La précocité est un concept qui est de plus en plus banalisé dans le football. Martin Odegaard qui rejoint le Real Madrid à 15 ans, Kylian Mbappé qui remporte la Coupe du monde à 19 ans ou encore Moïse Kean qui devient à 17 ans, le premier joueur né dans les années 2000 à marquer dans un des cinq plus grands championnats européens. Nombreux sont les exemples de joueurs qui étalent leur talent dès les premiers coups de crampons. Sergey Pinyaev a également refusé de prendre le temps. Né le 2 novembre 2004, ce jeune attaquant de 14 ans connaît une trajectoire ascendante et ne cesse d’impressionner. Au point d’être suivi par de nombreuses équipes européennes alors qu’il n’a pas disputé le moindre match avec une équipe professionnel.

Originaire de Saratov, sur les bords de la Volga, Sergey Pinyaev a été plongé dans le sport dés le plus jeune âge. Son père est entraîneur de football tandis que sa mère a une carrière dans l’athlétisme. Logiquement, il a suivi la voie de ses parents et a opté pour le football. Passé par le centre de formation du Lokomotiv Moscou, il a rejoint le FK Chertanovo le 1er janvier 2015 avec lequel il s’illustre désormais. Une formation dans laquelle il s’est rapidement acclimaté. Promu en D2 russe à la fin de la saison dernière, le club de la banlieue de Moscou est actuellement quatrième de son championnat. Cela signifie qu’il est provisoirement barragiste pour une montée en Russian Premier League. Sergey Pinyaev est encore loin de cette bataille de la montée puisqu’il évolue avec les équipes jeunes. Toutefois, il rentre parfaitement dans la philosophie du FK Chertanovo.

Un club-académie

Fondé en 1993, le FK Chertanovo n’est pas un club comme les autres. Assez unique dans son organisation, le club a une ligne sportive claire et établie : utiliser uniquement les joueurs de son centre de formation. Longtemps irrégulière, la formation de la banlieue de Moscou a connu un véritable essor depuis 2008 avec les arrivées de Nikolay Larin et Dmitri Poliatskin. Interrogé par nos soins, le premier nommé nous a expliqué le travail en profondeur réalisé à cette époque : « tout d’abord, nous avons réussi à constituer une équipe de professionnels aux vues similaires, comprenant des entraîneurs de haut niveau. Ensuite, nous avons vraiment amélioré l’infrastructure de notre académie. Nous avons d’abord ouvert un internat pour pouvoir accueillir des jeunes talentueux de toute la Russie. Quelques années plus tard, un stade a été construit. »

« En 2008, l’Académie Chertanovo occupait la 28e place au classement des écoles de sport à Moscou. Aujourd’hui, c’est l’une des meilleures académies du pays. Je noterai que les équipes de Chertanovo ne jouent dans les divisions professionnelles qu’avec leurs jeunes du centre de formation. C’est un cas unique pour la Russie et une rareté pour l’Europe » a-t-il poursuivi. Une politique qui porte ses fruits depuis plusieurs années. Passé de la cinquième division à la deuxième en quelques années, le FK Chertanovo montre qu’il est possible d’avoirs des résultats avec des jeunes éléments. La confiance donnée aux joueurs est primordiale selon Nikolay Larin : « bien sûr, les jeunes joueurs sont irréguliers. Nous avons eu un exemple d’une telle irrégularité dans un match contre le FK Sochi cette saison. Il s’est terminé avec une défaite 6-2. Mais c’était un cas unique pour l’équipe. En général, le talent de nos joueurs leur permet de jouer contre des rivaux beaucoup plus expérimentés, y compris des étrangers, avec beaucoup de confiance et de succès. Nos résultats cette saison le confirment. Il est très important que nos entraîneurs aient une confiance absolue dans chaque joueur et leur niveau. »

Choyés et protégés, les joueurs du FK Chertanovo se retrouvent dans un cocon sans pour autant être bloqués : « les joueurs principaux ne quittent pas notre académie. Il est presque impossible de les attirer à cause de contrats (difficile de recruter un joueur mineur ndlr.). En ce qui concerne l’équipe senior, si un autre club fait une offre spécifique, nous en informons le joueur. Ce dernier décide de tenter sa chance et de nous laisser pour un grand club et un salaire beaucoup plus élevé ou de rester. Dans tous les cas, la gestion de Chertanovo agit dans l’intérêt du joueur. Et le dernier mot est le sien. » L’état d’esprit du club est donc de couver ses joueurs et de les laisser libres dans leurs décisions s’ils souhaitent franchir un cap. Et quid de Sergey Pinyaev ?

