Medhi Lacen est depuis plusieurs années déjà, l’un des tauliers de Getafe, où il est indispensable dans l’entrejeu. Une cinquième saison avec les Azulones vient de se conclure pour le milieu de terrain de 32 ans né à Versailles. Le club a vécu une saison très compliquée avec le pire dénouement possible qu’est une relégation en deuxième division espagnole, alors que la formation de la banlieue madrilène était présente en Liga depuis déjà 12 saisons. C’est lors de la dernière journée, alors que les troupes de Juan Eduardo Esnáider ne dépendaient que d’elles mêmes, que la descente s’est officialisée après une défaite chez le Betis et la victoire du Sporting à Villarreal. Pourtant, rien ne laissait penser que la saison allait être aussi compliquée.

« D’autres années, je voyais l’équipe et je savais qu’on allait passer une année compliquée. Mais cette année quand j’ai vu l’équipe, et vu qu’on nous a ramené des bons joueurs, j’espérais une année plus ou moins tranquille, en se sauvant peut être à 3/4 journées de la fin, même si l’objectif restait le maintien. Ce qui nous a tué, c’est un trou de 14 matchs sans gagner. Au début des matchs aller on était neuvièmes, après on a eu un trou terrible, et encore on a eu de la chance puisque les résultats des autres équipes d’en bas nous ont souvent été favorables. Mais quand tu entres dans une spirale négative, même si on a bien réagi à la fin, tu le payes », nous explique l’ancien international algérien, qui a aussi évoqué les différences de niveau de plus en plus flagrantes en Liga. « Il y a une dizaines de clubs qui jouent le maintien, la différence avec les clubs du haut est plus importante qu’avant. Quand j’étais à Santander et qu’on allait au Calderon, en y allant, on ne se disait pas que c’était une défaite pratiquement assurée. Même si on est capable de faire des exploits, c’est plus difficile qu’avant ».

Sur le plan individuel, le joueur préalablement passé par Alavés et le Racing Santander est plutôt satisfait de sa saison : « ça a été au niveau que j’espérais, j’ai joué pratiquement tous les matchs, à part au début de saison où j’ai eu quelques problèmes au pubis. Mais c’est vrai que sinon j’ai eu la chance de faire tous les matchs. Au niveau personnel, c’est toujours bien de se sentir important et de jouer même si ça reste entaché d’une descente ». Etant le deuxième joueur le plus ancien de l’effectif, derrière Pedro Leon, Lacen a assumé un vrai rôle de taulier cette saison. « Ce sont des difficultés à gérer au quotidien. Moi j’ai plus cette position là par rapport temps joué en Liga et le fait d’être à Getafe depuis 5 saisons. Le fait d’être longtemps dans un club en jouant ça donne plus de poids pour intervenir. Quand les résultats ne sont pas bons, il y a forcément peut-être plus de petits problèmes à régler. On a toujours eu la chance d’avoir un vestiaire clean, sans têtes cramées, on a eu des mecs bien donc ça n’a jamais été une grande difficulté d’avoir ce rôle », raconte le joueur qui a totalisé 31 rencontres de Liga cette saison.

Un parcours particulier

Comme beaucoup de joueurs formés en France et qui ont explosé loin des pelouses de l’Hexagone, Medhi Lacen a eu un parcours assez particulier. C’est en 2005, après deux saisons compliquées dans les divisions inférieures françaises, qu’il traverse les Pyrénées pour signer à Alavés, à l’époque en première division espagnole. « Je n’ai pas été gardé à Laval, un club modeste de Ligue 2, donc je suis parti en National, à Valence. On a réussi la montée en D2, mais elle a été refusée par la DNCG. J’ai un agent qui m’a envoyé en Espagne, ça a été un bon coup de chance. J’aurai très bien pu faire comme beaucoup de coéquipiers et repartir sur un club de National ou CFA, mais j’ai eu la chance de partir directement en Liga. Il faut avoir un entraîneur qui fait confiance aux joueurs, de la chance, réaliser le bon match au bon moment, énormément de facteurs », confie-t-il. Et malgré l’écart de niveau avec ses équipes précédentes, l’adaptation a été plutôt facile : « sur le terrain ça a été. Je suis arrivé en Espagne sur un coup de billard, mais quand on m’a donné l’opportunité je l’ai saisie à 500%. A chaque entraînement je mordais tout le monde, et je le fais encore aujourd’hui. A l’époque j’ai vraiment tout fait pour gagner ma place. Après ce qui m’a servi et desservi, c’était que tu te sens moins seul vu qu’il y avait beaucoup de francophones à Alavés, mais tu mets plus de temps à parler espagnol. Mais l’adaptation a été bonne ».

« Je pense qu’à la base le jeu était peut-être plus fait pour moi en Espagne qu’en France. Mais c’est vraiment l’expérience qui fait progresser. Je suis pas mal la Ligue 1. C’est vrai que l’approche de jeu est différente. L’exemple du Rayo est le meilleur exemple qu’il y a. C’est beaucoup de prises de risques, le ballon au sol. Mais ce qui compte avant tout c’est les résultats. Nous à Getafe, l’idée était aussi de sortir le ballon proprement et d’essayer jouer », affirme le joueur qui a aussi tenu à vanter les qualités de la formation française, pourtant si souvent décriée ces derniers temps. Et de son expérience en Espagne, Lacen a notamment été marqué par un joueur... « le joueur dont j’ai été fan depuis mes débuts et dont je suis encore plus fan depuis que j’ai joué contre lui c’est Iniesta. Pour son poste, son style de jeu, pour la personne qu’il est sur et en dehors du terrain, c’est vraiment un exemple pour moi et c’est un joueur exceptionnel ».

Une première expérience en Ligue 1 à venir ?

L’aventure de Medhi Lacen à Getafe devrait bientôt prendre fin. Comme beaucoup de ses coéquipiers, il compte quitter le club dans les semaines à venir. « Il me reste un an de contrat, donc c’est un peu flou. J’ai bon espoir et je pense que c’est possible d’avoir l’option de sortir libre. Mais après, ce ne sont pas des situations que je maîtrise. Sur ce que j’ai compris, ils souhaitent me garder. Pour moi l’idée c’est de pouvoir continuer en première division que ce soit en France, en Espagne ou ailleurs. J’aimerai si possible essayer de trouver une porte de sortie, mais ça dépendra pas de moi. Pour l’instant c’est calme au niveau des propositions, entre le fait que ce soit tout frais (la relégation) et le fait que je parte librement ou non ne soit pas encore clair, je n’ai pas eu d’accroche vraiment concrète mais j’espère que ça va bouger rapidement. Je n’ai pas envie de partir le 25 août à une semaine de la fin, si je dois bouger, si possible que ça se fasse tôt et que je puisse faire la pré-saison avec ma nouvelle équipe », explique-t-il.

Et un retour en France n’est pas exclu pour celui qui n’a pas encore eu l’opportunité de connaître les joies du plus haut niveau français. « C’est un truc qui me tenterait, je n’ai jamais eu la chance de percer en France donc logiquement je suis moins connu que beaucoup de joueurs. J’ai plus de 250 matches en Liga, au niveau international j’ai joué deux Coupes du Monde. Même si je ne suis pas une star, j’ai été un bon joueur dans des clubs moyens ici en Espagne. Mais c’est vrai que j’aimerais bien tenter le coup, et si l’opportunité se présente pourquoi pas signer dans une D1 en France », affirme l’international algérien. Une belle opportunité à saisir pour les clubs de l’Hexagone...