma famille voulait rester sur Castellón, où nous vivons actuellement. Donc ma priorité était de trouver un club proche de Castellón. Les propositions étaient claires : Castellón ne voulait pas d’un vétéran, Levante n’était pas intéressé par un vétéran et Cartagena m’a appelé. Ils voulaient me rencontrer rapidement. Le courant est bien passé avec l’entraîneur. Il a fallu négocier un petit peu parce qu’en Espagne, c’est temps de crise. J’ai pris mon temps pour me donner les meilleures chances de trouver une bonne équipe. Je n’étais pas pressé, je n’avais pas envie de me précipiter et de faire une erreur. Comme rien d’autre n’est venu non plus, cette offre est tombée à point. D’autant plus qu’on réalise un début de saison extraordinaire.

FM : C’est donc la situation géographique qui a dicté votre choix ? Le fait de jouer en L2 ne vous rebutait pas du tout ?

PC : Non pas du tout. C’était la proximité avant tout. J’ai eu des propositions en Grèce et au Qatar, mais cela ne m’intéressait pas vraiment. Ma priorité était de rester en Espagne et la proposition de Cartagena est arrivée comme il fallait.

FM : Vous n’avez eu aucune offre venant de France ?

PC : Non, enfin si... Une d’Arles-Avignon. C’est la seule équipe française qui m’a contacté.

FM : Pourtant vous aviez publiquement lancé un appel du pied à la L1 à l’antenne de RMC ?

PC : À ce moment-là, c’était plus une blague avec Luis Fernandez. En tant que remplaçant de Heinze ou Diawara, ça aurait pu le faire. Mais je sortais d’un situation compliquée où je ne jouais pas donc je n’avais pas forcément de revivre la même chose. À la rigueur, j’aurais préféré jouer à Arles-Avignon pour être titulaire et prendre du plaisir avant la fin de ma carrière plutôt que de cirer le banc d’une grosse écurie.

FM : Ces dernières saisons, le championnat de France snobe bizarrement des trentenaires brillant à l’étranger ? Quel est votre point de vue ?

PC : Il y a un énorme problème. Je suis vraiment déçu de certains clubs, pas les plus huppés. Je ne m’attendais pas du tout à signer à Marseille. Mais il y avait d’autres clubs où mon profil aurait pu coller. Ils ont préféré recruter d’autres joueurs pas aussi vieux mais qui ne rendent pas forcément la pareille sur le terrain.




Un parcours jalonné de succès

FM : Lille vous a-t-il contacté ?

PC : Le LOSC venait de virer Grégory Malicki et Grégory Tafforeau deux anciens joueurs de l’ère Vahid Halilhodzic, ils n’allaient pas en ramener un autre en échange ! Grégory Wimbée mourrait lui aussi d’envie de revenir à Lille et on n’a même pas eu de réponse. Les gens du club ne sont même pas donné la peine de répondre, ni même de répondre au téléphone. Cela me déçoit mais c’est le football qui change, des gens qui ne sont plus issus du milieu.

FM : Parlons un peu de votre parcours. Vous avez été formé à Lille. Vous passez sept belles saisons chez les Dogues avec notamment l’ère Vahid Halilhodzic. Pouvez-vous revenir en quelques mots sur vos années lilloises ?

PC : Au début, ça a été énorme, un changement radical. Vahid est arrivé avec une rigueur énorme, jamais vue ailleurs. L’avantage, c’est qu’on gagnait et on était en forme. On travaillait comme des forcenés physiquement et on gagnait de plus en plus de matches. D’un côté, on était énervés de travailler sous une telle rigueur mais de l’autre, les journaux venaient nous voir, les interviews tombaient et les victoires et les primes suivaient donc on se satisfaisait de cette situation.

FM : À l’époque vous êtes considéré comme l’un des tous meilleurs défenseurs centraux de France. Vous signez d’ailleurs à Arsenal. Avez-vous pensé à l’équipe de France à ce moment-là ?

PC : J’y ai pensé par l’intermédiaire des journalistes qui me posaient comme vous la question. J’ai même entendu un jour de la bouche de mon agent que j’étais dans la liste des 40, mais c’était l’époque des champions du monde et d’Europe donc c’était difficile de se faire une place. Même si j’ai eu le niveau pendant quelques mois, il y a avait des joueurs qui avaient un tel vécu et une aura au sein du groupe que je pense que cela aurait été impossible.

FM : Quelle a été votre réaction lorsque Arsène Wenger s’est penché sur vous ?

PC : Étonné. La saison précédente, j’avais été contacté par West Ham. Je les avais rencontré à Lille mais cela ne s’était pas fait. Ils m’avaient dit être intéressés, mais il ne m’ont plus rappelé. Donc quand j’ai été au courant de l’intérêt d’Arsène, j’étais un peu étonné et un peu réticent à cause de l’épisode West Ham que j’ai eu du mal à digérer.

FM : Que retenez-vous de votre passage chez les Gunners ?

PC : Que de grandes choses ! Vous savez, quand vous jouez avec des joueurs comme Vieira, Henry, Bergkamp, Kanu, Pires ou Wiltord, vous n’avez que de bons souvenirs. J’ai appris énormément. J’ai côtoyé les meilleurs joueurs de la planète et je crois que rien que pour cela pas mal de personnes doivent m’envier.




La fin de carrière et les projets futurs

FM : Vous rejoignez ensuite Villarreal avec Robert Pires. Vous vivez deux belles saisons avec une 2e place en Liga en 2008. Pourtant, la 3e année se passe plutôt mal. Quel bilan dressez-vous personnellement de votre aventure au Madrigal ?

PC : Comme cous l’avez dit, elle a bien commencé avec un temps de jeu régulier. Je suis arrivé parce qu’il y avait beaucoup de blessés, notamment Gonzalo Rodriguez, qui rechutait souvent. Donc, j’en ai profité, mais quand il est revenu, il a naturellement repris sa place. Et moi, je suis reparti sur le banc de touche.

FM : À Villarreal, vous avez évolué sous les ordres de Manuel Pellegrini. Pensez-vous qu’il peut réussir du côté du Real Madrid ?

PC : Bien sûr. Il peut tout aussi bien réussir ou se faire virer dans une semaine. Le problème, c’est qu’aucun entraîneur ne sera capable d’entraîner le Real. Il y a eu les meilleurs entraîneurs à Madrid ces dernières années et aucun n’a fait l’affaire. Bernd Schuster s’est fait virer en étant champion, c’est dire. Les supporters veulent être champions et bien jouer au football. Il est deuxième, il talonne le Barça. Bon, il y a eu un accroc en Coupe, mais son bilan est plutôt bon au bout d’une dizaine de matches.

FM : Vous avez connu trois grands entraîneurs avec Wenger, Pellegrini et Vahid. Quel est le truc en plus d’ Arsène ?

PC : Le flair. Arsène arrive à dénicher les talents beaucoup plus facilement que les deux autres. Il se trompe rarement. Quand il recrute un joueur, il en fait des grands joueurs. En plus, il les repère très tôt, ce qui n’est pas négligeable. Les deux autres ne l’ont pas encore à mon sens.

FM : Que peut-on vous souhaiter pour la fin de la saison ?

PC : De rester tout en haut et d’éviter les blessures. Ça devrait suffire !

FM : À 35 ans, vous pensez certainement à l’après-football. Avez-vous des projets de reconversion ?

PC : Peut-être revenir en France en tant qu’entraîneur. Je suis en train de passer les diplômes. C’est plus qu’un projet, c’est une intention.

->Alexis Pereira

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