Foot Mercato : Depuis environ un an, on peut dire que vous avez pas mal bougé, vous qui étiez pourtant resté longtemps dans vos anciens clubs. Est-ce que ça vous a surpris ?

Mathieu Peybernes : Je n’étais pas trop habitué à ça. Mais c’est vrai que là ça fait beaucoup de changements en un an. J’ai changé deux fois de club en un an. Ça a été un chamboulement. Ce sont des déménagements. À chaque fois, il faut retrouver des environnements différents, des cultures différentes. Certes, parfois c’est une bonne chose. Mais il faut s’adapter, trouver sa place aussi dans cet environnement. Ce n’est pas toujours évident. En plus, on sait que dans le football tout va rapidement. Donc il faut vite s’adapter. En Turquie, ça a été un dépaysement au niveau de la langue. Une culture différente de la France. C’est un pays musulman, même si de ce côté là il n’y a pas eu de soucis. Ce sont de bonnes expériences car ça permet de voir comment les clubs travaillent à l’étranger. Ce sont des méthodes différentes de celles que j’avais connu en France.

FM : Vous avez quitté la France l’été dernier. Sentiez-vous que c’était peut-être le bon moment pour le faire ?

MP : Après la descente avec le FC Lorient (en L2), mentalement ça a été très compliqué. C’était un challenge personnel et collectif. On a failli sur le dernier match alors qu’on avait réussi à retourner la situation et à avoir notre destin entre nos mains. Ça a été compliqué mentalement pour tout le monde. Moi, le premier. J’ai vécu une saison éprouvante. J’étais arrivé au mois de janvier. Le club était dans une situation où il avait plus de neuf points de retard alors qu’avec Bastia on était 14e. J’ai pris un risque. Aujourd’hui, je ne le regrette pas. À Lorient, j’ai vécu six mois où j’ai pris beaucoup de plaisir. Malheureusement, on n’a pas réussi à se sauver. Mais c’est le football. Ça me sert d’expérience aujourd’hui. Malheureusement, c’était une mauvaise expérience. Mais il faut se servir de ça pour la suite.

FM : Vous avez été prêté en Turquie l’été dernier. Que pensez-vous de la Super Lig ?

MP : C’est un championnat qui n’est pas comparable à la Ligue 1. Au niveau tactique, il y a une grosse différence. C’est une ligue plus physique, qui est beaucoup basée sur les duels. L’engouement des supporters, les stades, c’est vraiment quelque chose qui n’a rien à voir avec la France. Pourtant, j’ai connu des des ambiances comme à Marseille ou à Paris, ou lors de Bastia-Nice ou de Bastia-Marseille. Là, ça n’a rien à voir. Ce sont des moments exceptionnels à vivre. Quand on a affronté Galatasaray, il y avait plus de 70 000 personnes. Le stade était plein. Les fans chantaient du début à la fin. C’est un pays qui vit pour le football, qui pue le football.

FM : Beaucoup de noms connus dans l’Hexagone sont venus tenter l’aventure cette saison en Turquie, où il y avait déjà quelques stars. On imagine que c’était intéressant pour vous d’être confronté à ce type de joueurs.

MP : C’est clair. J’ai pu jouer contre Samuel Eto’o, Vagner Love. Ce sont des joueurs qui ont un CV assez exceptionnel. C’est un championnat où il y a des footballeurs de qualité, qui ne sont pas forcément connus en France. Je pense que c’est un championnat qui va monter en puissance dans les années à venir. On a été beaucoup de francophones à avoir tenter l’aventure. Il y en a pour qui ça a marché et d’autres, comme moi, pour qui ça a été un peu plus compliqué. Ça fait partie de la vie d’un footballeur.

Une expérience mitigée en Turquie

FM : Pourquoi dites-vous que ça n’a pas marché pour vous à Goztepe ?

