Une réputation à tenir. En quelques mercatos, l’OGC Nice s’est forgé une réputation de club habitué à faire de très jolis coups. En 2015, les pensionnaires de l’Allianz Riviera ont misé sur Hatem Ben Arfa. Le Français, parti depuis au Paris Saint-Germain, était un vrai pari puisqu’il était dans le creux de la vague. Un pari plus que réussi. En 2016, les Niçois ont tenté le coup Mario Balotelli. L’Italien s’est plutôt bien acclimaté, lui qui a claqué 11 buts en 16 rencontres toutes compétitions confondues. Après une belle première partie de saison, le club entraîné par Lucien Favre voulait encore être fidèle à sa réputation cet hiver. Deux joueurs placardisés étaient dans le viseur des Aiglons.

Les échecs Grenier et Memphis

Le premier a été Clément Grenier. Au fond du gouffre à l’Olympique Lyonnais, le milieu de terrain n’avait joué que 55 minutes cette saison. Un départ était donc obligatoire pour l’international tricolore. Et Nice a tenté sa chance pour le joueur qui a finalement été prêté à l’AS Roma. Dans un entretien accordé au site du club, le président Jean-Pierre Rivère a fait le point sur cette piste : « Clément avait envie de venir chez nous, et on en avait envie également. C’était un pari aussi, puisque c’est un joueur qui était en échec. Et selon la même logique, on ne pouvait pas prendre un risque financier important dessus. Lyon avait des exigences irréalisables pour nous. Nos conditions n’ont pas convenu à l’OL. Ou du moins on peut penser que les Lyonnais auraient fini par dire oui mais ils ont eu avant l’opportunité de l’AS Roma. Et évidemment ils l’ont saisie parce que dans le fond, ils n’avaient pas du tout envie de nous renforcer ».

L’Olympique Lyonnais a décidément plombé le mercato des Aiglons. En effet, la deuxième cible hivernale de Nice était Memphis Depay. Lui aussi était dans une situation délicate à Manchester United, où José Mourinho ne comptait guère sur lui (8 matches toutes compétitions confondues lors de la première moitié de saison). Mais le Néerlandais a opté pour les Gones. « Je suis fataliste. Les choses qui doivent se faire, se font. Celles qui ne se font pas, c’est qu’elles ne devaient pas se faire. Depay était en difficulté dans son club. Un joueur dans sa situation, on doit l’avoir dans des conditions financières intéressantes. On voulait un prêt. Lyon a choisi de faire un gros investissement. On verra la suite de l’histoire ». Si Nice a été en échec sur ces deux dossiers, le président n’a aucun regret : « Quand il y a des rumeurs, nécessairement les gens sont en attente. Quand elle n’est pas comblée, les supporters peuvent se laisser à dire "pfff, petit mercato". Alors que non, il n’y avait pas un autre mercato à faire pour nous ».

Rivère revient sur la stratégie de Nice

Malgré tout, ce marché a permis aux Aiglons de voir qu’ils étaient passés dans une autre dimension. L’attitude des grands clubs français a été différente selon le patron de l’OGCN : « C’est une certitude. Ceux que l’on appelle les "gros" clubs ont été très clairs. Ils nous ont dit qu’ils n’étaient pas disposés à faire certaines choses avec nous aujourd’hui, parce qu’ils ne souhaitaient pas nous renforcer. C’est compréhensible. Si nous avions été quinzièmes du championnat, nous aurions eu accès à des joueurs qui nous ont été refusés lors de ce mercato ». Le club a tout de même enregistré deux arrivées cet hiver. « Le mercato a été conforme à nos attentes et besoins. Nous souhaitions recruter un milieu et un joueur de couloir. Nous les avons. Un joueur expérimenté, Obbadi, vient nous apporter ses qualités, ainsi qu’un jeune joueur, Srarfi, qui a beaucoup de talent, mais à qui il reste encore beaucoup de travail à réaliser. C’est ainsi également un mercato tourné vers l’avenir. Donc, un mercato équilibré pour les perspectives à court et long terme ».

Il y a eu tout d’abord Mounir Obbadi. « On concrétise parfois des dossiers au dernier moment, mais parce qu’ils sont compliqués à réaliser. Obbadi, on le suit depuis plusieurs années. On avait failli le recruter il y a deux ans. Il était alors parti en Italie. Et là, il a fallu attendre qu’il se libère de Lille », précise Jean-Pierre Rivère qui enchaîne ensuite avec le deuxième renfort des Aiglons, Bassem Srarfi : « C’est un dossier sur lequel nous travaillons depuis longtemps, on avait déjà la concurrence étrangère et, à la fin, des clubs ont pratiqué des surenchères importantes parce que notre intérêt est sorti dans les médias. C’est pourquoi le mensonge est presque obligatoire pour nous vis-à-vis de la presse, en période de mercato. Dès que certains clubs savent que Nice est sur un joueur, ils savent qu’ils ont aussi les moyens de le faire venir. Srarfi, cela fait plus d’un an et demi qu’on le suit. 18 mois pour prendre des contacts avec le joueur, avec son club, visionner, aller l’observer à plusieurs reprises en Tunisie... Il y a une multitude d’étapes. C’est un long travail collectif ». La carte du mensonge a payé pour Nice dans ce vaste poker menteur qu’est le mercato.