Foot Mercato : Benjamin, Lorient enchaîne les succès avec 4 victoires sur les 5 derniers matches de Ligue 1, au point de se retrouver hors de la zone rouge. Comment expliquez-vous cette bonne passe ?

Benjamin Moukandjo : Je pense qu’il y a eu un déclic lors du match à Nancy. On était mené 2-0 à la mi-temps, on était alors pratiquement en Ligue 2. Au vu des écarts, ce n’était pas impossible, mais ça devenait vraiment difficile. Mais, à la mi-temps, on s’est dit qu’on ne pouvait pas laisser notre chance passer comme ça, qu’on ne pouvait pas sortir du jeu sans donner tout ce qu’on avait. On est reparti en se disant qu’on pouvait marquer, avec un nouvel état d’esprit, avec volonté, et on a réussi à gagner ce match dans les toutes dernières minutes de la partie. Ce fut un moment extraordinaire, c’est là qu’a eu lieu le déclic car on a retrouvé la confiance, on a pu enchaîner les résultats positifs malgré un faux-pas à Montpellier.

FM : On a longtemps pensé que le club serait condamné à une descente. Qu’est-ce qui ne fonctionnait pas ?

BM : Je crois qu’on a eu des moments difficiles avec des joueurs importants blessés, des états de forme différents. Là, on retrouve notre meilleur niveau, on prend de moins en moins de buts, on est plus solide, on défend bien. Ça nous permet de mieux nous projeter et de bien attaquer. Le problème qu’on avait, c’est qu’il y avait peut-être un déséquilibre entre l’attaque, le milieu, et la défense, ce qui faisait qu’on prenait énormément de buts. On a réussi à résoudre ce problème. On a réussi à trouver les bons ingrédients et on voit que, quand chacun est à son meilleur niveau, Lorient est une toute autre équipe.

FM : Aujourd’hui, plus que jamais, êtes-vous confiant dans cette course au maintien ?

BM : Quand on était dernier du championnat, on avait pour objectif d’essayer d’accrocher la place de barragiste. Quand on a été en position de barragiste, on a voulu monter encore. Aujourd’hui, on est seizième, on va essayer de conserver cette place-là voire de grimper à la quinzième place. C’est possible, on s’est donné les moyens de pouvoir viser au-delà de la seizième place mais, surtout, de ne pas retourner dans les bas-fonds du classement. Au vu de ce qu’on montre, je pense qu’on a des arguments à faire valoir même s’il faut rester attentif et lucide car ça reste fragile. Il faut garder cet état d’esprit.

Benjamin Moukandjo, le facteur X de la Lorientada

FM : Vous en êtes à 13 buts en 24 matches de Ligue 1, vous êtes co-meilleur cinquième buteur du championnat. Quel regard portez-vous sur votre saison ?

BM : Je me sens bien. Comme je l’ai toujours dit, je n’aime pas trop me regarder, je n’aime pas trop mettre mes performances individuelles en avant car c’est le travail de toute une équipe. J’ai des coéquipiers qui me mettent dans de bonnes conditions, qui me permettent de marquer des buts. Je suis à la construction et à la finition, c’est bien. Je suis bien évidemment content car j’ai égalé mon record de la saison dernière, j’ai toujours envie d’être décisif, d’apporter un plus à l’équipe en marquant et en faisant marquer. Mais je prends avant tout plaisir dans les victoires, que je sois buteur ou non.

FM : Depuis votre retour de la CAN, vous avez marqué 6 fois avec votre club. Cette compétition avec votre équipe nationale du Cameroun vous a-t-elle permis de mieux revenir mentalement ?

BM : Oui, ça m’a fait du bien, forcément, d’autant plus qu’on a été champion à la surprise générale (rires). Ce fut un moment fort, quand je suis revenu j’ai eu un peu de mal durant 2-3 matches car il y avait un décalage de température et l’euphorie de la victoire. Je savais que la transition serait difficile, mais je me suis remis en mode commando (rires) car on a pour mission de sauver le club. Je me sens bien, de mieux en mieux, j’arrive à enchaîner les matches sans être fatigué.

FM : Que représente d’ailleurs cette victoire à la CAN pour vous, capitaine de la sélection du Cameroun ?

BM : C’est quelque chose d’énorme. Personne n’aurait misé sur nous à la base. Nous, on aspirait à sortir du groupe et nous qualifier pour les quarts de finale, ce qui aurait été une performance correcte au vu de tout ce que notre football a traversé pendant un long moment. Une fois qu’on arrive en quart, on affronte le Sénégal, tout le monde se dit qu’on va se faire manger, et finalement on avance dans la compétition et on se dit que tout est possible. Sincèrement, ce fut un moment particulier et fort, d’autant que c’était ma première vraie expérience en tant que capitaine. C’est une réussite collective, avec les coéquipiers comme Nico (Nkoulou), Vincent (Aboubakar) et tous les joueurs importants qu’on avait, mais aussi le coach. On avait un groupe sain, travailleur, et humble. J’espère revivre des émotions pareilles avant la fin de ma carrière.

Quel avenir pour Benjamin Moukandjo ?

FM : Vous bouclez votre deuxième saison à Lorient. Comment envisagez-vous votre avenir ?

BM : En ce qui concerne mon avenir, sincèrement, je ne pourrai pas en parler maintenant parce que la saison n’est pas terminée et qu’on a une mission à remplir, quelque chose d’énorme à réaliser. Pour le moment, je pense au maintien de Lorient, je vais donner le maximum sur les quatre journées restantes. Mais bien sûr que, après, on va avoir une discussion parce qu’il ne me restera qu’un an de contrat. On aura une discussion avec mon agent et mon club pour savoir ce que le club souhaite et ce qu’il y a de mieux à faire aussi bien pour moi que pour le club. On prendra à ce moment-là une décision d’un commun accord.

FM : En tant que joueur, en tant que compétiteur, vous avez forcément soif de défis. Avez-vous envie désormais de viser, pourquoi pas, un autre grand championnat européen ?

BM : Je vais vous faire une confidence, c’est quelque chose dont je n’ai jamais parlé. Quand je suis arrivé à Lorient, je me suis dit que Lorient devait être le dernier club français au sein duquel j’allais jouer parce que j’ai envie de découvrir autre chose. Après, je ne me suis pas fixé un nombre d’années, je ne me suis pas dit que ça devait être 2, 3, 4 ans, je n’en sais rien. Vous savez, on est dans un monde où on a souvent envie de choses (rires), mais on ne les a malheureusement pas souvent ! Donc comment ça va se passer, je n’en sais rien. Si je vais être sollicité, si je jouerai pour un autre club français, je n’en sais rien. Mais une chose est sûre : j’ai vraiment envie de découvrir une autre culture, un autre football, et de jouer dans d’autres championnats. J’ai 28 ans aujourd’hui, j’ai envie, d’ici la fin de ma carrière, de découvrir d’autres cultures et d’autres championnats.

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