L’an dernier, le Zenit essuyait l’une des pires saisons de son histoire récente. Pourtant, en tête du championnat entre la 4e et la 14e journée et pouvant compter sur un système de jeu bien rôdé, le club basé à Saint-Pétersbourg s’est totalement écroulé. Entre les graves blessures d’Aleksandr Kokorin et d’Emanuel Mammana ainsi que les sollicitations de la sélection italienne envers le coach de l’époque, Roberto Mancini, le club bleu et blanc a terminé cinquième. Devancé par le Lokomotiv Moscou, le CSKA Moscou, le Spartak Moscou et le FK Krasnodar, le club russe loupait de nouveau la qualification pour la Ligue des Champions. Une nouvelle désillusion pour le club qui n’a plus participé à l’épreuve depuis la saison 2015-2016.

Une révolution en interne était inévitable. Logiquement, Roberto Mancini quittait le club pour rejoindre la sélection italienne tandis que l’emblématique capitaine, Domenico Criscito revenait en Italie (au Genoa) après 7 saisons passées en Russie. Dès lors, un mercato de tous les dangers s’annonçait pour le Zenit. Voulant tout d’abord trouver un nouveau coach pour mener le futur projet, le club russe a multiplié les pistes. Aussi bien à l’étranger - Arsène Wenger (libre), Maurizio Sarri (Naples), Laurent Blanc (libre), Luciano Spalletti (Inter) ou encore Dick Advocaat (Sparta Rotterdam) - que sur le territoire russe avec Kuban Berdyev (Rubin Kazan), Victor Goncharenko (CSKA Moscou) et Sergey Semak (FK Ufa). Le choix s’est finalement posé sur le dernier avec une volonté de remettre une touche russe dans l’effectif.

Une arrivée loin d’être clinquante

Ancien joueur du Zenit avec qui il a remporté le titre en 2010, le milieu de terrain passé au PSG sortait d’une saison et demie prometteuse avec le FK Ufa. Pour sa première expérience en tant que coach principal, il a réussi à maintenir facilement le club bashkir (7e sur 16) en arrivant en décembre après un début de saison compliqué. Des débuts convaincants qui ont poussé les dirigeants à le conserver. Lors de l’exercice 2017/2018, il construit une équipe solide avec notamment le Nigérian Sylvester Igboun en pointe (7 buts) et qualifie le club pour la Ligue Europa avec une belle sixième place.

Des références légères pour les dirigeants du Zenit, mais le potentiel de Sergey Semak a prédominé dans l’esprit des dirigeants. De plus, son passage en tant que joueur a laissé de bons souvenirs dans l’ancienne capitale de la Russie. Pour son premier mercato, il ne fait pas de folie et préfère faire confiance au groupe qu’il a en main. Prêtés, Artem Dzyuba (Arsenal Tula), Christian Noboa (Rubin Kazan), Hernani (Saint-Étienne), Oleg Shatov (Krasnodar), Luis Neto (Fenerbahce) et Robert Mak (PAOK Salonique) effectuent leur retour à Saint-Pétersbourg. Le club s’autorisera néanmoins une petite folie avec l’arrivée de Claudio Marchisio (libre) en provenance de la Juventus.

Voulant redonner sa chance à certains joueurs qui restaient en difficulté, il réinstalle une concurrence au sein du groupe. Ainsi, Artem Dzyuba, Christian Noboa, Oleg Shatov et Robert Mak reprennent place dans le onze aux côtés des indiscutables Leandro Paredes et Branislav Ivanovic. Cela démarre parfaitement avec deux succès (Yenisey 2-0 et Arsenal Tula 1-0). Toutefois, il rencontre très vite son premier échec. Voulant faire tourner son effectif lors du 3e tour de qualification de la Ligue Europa, il subit une humiliation contre le Dynamo Minsk (4-0). Un résultat très surprenant face à une équipe censée être bien plus faible. Pourtant, le Zenit parvenait à retourner la situation en s’imposant (8-1 après prolongations) dans un match dingue.

Des bons débuts, mais un essoufflement à mi-saison

Il réussira à rallier la phase de poules de la Ligue Europa et conserve son invincibilité pendant les 8 premières journées de la Russian Premier League (7 victoires et 1 match nul). S’il est difficile de trouver la trace d’une identité de jeu, Sergey Semak fait preuve de pragmatisme et parvient à tirer le maximum de son effectif. Un principal problème persiste : les blocs bas. En lutte pour le maintien, l’Anzhi Makhatchkala (2-1) et le Dinamo Moscou (1-0) parviendront à ramener les trois points contre le leader. Le début de saison rêvée du Zenit lui permet néanmoins d’être sacré champion d’hiver, même si la machine déraille.