MP : Ça a bien marché au début. Je jouais tous les matches. Ensuite, j’ai eu une blessure à la cuisse qui m’a éloigné un peu plus de deux mois des terrains. Je suis revenu. Mais ça a été compliqué financièrement pour le club. On n’était pas payé tous les mois, on avait seulement les primes de match. Tout ça, c’est quand même assez compliqué. Au niveau de la gestion du club, c’était difficile. Ce qui est dommage car c’est un club qui est bien. Il y a de bons supporters, une bonne structure. Quand au niveau de la gestion, des dirigeants, ça devient plus possible. J’ai eu l’occasion de partir. Je n’avais pas fait le tour. J’étais attaché à ce club parce que les fans m’avaient super bien accueilli. Mais les dirigeants n’ont pas été forcément corrects. Quand ça part dans ce sens-là, il ne faut pas insister.

FM : Vous n’êtes resté que six petit mois en Turquie. Est-ce qu’il n’y pas un peu de déception de votre part ?

MP : Déception ? Oui et non. C’est vrai que ça a été une porte de sortie pour moi. Je ne comptais pas rester à Lorient en Ligue 2. Il fallait que je trouve un point de chute. Les négociations ont été compliquées. Au final, le projet de Goztepe, autant financièrement que sportivement était intéressant. On ne va pas se le cacher. J’ai décidé de partir à l’étranger. Mais j’aurais aimé partir en Europe. Ça ne s’est pas fait pour X raisons. En Turquie, mon passage a été court mais intense. Ça m’a permis de tirer des leçons. Aujourd’hui, les six mois que j’ai passé là-bas m’ont permis de voir autre chose que ce que j’avais pu connaître en France. J’ai fait toute ma formation en France, j’ai 200 matches de Ligue 1. C’était un environnement que je maîtrisais. J’avais besoin de voir autre chose. La Turquie, c’était une belle opportunité. Je ne regrette pas d’y être allé, même si ça s’est terminé en queue de poisson.

FM : Vous avez vécu un nouveau mercato cet hiver. Aviez-vous eu des touches en France ?

MP : Oui, il y a eu des touches. Mais le problème, c’est que la résiliation en Turquie a tardé. J’avais aussi des opportunités en Grèce avec des clubs qui jouent le top 3. Au niveau familial, je ne me voyais pas repartir dans un autre contexte où il fallait changer de pays. Je voulais retrouver un cadre un peu serein, équilibré et un bon projet sportif. Il y a eu des offres qui étaient importantes financièrement. Mais aujourd’hui, j’ai fait le choix de jouer, de prendre du plaisir. L’aspect financier, ça joue au départ. Mais au finale, on se rend compte que l’aspect sportif est plus important.

FM : Vous avez finalement rejoint le KAS Eupen en Belgique. Pourquoi ce choix ?

MP : Le coach m’a appelé. On se connaissait depuis Bastia. On avait pas mal échangé. J’ai mis du temps à prendre ma décision. Lui a commencé un peu à s’impatienter. Je lui avais donné ma parole que j’allais peser le pour et le contre. Au final, j’ai décidé de venir ici. C’est un club qui est familial. Ils sont en difficulté aujourd’hui parce qu’ils sont derniers. Mais derrière, il peut y avoir un projet intéressant. Rejoindre la Belgique m’a aussi permis de me rapprocher de la France. Quand le coach m’a exposé ses idées, son envie, ce qu’il comptait faire, ça m’a plu. Le projet de Claude à Eupen m’a intéressé. Donc j’ai dit ok et au final ça s’est fait. La résiliation en Turquie a pris un peu de temps donc j’ai raté un ou deux matches à cause de ça.

Un nouveau challenge à Eupen

FM : Quelles sont vos envies aujourd’hui dans votre nouveau club ?

