Cinq matchs de Ligue 1 au compteur, deux matchs de Coupe (dont un but en Coupe de la Ligue), Corentin Jean est encore un inconnu du grand public. Pourtant, jouer en Ligue 1 à seulement dix-sept ans est déjà un exploit. Lui qui avait commencé la saison en évoluant au sein de la réserve de l’ESTAC gravit les échelons à une vitesse folle. Pour sa toute première apparition chez les pros, en Coupe de la Ligue face à Rennes, il marque un but et donne la victoire à son équipe. Comme un grand, déjà.

Son entraîneur Jean-Marc Furlan l’a d’ailleurs vite compris. Et, s’il tente de protéger son jeune poulain, élève de Terminale STG, le technicien doit se rendre à l’évidence. Corentin Jean est spécial. « On est dans une société où on consomme tout, très vite. C’est un peu toxique car pour progresser il vaut mieux évoluer caché. Mais lui... Je l’ai pris dans le groupe pro en début de saison et je l’ai mis “au placard” pendant trois mois mais, très vite, j’ai vu qu’il faisait jeu égal avec les pros. Au bout d’un moment, tu ne peux plus te cacher. S’il joue, ce n’est pas parce qu’il est jeune mais parce qu’il est bon. Je ne suis pas Ancelotti, je n’en ai pas eu des dizaines de jeunes joueurs, mais c’est la première fois que j’en vois un comme lui. Athlétiquement, c’est du très, très haut niveau », témoigne-t-il dans les colonnes de L’Equipe. Il en sait quelque chose, c’est lui qui avait lancé un certain Blaise Matuidi au même âge.

« C’est un attaquant besogneux, pas avare de ses efforts. Il a une vivacité gestuelle, il crée des brèches, il n’est jamais à l’arrêt. Dans les appels, il est très intelligent », a expliqué Claude Robin quand il l’a découvert, à Blois. « Il n’a peur de rien, ce con ! Les tampons, il aime ça. Il est plus boucher que veau et c’est une qualité pour un attaquant ! », enchérit son entraîneur. Une motivation sans failles qui lui fait parfois défaut. Pour son premier match en championnat, face à Rennes, il se fait expulser. « Juste avant mon expulsion, j’ai eu droit à une superbe ovation du public pour ma première à la maison, je n’ai pas compris. Je voulais tout faire, tout donner, je courais partout. J’étais trop excité... »

Et le joueur dans tout ça ? Malgré son jeune âge, l’attaquant aubois garde la tête sur les épaules et se montre incroyablement mature. Une telle exposition, aussi soudaine, peut parfois monter à la tête de nos jeunes espoirs nationaux. Pour lui, ce n’est pas le cas. « Tout ce qui m’arrive, oui, ça va vite. Trop vite ? Je ne sais pas. Si j’en suis là, c’est grâce à mes parents et c’est que je le mérite, car j’ai travaillé pour. J’ai un bel avenir, j’ai de grosses qualités. » Confiant, mais pas arrogant, Corentin sait d’où il vient. « Franchement, je n’ai pas peur, j’avance. Je viens de Rougeou (Loir-et-Cher), un village de 150 habitants, la campagne. J’ai la tête sur les épaules, c’est ce qui me fera aller très loin. »

Au point de déjà imaginer un avenir en Bleu ? « Je ne serais pas sérieux si je répondais à cette question, tempère Jean-Marc Furlan. Qu’est-ce qui peut l’arrêter ? Pas son cerveau, déjà ! Je ne veux pas lui porter la guigne, mais je ne lui vois pas de limites. » Un destin déjà tout tracé s’offre à lui. Et le joueur, lucide, sait déjà les sacrifices que cela implique. « Je ne peux pas être comme les jeunes de mon âge, je ne peux pas manger n’importe quoi, sortir en boîte. Je ne veux pas faire n’importe quoi avec mon corps. » Corentin Jean, sûr de ses forces, déborde d’ambition. Il sait où il veut aller et ce qu’il doit faire pour y parvenir. La marque des plus grands.