Foot Mercato : Bonjour Dimitri, comment expliques tu le succès surprenant de Getafe cette saison ?

Dimitri Foulquier : Ce succès je l’explique par la mentalité du groupe qu’on a, tant dans le staff que dans l’effectif. Tout le monde a une mentalité de compétiteur, de travailleur, c’est une équipe qui répond présent à tous les matchs. On va en perdre forcément, mais quand c’est comme ça tu as de forte chances d’en gagner plus que d’en perdre.

FM : On parle souvent de Getafe comme d’une équipe un peu rude. Marcelino, le coach de Valence, s’en était notamment plaint. Qu’en penses-tu ? Vous en parlez dans le vestiaire de ces critiques sur votre jeu ?

DF : La vérité c’est qu’on s’en fout un peu, puisque je ne vois pas sur quoi sont fondées ces critiques. Je crois qu’on a marqué plus de buts que Valence par exemple (38 buts pour Getafe, 33 pour Valence au moment de l’interview, 40-36 aujourd’hui NDLR). Je ne vois pas pourquoi on devrait être catalogué d’équipe défensive, d’équipe qui ne joue qu’en faisant des fautes... On est une équipe qui forcément fait des fautes, des fautes tactiques, si des fois il faut faire une faute tactique on va la faire. Il y a un règlement, si la faute est trop rude il y a carton, le règlement est le même pour tout le monde. C’est sûr que notre jeu est peut-être plus direct que celui d’une équipe comme le Betis par exemple, après on joue sur nos qualités, on connaît aussi nos limites, il faut savoir jouer avec tout ça et ne pas être con, ne pas prendre des risques inutiles, parce que ce serait plus se tirer une balle dans le pied qu’autre chose.

FM : Est-ce que ce jeu basé sur une grosse assise défensive est la seule possibilité de rivaliser avec d’autres candidats européens plus fournis qualitativement comme Séville ou Valence ?

DF : Je ne suis pas d’accord avec l’analyse qui dit qu’on mise tout sur l’assise défensive. On marque plus de buts que beaucoup d’équipes qui ont cette image de jeu offensif et de beau jeu. Puis, par rapport au style de jeu, direct ou pas, forcément le Barça a un style de jeu qu’il faut respecter, mais il y a différents styles, chaque équipe en a un. Tout le monde travaille énormément pour gagner des matchs, il faut plus valoriser le travail qu’on fait plutôt que de le critiquer ou de le voir d’une manière négative.

Pepe Bordalás, un coach qui sait exploiter du mieux possible les qualités de ses joueurs

FM : Pepe Bordalás, ton coach, est souvent présenté comme le nouveau Diego Simeone en Espagne. Peux-tu parler de sa personnalité et son projet de jeu pour ceux qui ne le connaissent pas encore ?

DF : Il avait déjà fait une bonne saison l’an dernier avec Getafe, il avait déjà fait du bon travail avec Alavés avant (il avait été promu en Liga avec les Basques, NDLR). C’est un entraîneur exigeant, qui sait ce qu’il veut, qui fait progresser ses joueurs en tirant le maximum d’eux. C’est quelqu’un qui a eu un parcours plus compliqué, alors que des entraîneurs qui ont une grande carrière de joueur et ont eu directement un grand club. Mais ce qu’il fait depuis quelque temps c’est très bien. On travaille beaucoup, sur tous les plans, tactique, physique, on travaille techniquement, c’est un entraîneur qui veut qu’on soit toujours à 100%, même aux entraînements. C’est une bonne chose, ça nous fait progresser, il est très exigeant donc on n’a pas le temps de se relâcher.

FM : Plusieurs joueurs brillent sous ses ordres, comme Djené Dakonam ou Jaime Mata, qui vient d’être appelé en sélection espagnole...

DF : Djené est un défenseur central togolais, passé par la Belgique, la D2 espagnole et qui maintenant s’épanouit à Getafe. Pour moi, c’est un des meilleurs défenseurs centraux du championnat. Il est agressif, bon de la tête, il commet peu d’erreurs, il gagne ses duels, c’est quelqu’un qui nous fait du bien en défense. Quand une équipe fait une saison comme la notre, c’est qu’il y a forcément de très bonnes individualités. Mata, c’est sa première saison en première division. Il avait déjà beaucoup marqué en D2 l’an dernier. Là il est à 15 buts, il travaille beaucoup pour l’équipe, dans le pressing, il fait beaucoup d’appels et il score. Nos trois attaquants (Mata, Jorge Molina et Angel Rodriguez) marquent des buts cette saison. Quand une équipe marche bien c’est que les attaquants marquent et que les défenseurs défendent bien (rires). C’est une équipe très travailleuse, les joueurs ont une bonne mentalité, sur la durée on est bien, il faut continuer comme ça.

FM : Vous êtes maintenant un sérieux candidat à la quatrième place, on ne va pas se voiler la face...

DF : (rires). Notre objectif, depuis que je suis arrivé, c’est le maintien. Et ça n’a pas changé. On y va match après match. On n’a pas d’objectif d’Europe ou quoi que ce soit.

FM : Vous en parlez forcément dans le vestiaire non ?

DF : On est juste content, on voit qu’on est quatrième (au moment de l’interview, NDLR), ça fait plaisir ! On ne va pas plus loin que le match du week-end !

Foulquier voulait revenir en Espagne

FM : Comment s’est présentée l’opportunité de rejoindre Getafe et pourquoi avoir fait ce choix ?