Un diamant qui est en train d’être poli

Actuellement, le natif de Saratov évolue au sein des équipes jeunes du FK Chertanovo. Parfaitement acclimaté dès le début, il profite d’un contexte idéal pour parfaire son apprentissage comme l’explique Nikolay Larin : « au quotidien, il n’a eu aucun problème dès le début. Nous avons une atmosphère familiale et amicale à l’académie, il a facilement rejoint l’équipe et s’est senti à l’aise. Mais il est intéressant de noter qu’au début, il n’a pas démontré un jeu aussi vivant que maintenant. Je pense que c’est le travail de nos entraîneurs qui lui a permis de révéler pleinement son talent. » Footballeur complet, le jeune attaquant dispose de grandes qualités techniques et il est un dribbleur accompli. Habile des deux pieds, il peut se distinguer avec des gestes de classe, comme ce magnifique coup du foulard avec les U16 du Chertanovo Moscou face aux jeunes du CSKA Moscou il y a quelques temps.

Très impressionnant dans les catégories jeunes, il a même été surclassé avec la sélection russe U16. Il est d’ailleurs le seul joueur né en 2004 à évoluer à ce niveau. Dès lors, ses débuts avec un effectif professionnel se font attendre. Sans pour autant se précipiter, le président de Chertanovo, Nikolay Larin estime que ce sera un bon test pour lui de se frotter à un niveau professionnel : « il n’a eu que 14 ans en novembre. Cette saison (jusqu’en mai), il ne jouera pas pour la première équipe qui évolue en FNL (D2 russe). Mais il fera certainement ses débuts avec notre deuxième équipe professionnelle, qui joue dans la Ligue de football professionnel (D3 russe) cette saison. Nous espérons que cette expérience de joueur au niveau professionnel le stimulera et lui donnera également plus de confiance en lui. »

Manchester United et un club français déjà sous son charme

De la confiance ? Sergey Pinyaev en est pétri et ne manque pas de le démontrer. Il l’a d’ailleurs fait tout récemment. Présent au centre d’entraînement de Manchester United entre le 20 janvier et le 3 février. Il s’est illustré avec cinq buts dans un premier mini-tournoi et neuf réalisations lors du second. Dès lors, il a bluffé tous les observateurs. Pour autant, Nikolay Larin tend à nuancer les choses. Si l’intérêt des Red Devils est évident, parler d’un transfert n’est pas encore à l’ordre du jour : « Sergey vient à Manchester faire un stage de deux semaines chaque année. Tout porte à croire que l’intérêt de United pour lui est très sérieux. Mais le niveau réel de cet intérêt deviendra clair lorsque United fera une proposition concrète pour son avenir. Nous n’avons actuellement aucune offre de ce type, mais il est trop tôt pour en parler, car il est très jeune. »

Outre les relations étroites entre le club mancunien et Sergey Pinyaev, d’autres formations s’intéressent à lui, dont un club français. Particulièrement intéressé, le scout de cette équipe ira même le voir prochainement comme l’explique Nikolay Larin : « ce club a demandé toutes les vidéos avec ses matches. Dans un avenir proche, le scout du club se rendra dans les matches de la sélection russe U16 et le surveillera. » Si la question d’un départ semble pour le moment en suspens jusqu’à ses 18 ans, celle-ci reviendra sur le tapis à un moment donné.

Depuis près de 10 ans, les passages de joueurs russes dans des championnats d’Europe de l’Ouest ne se sont pas forcément bien passés (Andrey Arshavin à Arsenal, Roman Pavlyuchenko à Tottenham ou encore Pavel Pogrebnyak à Stuttgart). Même l’acclimatation d’Aleksandr Golovin à l’AS Monaco s’est avérée compliquée (à nuancer par la mauvaise position du club). Toutefois, Nikolay Larin n’est pas vraiment inquiet puisque le sérieux de son joueur et ses facilités d’adaptation permettent d’être confiant : « Sergey n’a que 14 ans, on ne sait pas encore ce qui se passera quand il aura 18 ans. Il est donc trop tôt pour parler de la manière dont il pourra faire ses preuves en Europe occidentale. Mais son approche sérieuse est encourageante. Par exemple, il a appris l’anglais en seulement un an, ce qui lui permet désormais de communiquer facilement avec les joueurs et les entraîneurs de Manchester United. Je suppose que son talent et son dévouement lui permettront de se produire avec succès en Europe. » Promis à une belle carrière, Sergey Pinyaev n’a pas fini de faire parler de lui.