S’il y a un joueur dont "l’après-football" semble pour le moins assuré, c’est Gerard Piqué. Ces dernières années, le défenseur du FC Barcelone a multiplié les investissements, se lançant dans plusieurs business. Certains n’ont pas forcément marché, comme son entreprise Kerad Games, dédiée aux jeux vidéo et qui a dû mettre la clé sous la porte après six ans d’existence. D’autres, comme Natrus (hamburgers écologiques), 426 miles (boisson énergisante) ou Kypers (lunettes) tournent plutôt bien. Mais en plus de la Coupe Davis, son dernier joujou est probablement le plus médiatisé : son club de football. En fin d’année 2018, il s’est offert le FC Andorra, club évoluant en cinquième division espagnole, en proie à de grosses difficultés économiques à l’époque. Moyennant 300.000€, son groupe Kosmos a pris le contrôle de l’entité, avec pour objectif de bâtir des bases solides pour l’avenir et d’en faire un club qui compte de l’autre côté des Pyrénées.

Et pour l’instant, les choses se passent plutôt bien. À l’issue de la saison dernière, le club a réussi à monter en Tercera, l’équivalent de la quatrième division. Quand Piqué est arrivé, le club n’était pourtant même pas positionné dans les places de play-offs. Un premier pas, encore précoce certes, vers le monde professionnel, objectif annoncé du club de la Principauté. Il faut dire que Gerard Piqué et ses partenaires ont mis toutes les chances de leur côté, confiant les clés du camion à des gens expérimentés. Le duo Gabri-Jorquera, anciens joueurs du FC Barcelone, a ainsi débarqué sur le banc de touche, alors que des joueurs habitués à jouer à un niveau supérieur sont venus renforcer l’effectif. Dans le même temps, Kosmos a réussi à signer des partenariats - avec MoraBanc, la banque leader en Andorre - pour pérenniser le club financièrement.

Une place en D3 achetée...

Mais l’été a été encore plus prolifique que prévu. Les quelques supporters du club, qui comptait une affluence moyenne de 400 supporters la saison dernière à la maison, ont pu fêter une deuxième montée d’affilée ! Cette fois, c’est dans les bureaux qu’elle s’est jouée. Le CD Reus, club qui a évolué en deuxième division l’an dernier avant d’être relégué en Segunda B (D3) administrativement, a connu une deuxième relégation imposée par l’administration, chutant jusqu’en Tercera (D4). Une place s’est donc libérée dans le groupe 3 de la Segunda B. Elle a été mise en vente pour 450.000€ par la fédération espagnole. Pour l’obtenir, en plus de cette somme déjà très élevée pour des clubs de ce niveau, les clubs devaient présenter un dossier solide, garantissant être en mesure d’évoluer à ce niveau avec toutes les dépenses conséquentes. Il faut préciser que la D3 espagnole est répartie en quatre groupes, où les équipes sont distribuées en fonction de leur situation géographique. Le groupe de Reus comportant les équipes de Catalogne, de la région de Valence et des Baléares, il aurait été difficile pour une équipe andalouse ou galicienne de postuler, les voyages étant longs et surtout chers pour le monde semi-pro.

Il fallait donc une équipe à la situation géographique idéale et aux finances pérennes... Qui de mieux que le FC Andorra ? Gerard Piqué n’a pas voulu laisser passer l’opportunité, et après examen des différentes candidatures par la Fédaration, c’est bien le club d’Andorre qui a obtenu le Graal : cette place en Segunda B, aux portes du monde professionnel. Deux montées en un été pour le club, qui avait déjà évolué pendant 14 saisons à ce niveau dans le passé avant de plonger dans les abysses. Mais forcément, l’éclosion du FC Andorra ne fait pas que des heureux. Dès l’achat du club, les clubs de D5 espagnole se sont plaints, dénonçant des inégalités énormes et affirmant que tout cela faussait la compétition. Après cette montée "achetée", de nombreux clubs historiques catalans qui convoitaient cette place en D3 sont aussi montés au créneau.

Et ça fait grincer des dents

« La place de Reus devait revenir à l’Hospitalet mais une équipe avec une plus grosse force de frappe financière a profité des règles en place. C’est légitime et légal, mais ça ne me semble pas très fair-play. Les montées devraient se faire sur le terrain », a ainsi confié Victor Martinez, président du CE Europa, à La Vanguardia. Même son de cloche chez le président de l’Hospitalet, autre club historique de la région qui végète dans les divisions inférieures : « quand quelqu’un arrive et met de l’argent sur la table, toutes les valeurs sportives s’envolent ». Des attaques qui ne sont pas forcément dirigées personnellement contre Gerard Piqué, mais plutôt contre le système mis en place par la Fédération. Beaucoup estiment effectivement que c’est le club le mieux classé - hors promu - de la D4 qui aurait dû être récompensé, et non le club le plus puissant financièrement.

Quoi qu’il en soit, Gerard Piqué et ses équipes vont avoir du boulot dans les semaines à venir, alors que les championnats vont bientôt reprendre. Si la composante économique ne sera pas forcément un problème, le staff du club va rapidement devoir reconstruire un effectif pour être en mesure d’être compétitif dans une division officiellement semi-pro mais où évoluent bon nombre de clubs au fonctionnement totalement professionnels. Les connaissances et les connexions du champion du monde 2010 dans le monde du football pourraient cependant faire la différence, et nul doute que bon nombre de joueurs seront intéressés par ce projet pour le moins ambitieux. Il sera d’ailleurs curieux de voir le FC Andorra affronter l’équipe réserve du champion d’Espagne, le Barça B. Gerard Piqué a en tout cas de sacrés projets pour son club, puisqu’il vient d’acheter une deuxième formation, le Gimnastic Manresa, club amateur catalan, qui devrait servir d’équipe réserve au FC Andorra... Ce dernier pourrait également bénéficier rapidement d’un nouveau stade de 15.000 places...

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