Le 8 mai dernier, à la Johan Cruyff ArenA, Mauricio Pochettino pouvait laisser aller son émotion au coup de sifflet final de la demi-finale retour de C1 entre l’Ajax et Tottenham (2-3), où les Londoniens sont allés décrocher une qualification avec les tripes. Le coach argentin, en larmes après le but libérateur de Lucas Moura à la dernière minute de jeu (90+6e), a permis aux Spurs de devenir le huitième club anglais à atteindre une finale de C1*. Ce sera la cinquième finale européenne de l’histoire de Tottenham, après trois finales de C3 (deux succès) et une de C2 victorieuse. Ce sera peut-être la plus belle, si les Londoniens viennent à bout des Reds.

Avant ce rendez-vous au Wanda Metropolitano, Tottenham a déjà connu des belles épopées en Coupes d’Europe. En comptant cette année, les Lilywhites ont participé au total à cinq éditions de C1, six de C2 et quinze de C3. Ce n’est que depuis 2006 qu’ils participent chaque année à la Coupe d’Europe, excepté en 2008/2009 où ils finissent 8e de la Premier League et ne sont pas qualifiés en Europe pour la saison suivante.

Une première participation encourageante

Pour assister à leur première apparition sur la scène européenne, il faut remonter au 13 septembre 1961, au stade de Silésie, à Chorzów (Pologne). Ce jour-là, Tottenham rencontre le Górnik Zabrze en tour préliminaire de la Coupe des clubs champions européens (C1), cinq mois après avoir été champion de D1 anglaise. Les Anglais chuteront en terre polonaise (4-2), mais cela ne les empêchera pas de fesser leur adversaire à domicile au retour (8-1). Menés par un trio d’attaque de feu (Cliff Jones, Bobby Smith et Terry Dyson), bientôt rejoints en décembre 1961 par Jimmy Greaves (meilleur buteur de l’histoire du championnat anglais), les Spurs iront jusqu’en demi-finale de la compétition, sortis par le futur vainqueur Benfica (4-3 au terme des deux confrontations), avec plusieurs décisions arbitrales litigieuses (deux buts refusés à l’aller, un au retour).

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Mais au coup de sifflet final, leur capitaine, Danny Blanchflower, préférait retenir l’émotion vécue en Coupe d’Europe, un sentiment qu’il juge unique : « Il serait difficile de concevoir une compétition de football plus puissante ou plus populaire. Jouer en Coupe d’Europe a été la plus grande expérience émotionnelle de ma carrière. » Cela tombe bien, il aura l’occasion de revivre une telle expérience à deux reprises (il prendra sa retraite en 1964), mais à l’échelon inférieur, en C2.

Le succès puis la foudre

Pas de quoi le démotiver pour autant, lui qui soulèvera en 1963 l’un des plus beaux trophées de l’histoire de Tottenham, la Coupe des Coupes, qui constitue le premier tournoi européen remporté par une équipe anglaise. Après avoir écarté les Glasgow Rangers, le Slovan Bratislava et l’OFK Belgrade, les Londoniens affrontent en finale le tenant du titre et favori, l’Atlético de Madrid. Le discours de Blanchflower (surnommé le « poète ») en avant-match, interrompant la causerie de son coach pour prendre la parole, sera déterminant. « Danny a abaissé les mérites des Espagnols et nous a rappelés à tous nos qualités supérieures, en tant qu’individus et en tant qu’équipe », confiait l’attaquant Jimmy Greaves après la finale. Ce dernier sera d’ailleurs l’un des grands artisans de la victoire 5-1 des siens sur l’Atlético, inscrivant notamment un doublé, comme Dyson.

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Après ces deux belles premières expériences, il faudra attendre une dizaine d’années pour revoir Tottenham briller en Europe. Les Spurs se font éliminer par le Manchester United de Bobby Charlton, à Old Trafford, en 8e de finale de C2 en décembre 1963 (défaite 4-1 après un succès 2-0 à l’aller), et par l’Olympique Lyonnais de Fleury Di Nallo, toujours en 8e de C2, en décembre 1967 (défaite 1-0 à l’aller et victoire 4-3 à domicile, mais ils sont éliminés par la règle du but à l’extérieur, apparue deux ans avant). Surtout, Tottenham est marqué par la mort, à seulement 27 ans, de son milieu de terrain John White (deuxième buteur de la finale remportée contre l’Atlético en 1963), frappé par la foudre à l’été 1964, alors qu’il jouait au golf. Son décès laisse un vide sur le terrain et dans le vestiaire de White Hart Lane, lui qui était apprécié par ses coéquipiers et était si précieux au jeu de son équipe, avec toujours un temps d’avance sur les autres dans les transmissions de balle. Surnommé « The Ghost » (Le Fantôme) en raison de sa capacité à glisser sur le terrain, sa mort marque la fin d’une époque dorée pour Tottenham (qui a toujours fini dans le top 4 en championnat avec White).

Bagarre avec les hooligans du Feyenoord

Il faut attendre 1971/1972 pour revoir les Londoniens sur la scène européenne, avec les premiers pas en C3 cette fois-ci. L’équipe est menée par un nouvel effectif de joueurs, avec notamment des meneurs tels que Steve Perryman (joueur le plus capé de l’histoire de Tottenham, avec 854 matches) dans l’entrejeu, Martin Chivers et Alan Gilzean en attaque. De façon cynique, ce dernier marque la rupture avec l’ancienne génération des Lilywhites, puisqu’il avait été repéré par les recruteurs londoniens lors du match hommage à John White, en décembre 1964, quand Tottenham avait affronté une sélection de joueurs écossais. En 1972, sous la houlette de l’entraîneur Bill Nicholson, au poste depuis 1958, les Spurs vont remporter leur deuxième trophée européen, la Coupe UEFA (pour sa première édition), en s’imposant en finale contre Wolverhampton (1-2 ; 1-1), après avoir notamment sorti l’AC Milan en demi.

