Chez lui, dans son Italie chérie, il est redevenu le roi. Fier pilote du canadair merengue qui a froidement éteint le feu munichois à l’Allianz Arena (4-0), celui qui a su emmener le Milan AC sur le toit de l’Europe en 2003 et 2007 a cette fois-ci infligé une « leçon magistrale » au Bayern Munich de Pep Guardiola selon le Corriere dello Sport. Lui, c’est Carlo Ancelotti bien entendu. Qualifié de « galactique » par la Gazzetta dello Sport, un adjectif qui a si souvent collé à la peau de la Casa Blanca, l’Italien n’est plus qu’à 90 minutes d’un exploit qu’aucun coach du Real Madrid n’est capable de faire depuis 2002 : remporter la dixième Ligue des Champions du club. Certes, l’ex-entraîneur du Paris Saint-Germain n’a pas encore soulevé la coupe aux grandes oreilles, mais l’éclatante victoire d’hier est loin d’être anodine.

Au vu des mines heureuses de ses joueurs, Ancelotti semble avoir redonné le sourire à une équipe marquée par les trois ans de règne de José Mourinho. Sous les ordres du Special One, les Merengues ont remporté une Liga (2012), une coupe du Roi (2011) ainsi qu’une Supercoupe d’Espagne (2012), mais jamais l’ambiance au sein de la Casa Blanca n’avait été aussi tendue ces dernières années. Fortement contrarié par la domination de l’intouchable Barça de Guardiola, Mourinho a malmené l’image du Real en multipliant les attaques médiatiques, en adoptant souvent un comportement indique sur le banc de touche lors des Clasicos et surtout en ravivant la rivalité intestine entre Madrilènes et Catalans. Une manœuvre qui lui a très rapidement attiré les foudres d’une presse espagnole inquiète pour sa Seleccion si souvent minée par ce problème avant la vague de succès que l’on connaît. Mais ce n’est pas tout.

Les cadres de l’équipe sous son charme

Si les Blaugranas ont agacé Mourinho, ce dernier a également fait des dégâts dans son propre vestiaire. Entre un Iker Casillas mis au placard, des échanges épicés avec Sergio Ramos et un Cristiano Ronaldo s’affichant rarement aux côtés de son compatriote, Mourinho s’est savonné la planche en voulant imposer son statut de maître du vestiaire. Avec Ancelotti, changement de ton. Moins spectaculaire que son homologue lusitanien, le Transalpin n’affiche pas pour autant un palmarès de moindre qualité. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle le président Florentino Pérez l’a arraché des mains du PSG. Après trois années de tumulte, le Real Madrid voulait retrouver de la sérénité avec un coach expérimenté et davantage en adéquation avec l’image que souhaite renvoyer la Casa Blanca. Avec Ancelotti, Madrid est servi. Plus diplomatique et fin communiquant, l’Italien a réussi à mettre les cadres de l’équipe dans sa poche. Il suffit d’ailleurs de lire la déclaration faite par Cristiano Ronaldo hier soir pour s’en rendre compte. « Tout le mérite de cette qualification revient à Carlo Ancelotti. Il a tout changé. Il a changé la mentalité des joueurs, tout. » Jamais du temps de Mourinho CR7 n’a été aussi élogieux envers son coach. Et pour cause. Constamment mis sous pression et rendus nerveux par Mourinho, les Merengues apprécient désormais le fait d’être entendus, compris et n’ont plus à se plaindre du style de jeu imposé par leur coach. « Il (Ancelotti) a été joueur lui-même. Il sait se mettre dans la peau du footballeur. En ce sens, il y a une réelle alchimie entre lui et l’équipe », déclarait d’ailleurs Sergio Ramos sur le site de la FIFA en janvier dernier.

Performant dans la gestion du collectif, Ancelotti a su l’être aussi individuellement. A l’image du cas Casillas (titulaire en coupes, remplaçant en championnat), là encore Ancelotti parvient à calmer les esprits. Critiqué par la presse pro Real pour avoir maintenu la mesure mise en place par Mourinho, l’Italien a vu les attaques de cette dernière se faire beaucoup plus rares au fil de la saison. Enclin à se plaindre l’an passé, le principal intéressé ne fait plus de vagues lui non plus. Un constat dû en grande partie au triomphe madrilène en coupe du Roi et au bon parcours en Ligue des Champions. Autre preuve du savoir-faire de l’Italien, le renouveau d’Angel Di Maria. Annoncé partant (et dans le viseur de Monaco et du PSG) l’été et l’hiver derniers, l’Argentin n’a jamais été lâché par son coach qui l’a convaincu de ne pas céder aux sirènes du mercato. Repositionné dans l’entrejeu merengue depuis le début de l’année 2014, l’intermittent albiceleste de l’aile droite est maintenant devenu un rouage incontournable du onze merengue en cette fin de saison. Même chose pour Isco. Recruté à prix d’or l’été dernier (30 M€), l’ex-Malagueño s’était étonné de son rôle de remplaçant en première partie de saison. Remis au pas par son coach, il s’est reconcentré sur le terrain pour glaner six titularisations lors des huit derniers matches de son club, toutes compétitions confondues.

Très présent dans les médias durant l’ère Mourinho, le président Florentino Pérez peut donc souffler un peu plus cette saison. Temporairement rangé au placard, le costume de pompier de service a fait place à celui de patron savourant enfin une fin de saison excitante avec la possibilité de rajouter une Ligue des Champions dans sa vitrine après celle conquise en 2002. « Nous parlons souvent, mais pas beaucoup de football, ni des matches. Il me questionne sur l’ambiance du vestiaire et sur les joueurs. Il me demande aussi si tout va bien, comment je vais », ajoutait Ancelotti au journal El Mundo. Plus apaisée, la Casa Blanca revit et peut toujours réaliser un triplé coupe du Roi-Liga-LdC. Et ça, Ancelotti n’y est pas étranger.

Avec notre correspondant à Madrid, Ivan Vargas.