La surprise fut totale hier lorsque Zinedine Zidane a annoncé qu’il ne continuait pas l’aventure sur le banc de touche du Real Madrid. Mais pourquoi quitter un club où il est considéré comme un dieu vivant et avec lequel il vient de remporter 3 Ligues des Champions consécutives, exploit qui risque de rester longtemps inégalé ? Zidane a tenté de l’expliquer au mieux. « Ma décision n’a peut-être aucun sens pour certains, mais pour moi si. C’est le moment de changer, pour les joueurs aussi. Après ces trois ans, c’est la décision adéquate. Mais je comprends la déception. (...) Je dis seulement qu’après trois ans, je me trompe peut-être, je sens que c’est le bon moment. Si je ne vois pas clairement que nous allons continuer à gagner, il est mieux de changer et de ne pas faire de bêtises. (...) C’est aussi simple que ça. Il y a un moment qui se vit, pleinement, à fond. Il faut savoir s’arrêter. Ce que je veux pour le bien de ce club, c’est qu’il continue à gagner. Et je pense qu’avec moi, ça aurait peut-être été compliqué. (...) Que puis-je demander de plus aux joueurs avec tout ce que je leur ai déjà demandé ? », a-t-il notamment déclaré.

À l’en croire, ce sont donc uniquement ses doutes quant aux chances de réussite, avec lui, la saison prochaine qui ont motivé sa décision. Faut-il remettre en cause son discours ? Non, comme le pense Jean-Pierre Karaquillo, directeur du Centre de droit et d’économie du sport de Limoges où Zidane a étudié, cité par L’Équipe. « C’est complètement faux de laisser croire qu’il a pu construire cette sortie pour consacrer le fait qu’il soit une légende ». Cependant, la presse espagnole, et principalement As et Marca (les deux quotidiens pro-Real) ne peuvent se résoudre à n’entendre que la version officielle de Zizou. Les deux journaux ont donc cherché à dénicher les réelles motivations ayant déclenché ce surprenant choix.

Les plaies du mercato hivernal

Quand Zidane doute sur sa capacité à continuer à gagner, la presse espagnole explique qu’il n’a surtout pas forcément envie de rebâtir le nouveau Real Madrid. Car c’est bien ce qu’il semble se présenter. Entre les envies de départ de Gareth Bale, les doutes de Cristiano Ronaldo et les folies dépensières de son président Florentino Pérez, Zidane était conscient du grand chambardement qui allait arriver cet été. Il avait réussi à le repousser l’hiver dernier, à grand renfort de sorties médiatiques pour défendre Keylor Navas (quand Pérez faisait le forcing pour acheter Kepa) ou encore Karim Benzema (quand Pérez était prêt à signer un chèque énorme pour attirer Mauro Icardi). Si les relations entre Zidane et Pérez sont toujours bonnes, le premier nommé connaît le penchant du second pour les recrues onéreuses sans avoir pris en compte l’avis de l’entraîneur…

Comme rapporté par Marca, Zidane n’a particulièrement pas apprécié l’épisode Kepa, d’autant qu’il considère qu’avec son fils Luca, le Real Madrid tient déjà un grand gardien pour le futur. Agacé d’avoir à démentir régulièrement les nombreuses rumeurs de transfert concernant le Real Madrid (et notamment Neymar), Zidane sentait qu’il n’aurait pas vraiment la main sur le marché des transferts, le grand joujou de Pérez. À cela s’ajoute la dimension psychologique de son coaching auprès du vestiaire, ce qui rejoint son explication initiale. Oui, l’élimination contre Leganés en Coupe du Roi, après une honteuse défaite à domicile, a fait du mal, car elle a forcé Zidane à passer un pacte avec ses joueurs : il empêcherait Pérez de recruter sur le mercato hivernal si ses hommes redressaient la barre et allaient chercher un nouveau titre. Pas vraiment le genre de management qu’on peut répéter chaque saison.

Pour As et Marca, à partir du moment où Zidane a été réduit à agir de la sorte, il précipitait d’ores et déjà son départ. Ses échecs en Liga et Coupe du Roi cette saison l’ont poussé à considérer qu’il n’avait plus le discours idoine pour motiver ses joueurs sur la scène nationale. Alors que tout le monde l’encense pour ses 3 Ligues des Champions consécutives, Zidane a assuré hier que le titre dont il était le plus fier était celui de champion d’Espagne, obtenu au terme de la saison 2016-2017. Les 17 points de retard, et seulement une 3e place au classement, ont donc également pesé dans la décision de l’entraîneur français. Enfin, As explique que, même si ce n’est pas le facteur majeur de sa réflexion, la versatilité bien connue de la direction madrilène, capable de brûler très vite ce qu’elle a adoré, l’a conforté dans sa position de quitter le club au plus haut. Ce qui rendra la tâche de son successeur sacrément ardue !