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Aucun joueur présent lors de la finale contre les Wolves n’était là lors de la finale de C2 contre l’Atlético neuf ans plus tôt. C’est globalement le même effectif qui atteindra la demi-finale de C3 l’an suivant (éliminé par Liverpool), puis de nouveau la finale en 1974, contre le Feyenoord Rotterdam. Les Spurs chuteront contre les Néerlandais (2-2 ; 2-0), mais ce qui retient le plus l’attention lors de cette double confrontation, ce sont les multiples violences qui ont éclaté entre les hooligans des deux équipes, notamment au retour aux Pays-Bas, où des fans anglais sont allés en découdre en tribunes avec ceux du Feyenoord. Des actes que condamne le coach, Bill Nicholson : « Vous, hooligans, êtes une honte pour Tottenham et une honte pour l’Angleterre. Ceci est un match de football, pas une guerre. » Le tacticien anglais prendra d’ailleurs sa retraite en septembre de la même année, dégoûté par cette violence et les demandes d’augmentations de salaire de certains cadres. En son hommage, une rue porte aujourd’hui son nom, la « Bill Nicholson Way », juste à côté de White Hart Lane.

La C3, dernier succès européen de Tottenham

Ce départ va entraîner une période creuse pour Tottenham, qui connaît même un passage en deuxième division (1977/1978), avant de revenir en Europe en 1981. Vainqueurs de la FA Cup 1981, les Londoniens retrouvent la C2, treize ans après leur dernière participation, et se hissent jusqu’en demi-finale, où ils tombent face au futur vainqueur de l’épreuve, le FC Barcelone (1-1 ; 1-0). L’année suivante, ils chutent au second tour contre le Bayern Munich de Karl-Heinz Rummenigge (1-1 ; 4-1), avant de les retrouver en 8e de finale de C3 en 1983/1984. Cette fois-ci, les Spurs prennent leur revanche (1-0 ; 2-0), puis éliminent l’Austria Vienne et Hajduk Split, avant de rencontrer le tenant du titre, Anderlecht, en finale.

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Ce choc débouchera sur deux rencontres extrêmement serrées, avec Anderlecht qui résiste aux assauts des hommes de Keith Burkinshaw (arrivé sur le banc en 1976), privé pour l’occasion de ses trois meneurs de jeu : Steve Perryman (qui se blesse entre les deux matches), Glenn Hoddle et Osvaldo Ardiles. Après le 1-1 à l’aller en Belgique, un événement va changer la physionomie du match retour : l’entraîneur, Keith Burkinshaw, annonce à ses joueurs qu’il partira après la finale. Cela va générer un déclic dans son effectif : « Nous voulions gagner pour notre boss, confie aujourd’hui le capitaine de l’époque Graham Roberts. Keith ne nous avait jamais vraiment dit avant cette semaine qu’il allait quitter le club. » À Londres, Tottenham est mené 0-1, jusqu’à ce que Roberts égalise à six minutes du terme. Aucune équipe ne prend l’avantage en prolongation, ce qui conduit à la fatidique séance de tirs aux but. C’est là que se révèle le vrai héros de la finale, Tony Parks, jeune portier de 21 ans de Tottenham, qui remplace le titulaire habituel Ray Clemence, blessé. Parks sort les deux dernières frappes, celles de Morten Olsen et Arnor Gudjohnsen, ce qui permet aux Lilywhites de remporter la C3 (1-1 ; 1-1, 4-3 t.a.b.), leur troisième et, jusqu’à aujourd’hui, dernier trophée européen. « C’est un de ces matches pour lequel vous vous dites : "quelle chance j’ai eue d’en faire partie" », indiquait Burkinshaw récemment.

Seulement cinq participations en C1 dans l’histoire

Depuis, Tottenham a connu quelques participations en Coupe d’Europe, avant d’en être un habitué depuis 2006, jusqu’à retrouver la C1 en 2010, pour leur deuxième participation à la compétition, la première depuis 1962. Emmenés par Gareth Bale, les Londoniens réalisent cette saison-là leur meilleur parcours européen de ces récentes années, avec une belle première place en poule (devant le tenant du titre l’Inter Milan), un succès contre l’AC Milan en 8e (0-1 ; 0-0), puis une sévère élimination en quarts face au Real Madrid de Cristiano Ronaldo (4-0 ; 0-1).

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Suivront cinq saisons en Ligue Europa, puis de nouveau la C1 depuis 2016. Reversé en C3 cette année-là, suite à sa 3e place en phase de groupe, Tottenham est éliminé dès les 8e de finale de C1 la saison suivante, par la Juventus de Turin. Alors que les Lilywhites avaient réussi une brillante première partie de compétition, finissant invaincus en poule devant le Real Madrid, ils se font surprendre à Wembley (1-2), après être allés chercher un bon nul au Juventus Stadium (2-2). Désormais, en cette année 2019, leur superbe parcours (éliminations de Dortmund, Manchester City et de l’Ajax) leur permet d’atteindre pour la première fois la finale de la Ligue des champions, contre Liverpool. Une équipe qu’ils ont affrontée sur une seule confrontation aller-retour en Coupe d’Europe, lors de la demi-finale de la Coupe UEFA 1973 (élimination 1-0 ; 2-1). Une équipe contre laquelle les Spurs donneront tout, pour devenir le 23e club de l’histoire à soulever la Coupe aux grandes oreilles.

* Les précédents clubs anglais à avoir atteint une finale de C1 sont : Liverpool (9 finales), Manchester United (5), Chelsea et Nottingham Forest (2), Arsenal, Aston Villa et Leeds (1).

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