Lors des quatre derniers matches avant la trêve hivernale, l’équipe de Sergey Semak connaît trois défaites face au CSKA Moscou (2-0), à l’Arsenal Tula (4-2) et au Rubin Kazan (2-1). Toujours en tête, le Zenit ne compte néanmoins plus qu’un point sur son plus proche rival, le FK Krasnodar. Le rapport de force semble s’inverser et les Byki présentent davantage de certitudes avec un jeu bien huilé et des individualités de qualité (Victor Claesson, Wanderson, Mauricio Pereyra, Ivan Ignatyev ou encore Magomed Shapi-Suleymanov). Même le CSKA Moscou et le Lokomotiv Moscou semblaient mieux armés que le Zenit où seuls Artem Dzyuba, Branislav Ivanovic et Leandro Paredes surnageaient. C’est d’ailleurs ce dernier qui va conditionner la fin de saison des bleus et blanc.

Le PSG a armé le Zenit pour le titre

Incroyable de régularité durant la moitié de saison, l’Argentin a été l’un des meilleurs joueurs du championnat et le Paris Saint-Germain ainsi que Chelsea viennent aux nouvelles. Finalement, ce sont les Parisiens qui parviennent à décrocher la signature du milieu de terrain pour 40 millions d’euros et 7 millions d’euros de bonus. Une somme importante qui remplit les caisses du Zenit. Le club n’hésite pas à réinvestir cette somme immédiatement pour se renforcer à chaque ligne. Tout d’abord, le Colombien Wilmar Barrios (25 ans) débarque de Boca Juniors pour 15 millions d’euros et remplace Leandro Paredes au cœur du jeu.

Puis c’est au tour du défenseur ukrainien Yaroslav Rakitskiy (29 ans) de venir prêter main-forte à une défense en délicatesse. Patron du Shakhtar Donetsk depuis plusieurs saisons, il dispose de belles références et d’une sublime patte gauche utile sur coup de pied arrêté. Enfin, Sardar Azmoun (24 ans) arrive en provenance d’un Rubin Kazan en difficultés financières pour 12 millions d’euros. Valeur sûre du championnat, l’Iranien voyait là la possibilité d’obtenir plus de visibilité après une saison et demie compliquée dans l’équipe de Kurban Berdyev. Dans une situation difficile à l’Atalanta, l’Argentin Emiliano Rigoni (26 ans) effectue lui aussi son retour puisque son prêt est cassé.

Après une préparation hivernale compliquée (le championnat russe s’est arrêté pour le Zenit entre le 9 décembre et le 2 mars), le club doit affronter Fenerbahçe en seizièmes de finale de la Ligue Europa. Favoris, les Russes prennent l’eau contre des Turcs survoltés et n’arrivent pas à proposer grand-chose. Logiquement, ils s’inclinent 1-0. Dos au mur, les bleu et blanc parviennent néanmoins à retourner la situation dans leur stade Krestovski grâce à un grand Sardar Azmoun auteur d’un doublé. Défensivement, le tandem Ivanovic-Rakitskiy apporte davantage de stabilité et le club de la Venise du Nord s’impose 3-1. Si le parcours en Ligue Europa s’arrête au tour suivant contre Villarreal, ce match aura servi de base au Zenit pour le championnat.

Sergey Semak a trouvé la formule gagnante

Avec des victoires contre Ural (1-0) et Ufa (2-1), un nul contre le Spartak (1-1) puis un succès contre Orenbourg (3-1), le Zenit a enfin trouvé la formule gagnante. Un 4-4-2 offensif où Artem Dzyuba et Sardar Azmoun sont soutenus par les Argentins Emiliano Rigoni et Sebastian Driussi. Un cran plus bas Wilmar Barrios se charge de l’équilibre de l’équipe aux côtés de Christian Noboa ou Magomed Ozdoev. Les bons résultats se succèdent et le club ne concède pas la moindre défaite en championnat en 2019. Mieux, les concurrents (Lokomotiv Moscou, Krasnodar et CSKA Moscou) se prennent les pieds dans le tapis.

