Soulagé, oui, rassuré, non. Les derniers matches de poule avaient laissé entrevoir un certain allant et une unité retrouvée. Tout cela a volé en éclat hier soir. La France est qualifiée pour la Coupe du Monde 2010 et il ne faut pas bouder ce plaisir. Mais comment oublier la prestation catastrophique des Bleus et ce but qui n’aurait pas du être validé ? Quasiment impossible, sauf pour l’imperturbable Raymond Domenech, roi du contre-pied. On peut comprendre le bonheur du sélectionneur français d’avoir réussi sa mission après tant de critiques et d’attaques personnelles. S’il a rendu hommage aux Irlandais en conférence de presse, le sélectionneur a par contre refusé d’évoquer la prestation incroyablement faible des siens dans un match si important.

Domenech ne semble pas avoir saisi que les Français sont soulagés mais n’ont pas forcément l’esprit à la fête au regard de la manière. Sur RTL, le fossé a semblé énorme entre le ressenti de Bixente Lizarazu et du sélectionneur national. Les deux hommes se sont confrontés juste après la rencontre, et le constat alarmant de l’ancien international français a déplu à un Domenech plus que soulagé.

- Bixente Lizarazu :« J’accepte l’idée, l’importance et la qualification pour la Coupe du Monde mais toute l’équipe est passée, en dehors d’Hugo Lloris, au travers de ce match là. »

- Raymond Domenech : « Si on parle pendant 8 jours de ce match là…. »

- BL : « On peut s’interroger sur un match majeur avec un enjeu… »

- RD : « Non, ce soir on ne peut pas s‘interroger. Ce soir on est heureux parce qu’on est qualifiés. On a suffisamment souffert, on a suffisamment bataillé pour y arriver, ce soir tout le monde est heureux, on ne va pas faire les rabat-joie ce soir. Une fois de temps en temps, acceptez de dire « c’est super, on est qualifiés ». La manière n’y était pas et je suis d’accord. »

- BL : « Mais c’est ça la question… »

- RD : « Mais ce n’est pas une question. On n’est pas dans ce débat là. »

- BL : « Mais qu’est-ce qu’il s’est passé ? Pourquoi toute l’équipe est passée à côté de ce match ? »

- RD : « On a 9 neuf mois pour se préparer tranquillement, se mettre en place. »

(…)

- Christophe Pacaud : « Pendant le match on se demandait ce qui arrive à ces Bleus… »

- RD : « Qu’est ce qui arrive ? Il y a onze irlandais qui avaient le match perdu au début du match et qui ont tout mis dans la bataille pour faire un résultat et revenir… n’oubliez pas. On joue a onze contre onze. »

- BL : « Moi ce n’est pas mon avis... »

- RD : « … bon il n’y a pas les Irlandais, donc… il n’étaient pas là les irlandais… »

-  BL : « Non. Je suis ravi de la qualification de l’Equipe de France pour la Coupe du Monde, à l’arrache, mais il n’y a pas eu un moment où l’Equipe de France a réagi. Pendant 120 minutes, moi j’ai vu une équipe d’Irlande qui a été extraordinaire et une équipe de France qui est passée à côté de l’événement, point. »

- RD : « Voilà. Point. Maintenant on est qualifiés. »

- BL : « Ok, on n’en discute pas ? »

- RD : « Je ne vais pas en discuter. Ce n’est pas mon problème. Vous voulez discuter de quoi maintenant ? »

- BL : « Du contenu. On discute du contenu. On est intéressés par le foot. Les gens sont intéressés par le foot. C’est ça qui nous intéresse, c’est de parler foot. »

- RD : « Non ce soir les gens sont heureux. Ce soir (ce qui nous intéresse) c’est de parler émotion. »

- BL : « Ce soir l’Equipe de France n’a rien fait. Elle se qualifie pour la Coupe du Monde, on en est ravis, on essaie juste de parler du contenu. Si tu ne veux pas répondre à ça, c’est une question simple… »

- RD : « Je réponds. Et je dis que ce soir c’est l’émotion qui compte, on aura le temps de faire le bilan les jours d’après… participez à la fête une fois de temps en temps ! On est heureux, tout le monde est qualifié. »

- BL : « Non la fête… moi je serai heureux à la Coupe du Monde »

- RD : « Et bien oui, à la fête. Aujourd’hui on est qualifiés. Il n’y a pas beaucoup de pays qui le sont. On est heureux. »

- BL : « Moi je suis content mais je ne fais pas la fête. Je suis content de la qualification mais je ne vais pas faire la fête, ne serait-ce que par respect pour les Irlandais ».

- RD : « Pour tout ceux qui ce soir sont heureux parce que l’équipe de France est qualifiée pour la Coupe du Monde, je vais participer à leur fête, et puis je vous remercie, et je vous souhaite une bonne soirée. »

Le sélectionneur a quitté le plateau, énervé de ne pas voir les observateurs en liesse... Une phrase de Domenech a de quoi interpeller : « On a 9 neuf mois pour se préparer tranquillement, se mettre en place ». Le soir de l’élimination à l’Euro 2008, Domenech nous annonçait que la compétition servait à préparer la Coupe du Monde 2010. Plus d’un an après, le chantier n’a pas avancé et notre sélectionneur table aujourd’hui sur les neuf prochains mois pour transformer ces Bleus inoffensifs hier en terreur mondiale. Peut-on toujours y croire ?