Entre la famille Kita et les entraîneurs du FC Nantes, l’histoire n’a jamais duré bien longtemps. Et quand Christian Gourcuff a débarqué cet été pour remplacer au pied levé Vahid Halilhodzic, les premières remarques sur le retour en Ligue 1 du Breton portaient essentiellement sur sa capacité à s’entendre avec un président grand consommateur d’entraîneurs. Mais depuis plus de deux mois, le FCN étonne. Sur le terrain, les partenaires de Nicolas Pallois sont deuxièmes du classement de Ligue 1, à seulement deux longueurs du Paris Saint-Germain. Un constat que personne n’aurait imaginé un an plus tôt, et surtout après la terrible saison 2018/2019 vécue par les Canaris.

Nantes parviendra-t-il à maintenir le cap ? À vrai dire, un tel sujet n’obsède pas les Jaune et Vert. Après de longs mois de galère, ils savourent l’arrivée de Christian Gourcuff et la sérénité qui va avec. Entraîneur de caractère, mais très expérimenté et étiqueté amateur de beau jeu, le Breton semble avoir opéré un tour de magie. À tel point qu’une nouvelle pour le moins inattendue a fait le gros titre : les Kita se sont entendus pour donner les pleins pouvoirs à Christian Gourcuff. Bientôt doté de pouvoirs élargis, l’entraîneur nantais veut, en quelque sorte, redorer le blason d’un club qu’il apprécie. En clair, en finir avec l’image d’un FCN instable et retrouver les fondations qui ont fait sa force par le passé. Présent ce midi en conférence de presse, l’intéressé a d’ailleurs évoqué cette nouvelle mission qu’il avait en tête, mais qu’il ne pensait pas recevoir aussi tôt.

« La première chose, c’est que la direction a choisi qu’on ait une politique technique définie qui se décline à tous les niveaux. C’est le plus important. Le président m’a confié la mission de mettre en place cette politique technique. Entraîneur, ça me va très bien, c’est mon boulot. Je vais rester entraîneur. Évidemment, ça veut dire aussi une projection dans l’avenir. Si je définis avec les éducateurs du club une politique technique générale, ça induit que je suis porteur du projet parce qu’il faut quelqu’un pour porter ce projet-là. La difficulté des clubs pros, c’est que les entraineurs sont de passage et ne veulent pas s’impliquer là dedans. Je n’ai pas eu de discussion avec le président sur la durée et les discussions contractuelles. Je suis très heureux qu’on me fasse confiance sur ce projet que j’ai mis en place à Lorient, que j’ai voulu mettre en place en Algérie et pour lequel on m’avait appelé à Rennes. C’est dans ma conception d’un club. Ce qui est important, c’est une question sur l’idée du jeu. Une question de sensibilité et de bien afficher cette sensibilité du jeu nantais comme on l’a connu. Après, c’est mettre en place des aspects concrets sur formation et objectifs de jeu. Je vais guider cette mise en place. (…) Ce n’est pas une révolution, c’est juste retrouver une sensibilité et l’afficher très clairement ».

« Je terminerai ma carrière à Nantes »

Faire revivre le jeu à la Nantaise, un objectif qui aura toutefois des conséquences sur le recrutement. « Ça induit dans le recrutement des joueurs dont l’intelligence est la qualité première. Il faut une base athlétique, mais c’est le dernier élément dans la hiérarchie. Ce sont des éléments comme ça qu’on va mettre en place. Après, chaque éducateur a sa sensibilité. Mais faut qu’il y ait une base commune qu’il faut définir. » Une stratégie sur le long terme à laquelle pourront être associés les jeunes du centre de formation auteurs d’une belle saison 2018/2019 en catégories inférieures (champions de France U17). Mais à 64 ans, Gourcuff aura-t-il l’envie de se projeter sur le long terme ? L’intéressé a sa réponse.

« Oui, mais ce n’est pas grave si je ne dure pas, j’ai un certain âge. Si mon remplaçant poursuit dans la même lignée… Il faut qu’il y ait une cohérence dans la transmission d’un coach à l’autre. Si le coach qui arrive est à l’opposé de ce que je veux faire, ce sera difficile. Ça fait partie de la réflexion avec le président. Ça se fait dans la sérénité. Je ne vais pas donner de noms de mon remplaçant, laissez-moi un peu savourer (rires). (…) Je terminerai ma carrière à Nantes, mais les aspects contractuels ne sont pas importants. Le plus important, c’était une volonté du club d’avoir une ligne directrice et c’est déjà une première victoire. C’est aussi parce que ça se passe bien, mais se projeter sur l’avenir, ça dépassé le cadre des derniers matches, sinon ça na pas beaucoup de sens. Je suis réaliste, j’ai 64 ans, j’en aurai 65 à la fin de l’année. j’espère que l’UNECATEF m’autorisera à prolonger. Il n’y a pas de calcul derrière. J’étais très bien en retraite, les choses se font normalement. C’est ça qui me donne une forme de sérénité que je peux transmettre au club et aux joueurs. Ça arrive très tôt, ce qui est une marque de confiance. Je suis très marqué par cette marque de confiance, ça décuple mon implication dans le club. » Visiblement, le FC Nantes et Christian Gourcuff se sont bien trouvés.