C’est l’une des particularités du championnat espagnol : chaque joueur sous contrat - quelques très rares exceptions existent tout de même - a une clause libératoire. Elle est fixée lorsque le joueur en question signe son contrat avec son nouveau club, et peut-être modifiée en cas de signature d’un nouveau bail. Lorsque le montant de cette clause est payé, le joueur devient libre de tout contrat. Elle est obligatoire depuis l’introduction de nouvelles lois imposées par le gouvernement espagnol en 1985, visant à réguler l’activité des sportifs professionnels. Initialement, ces clauses avaient pour but de permettre aux joueurs de se libérer facilement de leur contrat. La donne a bien changé depuis. On rappelle d’ailleurs que ces clauses sont payées par les footballeurs eux-mêmes, avec des fonds alloués par leur futur club évidemment, et que même si c’est régulièrement le cas, il n’y a aucune loi qui stipule que le montant de ces clauses doit correspondre à la valeur du joueur.

Des joueurs de niveau moyen se retrouvent ainsi parfois avec des clauses libératoires supérieures aux 100 millions d’euros, alors que de très bons joueurs signent avec des clauses relativement basses. Tout dépend aussi de la politique des clubs. L’Athletic, qui a une marge de manœuvre sur le mercato, fixe ainsi des clauses très élevées à ses joueurs, alors que Séville, club tremplin très friand de l’achat-revente, inclut des clauses plutôt abordables dans ses contrats. Mais de façon générale, les clauses libératoires étaient vues comme une protection pour les clubs espagnols. Lorsqu’ils ne voulaient pas vendre un joueur, ils refusaient de négocier avec les clubs intéressés, envoyant un message très clair aux prétendants : la clause ou rien. Même s’il est vrai que le joueur a souvent le dernier mot sur son avenir lorsqu’il souhaite partir, la présence de ces clauses a tout de même un effet repoussant pour les clubs.

Les joueurs progressent... mais pas les clauses !

Et si le club est vendeur, la clause libératoire permet aussi de revoir à la hausse la valeur d’un joueur lors des négociations et grappiller quelques millions d’euros. Il est ainsi très fréquent de voir des joueurs de Liga partir dans d’autres clubs pour des montants s’approchant considérablement de la clause. Mais ces dernières années, on voit de plus en plus les clubs "être pris au piège" par ces clauses. Et pour cause, beaucoup de contrats signés il y a trois ans ou plus ne sont plus forcément en accord avec l’inflation des prix sur le marché des transferts. Le cas Neymar, parti du Barça au PSG pour 222 millions d’euros, est un exemple assez probant, mais il y en a de bien plus flagrants pour illustrer ce phénomène.

Arrivé à Séville en 2016, Pablo Sarabia avait alors signé un contrat avec une clause libératoire s’élevant à 18 millions d’euros. Un montant plutôt correct pour un joueur qui avait coûté moins d’un million d’euros, et qui avait encore tout à prouver malgré de belles choses montrées à Getafe. Mais voilà que trois ans plus tard, cette clause libératoire semble bien ridicule pour un joueur qui s’est depuis affirmé comme l’un des meilleurs du championnat. En plus de l’inflation des prix, il y a aussi l’évolution du joueur à prendre en compte. Un joueur peut passer de remplaçant à joueur-clé en l’espace de quelques mois, sans que sa clause n’évolue. Sarabia est donc parti pour 20 millions d’euros, le PSG et Séville ayant négocié un peu au-dessus pour régler en plusieurs échéances, les clauses libératoires n’étant payables qu’une fois. Transfermarkt estime Pablo Sarabia à 40 millions d’euros, soit le double de ce qui a été payé par le PSG.

Séville, le meilleur exemple

Une bien mauvaise opération pour Séville donc, malgré cette plus-value qui aurait dû être bien plus importante. Le club andalou va d’ailleurs vraisemblablement être pris au même piège avec Wissam Ben Yedder. Le Français, qui sort d’une saison à 28 buts toutes compétitions confondues, va ainsi partir pour 40 millions d’euros, le montant de sa clause. On peut pourtant affirmer sans trop de problèmes qu’un joueur avec une telle ligne de stats en Liga pourrait valoir bien plus, surtout s’il termine par rejoindre un club de Premier League. On peut aussi citer l’exemple de Rodri, qui s’en est allé direction Manchester City pour sa clause, 70 millions d’euros. Un montant assez élevé, mais on ne peut pas s’empêcher de penser qu’il aurait éventuellement pu coûter un peu plus, l’international espagnol ayant un potentiel considérable, déjà considéré comme le nouveau Busquets, et ayant été élément essentiel du système de Diego Simeone cette saison. Une chose est sûre, l’Atlético ne souhaitait pas s’en séparer. On peut aussi se poser une autre question : Antoine Griezmann ne vaudrait-il pas un peu plus que les 120 millions d’euros que va payer le Barça ?

Dans les petits clubs, bien plus touchés par ce phénomène que les formations espagnoles jouant l’Europe, les bonnes affaires sont nombreuses à réaliser compte tenu des clauses libératoires peu élevées. Un joueur qui a marqué 40 buts sur les 2 dernières éditions de Liga comme Cristhian Stuani ne va par exemple coûter que 7,5 millions d’euros cet été. Face à ce phénomène, les clubs commencent déjà à faire grimper les clauses, afin de s’adapter aux nouveaux prix du marché. De plus en plus, elles commencent à dépasser les 100 millions d’euros. L’Atlético a par exemple fixé une clause de 120 millions d’euros à Marcos Llorente, alors que celle de João Félix devrait être de 350 millions d’euros. Mais cet été encore, beaucoup de clubs risquent d’assister impuissants à une fuite des talents. Quand on voit que la clause de Dani Parejo (Valence) n’est que de 50 millions d’euros... La Real Sociedad avait fait grimper la clause de son prodige Mikel Oyarzabal à 75 millions d’euros il y a un an, mais compte tenu de la saison réalisée par le Basque et de son excellent Euro Espoirs, ce montant risque d’être levé cet été par des clubs aux gros moyens...

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