La 17e minute à l’Allianz Riviera n’est pas une minute comme les autres. Sur l’écran géant du stade s’affiche alors une photo de Kevin Anin, en hommage au numéro 17 qu’il portait lorsqu’il évoluait avec l’OGC Nice. De foot, il n’est plus question pour l’ancien milieu défensif âgé de 29 ans, victime d’un grave accident de la route qui l’a rendu paraplégique. Paralysé, il n’a plus l’usage de ses jambes. « Ce n’est pas de la souffrance, c’est de la gêne », confie-t-il dans un long entretien accordé à L’Équipe. « Il y a de nouvelles sensations que je ne connais pas, mais je ne souffre pas. Ou alors je vis avec. C’est bien, cela veut dire que mon corps n’est pas mort. »

Avant son accident, Kevin Anin avait la réputation d’un joueur ingérable, mal dans sa peau, presque dépressif, qui pouvait disparaître pendant plusieurs jours. Les conséquences de son accident semblent l’avoir apaisé. « Tu crois avoir tout vécu, le plus dur. Les croisés, par exemple, je pensais que c’était la blessure la plus grave pour un footballeur. Puis avec ma paralysie, je pensais avoir tout eu, alors que non. J’ai compris que j’ai eu de la chance, car j’ai encore mes bras. Avant de voir ce que tu n’as pas, regarde ce que tu as. J’ai appris ça », raconte-t-il.

Un homme apaisé

Ses anciens émoluments de footballeur lui permettent d’affronter son handicap dans des conditions plus aisées, puisqu’il a pu adapter son habitat (appareils de rééducation, piscine intérieure, ascenseur). « Cela dépend comment je vais dans ma tête, mais je travaille deux heures par jour », explique-t-il, alors que les médecins lui ont affirmé qu’il ne remarcherait plus jamais. Kevin Anin veut y croire malgré tout. « Je ne les écoute pas, tout est possible. Ce ne sont que des mots, c’est à moi de faire le nécessaire. C’est long mais un jour peut-être... ».

Le destin lui a réservé un parcours difficile mais Anin a su appréhender sa nouvelle condition. Au point même de se sentir apaisé. « J’ai tout ce qu’il faut, je ne marche pas, c’est tout. C’est bizarre, mais par rapport à avant, je respire. Si j’avais aujourd’hui mes jambes, si je jouais encore au foot, peut-être serais-je devenu fou ! » Un discours bouleversant de la part d’un joueur à part.