DF : L’année dernière à Strasbourg j’ai été blessé la première partie de saison, la deuxième j’ai joué presque tous les matchs. Je suis revenu à Watford, j’ai fait la pré-saison, et ils m’ont dit que ce serait bien que je reparte en prêt. J’ai eu des opportunités en France notamment, dans d’autres championnats, mais c’est vrai qu’après avoir joué 4 ans à Granada j’avais envie de retrouver l’Espagne. C’est un championnat que j’aime, une culture que je connais déjà, une langue que je maîtrise déjà. J’ai attendu, il y a eu des prises d’informations, mais j’ai attendu qu’une bonne opportunité se présente. Puis Getafe m’a appelé parce que je correspondais au profil que recherchais le coach. Ca m’a fait plaisir, c’est en Espagne, un bon club, donc j’ai accepté le challenge.

FM : Quand tu es arrivé à Getafe, as-tu senti rapidement qu’il y avait le potentiel pour faire la saison que vous êtes en train de faire ? Ou t’attendais-tu plus à une saison plus classique avec une lutte pour le maintien ?

DF : C’est sûr que si on regarde le budget, on doit être le 4e ou le 5e plus petit budget du championnat. On ne peut jamais savoir, il y a des choses qu’on ne peut pas deviner. Mais rien qu’en arrivant, tu vois que c’est une équipe qui a une grosse mentalité, tu vois que ça répond présent lors des premiers matchs au niveau de l’intensité et du comportement. Tu te dis "on verra bien, mais ça a bonne mine !".

« Ce n’est pas pareil d’attaquer lorsqu’on est latéral que lorsqu’on est milieu »

FM : Cette saison, tu as été repositionné milieu droit...

DF : Tout le monde sait que je suis arrière droit, mais je suis à la disposition du coach et du groupe. Le coach a décidé de me faire jouer milieu droit, donc évidemment je donne le maximum. Des fois ça se passe bien, des fois moins bien, ça fait partie du foot. Moi je le prends comme une opportunité de jouer, j’aime jouer, être sur le terrain. Même si pour moi c’est plus évident de jouer arrière droit puisque c’est mon poste, je donnerai toujours le maximum peu importe la position où on me place. Je suis un joueur qui n’a pas l’habitude de se retrouver dos au jeu, devoir être au cœur du jeu parfois avec ses adversaire dans le dos, prendre des informations, ça peut être compliqué dans ce sens là. En revanche, vu que je suis un latéral qui aime bien attaquer, pour prendre la profondeur c’est moins difficile pour moi par exemple. Lorsque l’on est arrière droit, on part de derrière, on arrive lancé, on a le jeu de face, ce n’est pas pareil d’attaquer en tant qu’arrière droit que milieu droit.

FM : Tu te vois évoluer à ce poste pour le reste de ta carrière ?

DF : C’est en tant qu’arrière droit que je me sens le plus à l’aise. Après, pendant ma carrière, je pense que je vais jouer des matchs arrière gauche, milieu droit, en fonction des coachs, des circonstances, je suis prêt à accepter ça et donner le maximum tout simplement.

FM : Pour revenir à la Liga de façon plus générale, on sent que le niveau est un peu plus homogène que lorsque tu évolues à Grenade. On voit des petits clubs poser des soucis à tout le monde...

DF : Tout le monde progresse. Peut-être qu’avant les gens affrontaient les matchs contre les gros en se disant "de toutes façons on va perdre, ça sert à rien". C’est surtout dans la mentalité, peut-être que tout le monde pense être capable de gagner maintenant. Même si au final les gros gagnent, les matchs sont peut-être plus difficiles. Le football, et pas qu’en Espagne, est en train de changer. Maintenant, l’intensité et l’aspect physique et mental sont de plus en plus importants dans les matchs. Avant, c’était possible de gagner qu’en ayant des bons joueurs, maintenant même en ayant une qualité technique extraordinaire, si tu ne mets pas d’intensité tu ne peux pas gagner les matchs.

« J’ai très peu joué arrière droit, c’est peut-être quelque chose qui ne va pas dans mon sens (pour les Bleus) »

FM : Fais-tu partie des joueurs qui regardent beaucoup de football ?

DF : Je regarde beaucoup de matchs de Liga, parce que les résultats sont intéressants, ainsi que les matchs de Ligue des Champions. Si je tombe sur des bons matchs de Ligue 1 ou de Premier League je regarde aussi.

FM : Getafe a souvent été moqué à cause de son public et de son stade souvent peu rempli les années précédentes. Sens-tu plus d’engouement cette année ?

DF : Moi je n’étais pas à Getafe les années précédentes, mais cette année les supporters sont derrière nous, ils nous encouragent, ils nous supportent et sont présent les jours de match. À l’extérieur aussi. À domicile, on a de très bonnes statistiques, c’est un contexte favorable et c’est la preuve que les supporters sont là.

FM : Dans une interview précédente, tu parlais de la possibilité d’être appelé en Equipe de France. Comment te positionnes-tu par rapport aux autres candidats et estimes-tu être proche des Bleus ?

DF : Cette saison, j’ai très peu joué arrière droit, c’est peut-être quelque chose qui ne va pas dans mon sens. Mais l’Equipe de France ce n’est pas une obsession. Forcément, c’est un rêve, comme pour tout joueur français. Je joue dans une équipe qui est très performante, je ne me prends pas la tête. Je ne dis pas que je mérite, parce qu’il y a beaucoup de très bons joueurs français. Si on m’appelle, je ne refuserai pas du tout (rires) !

FM : Concernant ton avenir, tu rentres à Watford en fin de saison normalement. Souhaites-tu rester à Getafe ?

DF : Je suis content de vivre une telle saison ,je profite, je suis à fond avec l’équipe. On verra ce qui va se passer. Fin mai, on aura tout le temps de parler de la saison prochaine, que ce soit signer à Getafe, rester à Watford etc... On aura le temps d’en parler. Franchement, je n’ai pas envie de rentrer sur ce sujet parce que le mieux c’est de se concentrer sur cette fin de saison passionnante.