Deux ans après la précédente manifestation nationale des supporters français organisée à Montpellier, c’est cette fois Lyon qui accueillait ce samedi un rassemblement similaire. Plus d’un millier de supporters se sont ainsi réunis en début d’après-midi devant le Virage Sud du Stade de Gerland. Un cortège particulièrement bruyant et coloré s’est par la suite élancé dans les rues de la capitale des Gaules, avant de rallier la place Bellecour où la manifestation s’est dispersée peu avant 18h. Cette manifestation a permis de fédérer une trentaine de groupes venus d’une vingtaine de villes d’Europe parmi lesquelles Paris, Lens, Metz, Strasbourg, Montpellier, Genève, Bruxelles, Vicenza, Grenoble ou Caen.

Souvent rivaux dans les tribunes, ces supporters ont fait front commun suite à un accident qui a sérieusement handicapé l’un des leurs. Le 19 octobre dernier, des échauffourées éclatent en marge du match entre l’Olympique Lyonnais et le Montpellier Hérault à Gerland. La police tente de séparer les belligérants aux abords du stade, à une heure du coup d’envoi. Alexandre Meunier, dit Lex, est alors atteint en plein visage par un tir de flash-ball alors qu’il circule dans la rue à 300 mètres de là, en se rendant dans sa tribune.

Une bavure aux effets irréversibles

« Monsieur Meunier a été victime de ce que nous qualifions comme une agression injustifiée », avance son avocat, Maître Florian Geloso. « Dans son malheur, il a eu beaucoup de chance. Il aurait pu perdre l’usage de son œil. Aujourd’hui les médecins, après avoir été plutôt pessimistes, se veulent rassurants. Il avait perdu l’usage de son œil gauche au cours d’un précédent accident du travail. A la suite de cette agression injustifiée, son œil droit présente une capacité visuelle réduite à 5/10e, sans correction possible. Aujourd’hui, on est là pour éviter que tout cela se reproduise », a-t-il expliqué.

Avant de poursuivre : « Nous espérons que les exploitations des différentes images de vidéo-surveillance, qui font partie de la procédure pénale, vont pouvoir mettre en lumière que Monsieur Meunier était tout à fait indifférent à ces altercations. […] Ce qui importe, c’est qu’il ne soit plus étiqueté comme un hooligan, mais bel et bien comme une victime. » Car au lendemain de ses 26 ans, Lex n’imaginait pas se retrouver dans pareille situation pour sa passion du football : « Ma vision est figée, elle ne pourra jamais s’améliorer. Mais j’ai de la chance, et encore je le dis, je suis fier d’être ce que je suis, « Ultra », parce que sans le soutien que j’ai eu, je n‘aurais pas le moral que j’ai aujourd’hui. Et rien que pour ça, je suis fier de tout ce mouvement autour de moi. »

Un mouvement qui s’est traduit par un rassemblement plutôt rare de nombreuses composantes de ceux qui font vivre les tribunes françaises et européennes. Derrière une bâche barrant la largeur de la rue où l’on pouvait lire « Lyon pour un football sans flash-ball », ce sont des groupes parfois rivaux qui ont marché épaule contre épaule. Tant pour apporter un soutien moral à Lex que pour appeler ensemble à l’interdiction des lanceurs de balles en caoutchouc autour des stades. Le déroulement de la marche sans le moindre incident et dans une ambiance bon enfant a permis de « prouver la maturité du mouvement », confie un responsable du Virage Sud lyonnais. « Il faut que ça soit un début, pas une fin », lance à son tour un leader parisien. Une marche qui ne devrait de toute façon pas rester sans lendemain puisque des échanges ont eu lieu pour définir de nouvelles actions à l’avenir. Et ainsi agir avant qu’un nouvel accident ne survienne.