Au niveau du jeu, ce n’est pas encore du football champagne, mais offensivement l’équipe se montre plus entreprenante (23 buts en 10 matches depuis la reprise du championnat). Une métamorphose due à ses recrues et notamment à Sardar Azmoun. Intenable depuis son arrivée dans l’ancienne cité des tsars, l’Iranien a inscrit 8 buts en 10 matches de championnat (3 en 4 matches de Ligue Europa) et se retrouve meilleur buteur de la Premier League Russe avec 12 réalisations (égalité avec Fedor Chalov). Défensivement, le club de Saint-Pétersbourg connaît quelques trous d’air néanmoins même si l’attaque parvient à compenser.

Le 20 avril, le Zenit se déplace à Krasnodar pour un match fou qui lui permet de prendre définitivement le large sur ses rivaux. Dans le temps additionnel, Mauricio Pereyra (90e +1) parvient pourtant à égaliser à 2-2 pour les Bykis, mais Artem Dzyuba veut absolument remporter le premier titre de champion de Russie de sa carrière. D’une tête après six minutes de temps additionnel, il donne la victoire au Zenit (3-2). Après deux nouvelles victoires et un match nul contre l’Akhmat Grozny (1-1), l’équipe de Sergey Semak s’offre une balle de match. En cas de défaite du Lokomotiv Moscou contre l’Arsenal Tula le titre sera acquis.

La méritocratie au-delà du statut

C’est dans l’avion qui les ramène à Saint-Pétersbourg que les joueurs apprennent la défaite des Cheminots (2-0). Quatre ans après, le Zenit est de nouveau champion de Russie. Un titre qui ne souffre d’aucune contestation, car le club aura été en tête du championnat de la première à la dernière journée. Un succès pour lequel Sergey Semak a eu un rôle primordial. Capable de faire des choix forts, il n’a pas fait de cadeaux aux cadres de l’équipe en privilégiant tout au long de la saison la forme du moment. Le milieu de terrain italien Claudio Marchisio est notamment devenu remplaçant malgré son expérience et son statut (il a ensuite eu des problèmes de tissus cartilagineux).

Revenu d’un prêt raté en milieu de saison, Emiliano Rigoni a eu son rôle à jouer en fin de saison tout comme Magomed Ozdoev qui était au placard. Au niveau du jeu, Sergey Semak a eu des difficultés à installer sa philosophie et à trouver un système viable, mais la fin de saison et la mise en place d’un 4-4-2 offensif laisse entrevoir de grandes choses pour la saison prochaine. Sacré 5 fois en tant que joueur (2002 et 2003 avec le CSKA Moscou, 2008 et 2009 avec le Rubin Kazan et 2010 avec le Zenit), il devient le premier à également être sacré champion de Russie en tant qu’entraîneur. Une performance qui laisse entrevoir une belle carrière sur les bancs de touches pour l’ancien parisien.

Sergey Semak a mis tout le monde d’accord

Les critiques ont été unanimes. Actuellement en Chine au Shanghai SIPG, le Brésilien Hulk n’a pas manqué de féliciter celui qui était son coéquipier pendant un an au Zenit dans une interview pour Sport Express : « je suis très heureux pour Semak qu’il soit devenu l’entraîneur du Zenit et qu’il ait remporté le titre avec l’équipe. Il est bien connu au sein de l’équipe et par les supporters, il est venu et a réussi à mettre en place son jeu. C’est un homme avec un grand cœur. Il m’a beaucoup aidé lorsque je suis arrivé au club. Semak mérite le respect et l’admiration. C’est un combattant, il l’était en tant que joueur de football et il l’est toujours en tant qu’entraîneur. J’espère qu’il gagnera plus qu’un titre avec le Zenit et qu’il deviendra un entraîneur célèbre. »

Ancien entraîneur du Zenit, le Roumain Mircea Lucescu a également félicité celui qui a été son adjoint (avant de débuter en tant qu’entraîneur principal, Sergey Semak a été adjoint de Luciano Spalletti, André Villas-Boas et donc Mircea Lucescu au Zenit. Il a également collaboré avec Fabio Capello au sein de la sélection russe.) Pour lui, ce succès n’a rien de surprenant comme il l’a expliqué à Sport Express : « Sergey a une expérience formidable avec moi, avec Spalletti, avec Villas-Boas, avec Capello. Indépendamment, Semak a travaillé à Ufa. Son atout principal est une excellente connaissance du championnat et des joueurs. La tâche était d’arrêter ce qui se passait la saison dernière, et c’était fait. »