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Entretien avec... Seydou Keita : « je ne viens pas au Barça pour faire le touriste »

13/08/2008 - 15 h 15 -

En un peu plus d’un an, il a connu une ascension fulgurante. Pièce essentielle du RC Lens, Seydou Keita avait choisi de s’exiler en Espagne pour tenter l’aventure avec le FC Séville. Très vite, le Malien s’est imposé au sein de l’équipe andalouse pour devenir une des révélations de la Liga. Après seulement une saison dans le club de Nervión, le natif de Bamako découvre maintenant le faste d’un géant d’Europe, le FC Barcelone. Pour FootMercato, il revient sur son extraordinaire ascension et sur son nouvel objectif : briller chez les Blaugrana. Extrait.



FootMercato : Pour tenter d’expliquer votre énorme progression, dites-nous d’abord ce qui vous a poussé à quitter Lens et la Ligue 1 pour rejoindre Séville ?

Seydou Keita : Ca faisait déjà longtemps (5 ans, NDLR) que j’étais au club donc à un moment donné j’ai eu envie de connaître autre chose, d’autres défis et côtoyer la Ligue des Champions. Lors de ma dernière année à Lens, on était deuxième toute la saison et on s’est écroulés à la fin pour finir à la cinquième place. Ça a été dur donc je voulais passer à autre chose. C’est à ce moment-là que j’ai décidé de partir et le fait que Séville joue la LDC m’a convaincu d’aller là-bas.



«  Séville, ma meilleure saison en tant que joueur  »

FM : Quel bilan tirez-vous de votre passage à Séville malgré une seule année en Andalousie ?

SK : Humainement ça a été difficile parce que quelques semaines seulement après mon arrivée, un de mes coéquipiers (Antonio Puerta, NDLR) est mort sur le terrain. Donc quand on arrive dans un endroit, c’est très dur à vivre d’autant que ce sont des choses que l’on rencontre très rarement dans une carrière. Mais à part ça, cela a été personnellement ma meilleure saison en tant que joueur. J’ai connu de grandes sensations en disputant de gros matches en Liga, mais aussi en LDC.

FM : Vous avez d’ailleurs été considéré comme une des révélations de l’année en Espagne...

SK : Je me suis imposé naturellement. En France on ne parle pas trop des joueurs discrets. On préfère ceux qui sont plus médiatiques, qui aiment bien s’exprimer dans les journaux. Moi je ne suis pas comme ça. Quand je suis arrivé en Espagne, je n’ai pas fait de bruit, on ne m’attendait pas et j’ai joué à ma manière. Mais les médias espagnols ont beaucoup parlé de moi et de mes performances et c’est comme ça que j’ai pu faire mon trou.

FM : Petite parenthèse. Comment expliquez-vous l’attraction des clubs espagnols pour les milieux de terrains africains de la Ligue 1, ça a commencé avec Claude Makelele, puis il a été suivi par Mahamadou Diarra, Yaya Touré, vous, et maintenant N’ Dri Romaric et Achille Émana ?

SK : C’est le football qui veut ça. Concernant Romaric, je pense que le fait qu’ils (Séville) aient apprécié mon passage les a incités à recruter un joueur du même profil. C’est vrai que l’on possède un bon physique, mais on sait jouer aussi au ballon. Après si ça s’était mal passé avec ceux qui sont arrivés les premiers en Espagne, peut-être qu’on n’aurait pas eu une aussi bonne côte. Ce sont les aléas du football.



Le Barça plutôt que la Juve et le Real Madrid

FM : Parlons maintenant de votre arrivée au Barça. L’intérêt des Blaugrana était-il récent ?

SK : J’étais en contact avancé avec Barcelone depuis le mois de décembre. Même quand j’étais à Lens, j’ai failli signer là-bas, mais les Catalans ont préféré signer d’autres joueurs. Ils sont donc revenus à la charge en décembre et vu ma saison avec Séville, ça a accéléré les choses. Les contacts existaient toujours et comme j’ai confirmé ce qu’ils avaient pu entrevoir à Lens, ils se sont décidés rapidement. Mais ce n’étaient pas les seuls. Il y avait aussi la Juventus et le Real Madrid, mais comme j’avais donné mon accord au Barça, je n’ai pas changé d’avis.

FM : C’est-à-dire que dès que le Barça vous a contacté en décembre, vous saviez que vous ne resteriez qu’un an à Séville ?

SK : C’est difficile de savoir, mais le Barça me voulait et ils savaient que j’avais une clause. Ça dépendait aussi de moi, car il fallait que je sois bon pour pouvoir signer là-bas.

FM : Vous voilà maintenant au Barça avec tout ce que comporte un tel club, êtes-vous prêt à gérer cette nouvelle pression d’autant que le club sort de deux saisons vierges de tout trophée ?

SK : Par rapport à ce qu’ils ont fait depuis deux ans, le Barça ne peut pas faire pire donc pour moi cette pression ne pourra qu’être positive. Ce n’est pas comme si j’arrivais après qu’ils aient gagné la Ligue des Champions ou le championnat et que dans ce cas là j’aurai eu pas mal de pression, car l’équipe aurait dû confirmer. Là je vais donner mon maximum et on verra bien ce qu’il se passera, mais la pression ce n’est pas mon souci.

FM : Le Barça a un milieu de terrain assez fourni, craignez-vous la concurrence ?

SK : Le fait qu’il y ait beaucoup de joueurs de grande qualité fait que l’entraîneur ne peut promettre à qui que ce soit d’être titulaire. C’est le lot des grands clubs. Seuls les meilleurs jouent.

FM : De toute manière, pour vous le fait de jouer au Barça c’est déjà un accomplissement...

SK : (il coupe) Non. Je ne viens pas dans un club pour dire que je suis content d’être dans cette équipe. Quand on vient quelque part c’est pour apporter des choses, être heureux et jouer. Pas faire le touriste. Je suis content d’être à Barcelone, mais je viens pour jouer.



«  Compliqué de jouer à Barcelone et d’imaginer un retour en L1  »

FM : Vous vous êtes fixé certains objectifs ?

SK : Vous savez dans ce genre de clubs il faut gagner, gagner et tout gagner. Donc ça passe par le Liga, la LDC. C’est pareil au Real Madrid, à la Juventus et au Milan.

FM : Revenons au RC Lens, comment vous avez perçu ce naufrage collectif des Sang et Or ?

SK : C’est difficile de comprendre. Tu ne peux pas passer toute une année à la deuxième place et après se retrouver en Ligue 2 l’année suivante. C’est pratiquement impossible. Il y a eu des erreurs de faites. Mais c’est venu de tout le monde, je pense, et pas que de certaines personnes. On ne descend pas par hasard en deuxième division, mais je n’étais plus là donc je ne peux rien dire de plus. Mais il faut que Lens remonte très vite.

FM : Vous êtes au sommet de votre carrière à 28 ans, imaginez-vous quand même revenir en Ligue 1 ?

SK : C’est vrai que c’est compliqué de jouer à Barcelone et d’imaginer un retour en France, mais rien n’est impossible. Quand je suis arrivé à Séville, je ne savais pas que dans un an je jouerais au Barça. Personne ne sait ce que le futur nous réserve.

->Matthieu Margueritte

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