MP : Je veux retrouver du plaisir, du rythme J’ai été arrêté deux mois et demi en Turquie suite à ma blessure. Je rejoins une équipe jeune. Je fais parti des anciens. Je viens aussi pour remplir ce rôle et les épauler. Je veux retrouver de bonnes sensations et aider le club à se maintenir. Ce serait super. Je retrouve un coach qui me fait confiance. J’ai plus de responsabilités. Je veux mener ce projet à bien et sauver le club.

FM : Vous l’avez dit, vous connaissez très bien Claude Makelele. Comment cela se passe entre vous depuis votre arrivée à Eupen ?

MP : Ça se passe bien. Lui connaît bien mes qualités. Moi, je sais plus ou moins comment il travaille.On échange pas mal sur certains sujets. C’est vrai que c’est délicat pour lui car il est arrivé en cours de saison. Donc il y avait déjà une équipe, un effectif en place. On essaye d’échanger. Lui, il est clair avec moi. C’est une relation qui est bonne. Aujourd’hui, on a tous les deux la même mission. Toute l’équipe veut sauver le club pour partir sur un projet qui peut être vraiment intéressant.

FM : Vous avez déjà connu des saisons à jouer le maintien que ce soit à Bastia ou à Lorient. Votre expérience ne pourra être qu’un plus pour le KAS Eupen.

MP : Oui, c’est aussi pour ça que le coach a fait appel à moi. Avec de bonnes ou de mauvaises expériences, comme c’était le cas à Lorient puisqu’on est descendu, cela peut servir. Etre dans cette situation c’est très dur mentalement, surtout quand on passe une bonne partie de la saison à cette place. Ce sont des choses qui vont se jouer sur des petits détails au quotidien, sur des points tactiques à l’entraînement. Ce sont tous ces éléments qu’il faut gommer.Si l’équipe est à cette position aujourd’hui, c’est qu’il y a eu beaucoup de manques. Mais pas que de la part des joueurs.On incrimine souvent les joueurs qui sont responsables sur le terrain. Mais il y a beaucoup de choses qui font qu’en dehors c’est aussi important. Il nous reste trois matches, on doit en gagner au moins deux. Il faut qu’on reste focaliser sur notre objectif.

FM : Quelques mots sur votre ancien club Bastia, qui connaît une situation très compliquée. Quel regard portez-vous sur ce qui se passe là-bas ? Est-ce que ça vous fait mal au cœur de voir où en est le club aujourd’hui ?

MP : Moi, ça me fait profondément mal au cœur car ma famille comme moi sommes très attachés à ce club. Comme je l’ai toujours dit, si un jour j’ai l’opportunité de retourner à Bastia, j’y retournerais quoi qu’il arrive pour aider le club. Mais il est vrai que quand je suis parti, les gens n’ont pas très bien compris. Je pense qu’ils se rendent compte des choses aujourd’hui. La direction n’a pas été honnête. Même si je pense que les gens le savaient. Il y avait une gestion à Bastia qui était catastrophique. Quand je suis parti à Lorient pour la somme de 2 millions d’euros, si je ne partais pas, le club était en cessation de paiement. Moi, ça m’a fait mal sur le moment. Quand je suis parti, les gens m’ont critiqué. C’est une chose que je peux comprendre. Mais je ne pouvais pas m’exprimer sur le sujet. Bastia n’aurait pas été dans cette situation, je ne sais pas si j’aurais fait ce choix là. C’était compliqué d’y rester. Pourtant, on avait un groupe exceptionnel. On avait la chance d’avoir un collectif. Même si on n’avait pas les meilleures qualités du monde, je pense qu’on avait le groupe qui vivait le mieux ensemble. C’est ça qui nous a sauvé pendant deux ans de suite. L’année dernière, les six derniers mois de la saison ont été compliqué pour eux. Je pense que les joueurs ne sont pas forcément fautifs suite à tout ce qu’il s’est passé à Bastia. Les dirigeants avaient la chance d’avoir un club où ils pouvaient faire de grandes choses. Malheureusement aujourd’hui le club a coulé. J’espère qu’il retrouvera sa place le plus vite possible.