Il ne fait pas bon être supporter de football par les temps qui courent. Cette saison plus que jamais, la répression s’est abattue de plein fouet sur ceux qui font vivre les stades chaque week-end. Arrêtés préfectoraux interdisant de plus en plus de déplacements à l’extérieur, nombre croissant d’Interdictions Administratives de Stade (IAS), sans passage par la case jugement ni respect de la présomption d’innocence, ou encore vaste fichage en règle avec le fameux « fichier Stade », momentanément suspendu, les passionnés de toute la France ont payé leur attachement à leur club au prix fort ces derniers mois.

Face à ces méthodes coercitives, les supporters n’ont guère plus d’autre choix que de s’unir pour contester ensemble le véritable arsenal déployé pour mieux les réprimer. C’est dans ce contexte que l’ANS, l’Association Nationale des Supporters, est née en septembre dernier. Son président, Pierre, résume son rôle ainsi : « Fédérer les associations existantes afin de représenter et défendre les supporters à travers la France et ainsi de devenir un interlocuteur crédible pour les instances du football et l’État. » Si elle rassemble une vingtaine de groupes, des avocats et des juristes sont également associés à la démarche pour mieux pouvoir défendre les intérêts des supporters au sens large, comme le précise Pierre : « L’ANS n’est pas une association réservé aux Ultras. Aujourd’hui le problème s’est élargi et touche l’ensemble des supporters. »

Un dialogue compliqué à ouvrir

En effet, certainement sans le vouloir, la répression visant les supporters dans leur ensemble a surtout réussi à les unir. Si le mouvement est encore naissant, les pensionnaires des tribunes françaises ont bien compris qu’ils étaient liés par les même problématiques, du spectateur lambda aux Ultras. En les fédérant, l’ANS commence à avoir le poids et la légitimité nécessaires pour discuter avec les instances : « Nous devons être reçus par le ministre des sports dans les jours qui suivent. Le gros boulot sur lequel nous voulons bosser est le dialogue. Nous souhaitons entamer des discussions avec les différentes instances. Ce qui est regrettable en France, c’est que de nombreuses réunions ont lieu afin de discuter des supporters, et les seules personnes qui ne sont pas conviées sont les supporters eux-mêmes, on marche sur la tête », regrette Pierre.

Parmi les plus réticents, les représentants mêmes du football français. Et le président de l’ANS de reprendre : « On récent clairement une réticence de la part de Ligue de Football Professionnel ainsi que de la Fédération française de Football sur l’implication des supporters au sein des différentes discussions qu’il peut y avoir. À un moment, on nous reprochait de pas être déclaré en tant qu’association et donc de ne pas être un interlocuteur officiel. Aujourd’hui on nous reproche de ne pas être représentatifs. Nous avons beau faire des efforts afin de faire avancer les choses, de l’autre côté ça n’évolue pas dans le bon sens pour le moment. » Autrement dit qu’il est compliqué d’avancer sur plusieurs dossiers qui auraient besoin d’un sacré tour de table.

De grands chantiers à venir

Et les revendications sont nombreuses : « Les revendications sont larges, nous souhaitons améliorer les conditions pour les supporters dans les stades. Aujourd’hui, pour un oui ou pour non, on nous pond des interdictions plus absurdes les unes que les autres. Les instances ne cherchent même plus de solutions, ils interdissent systématiquement. Nous souhaitons apporter des solutions afin d’éviter ce genre de mesures liberticides et des dispositifs ultra-sécuritaires qui peuvent être contre-productifs. Nous luttons contre les Interdictions Administratives de Stades. Certaines personnes sont interdites de stade sans avoir au préalable un jugement, c’est du délit de faciès et ces pratiques sont intolérables. Ensuite, nous nous battons contre les prix exorbitants dans certains parcages, contre les programmations de certains matches en semaine, pour trouver un cadre légal pour les fumigènes. Nous luttons pour que le foot reste un sport populaire », explique-t-il.

Dans ce contexte ou tout renfort est le bienvenu, l’initiative de 22 parlementaires portant une proposition de loi pour une meilleure représentation des supporters est plutôt bien accueillie, même si l’ANS sait qu’elle devra avant tout compter sur elle-même, et la bonne volonté de ses interlocuteurs : « Les supporters ont essayé mais malheureusement on ne souhaite pas nous écouter. A l’époque du collectif SOS Ligue 2, [...] nous avons évoqué le sujet de la gestion des supporters, Monsieur Thiriez devait prévoir des réunions régulièrement, aujourd’hui on attend encore et pourtant il nous avait dit « que la porte était grande ouverte ». Il doit encore chercher la poignée… », regrette Pierre, amer, qui ne se décourage pas pour autant. « Nous sommes la vitrine du foot français. Que la France prenne exemple sur certains pays voisins, ou la discussion permet l’évolution, et non tous miser sur la répression ! Que les instances comprennent que les supporters ne sont pas un problème, ils sont un atout pour le foot français. Ce sont des acteurs du foot français, qu’ils les écoutent ! » Reste à savoir si cet énième appel sera entendu.