À quoi tient la réussite d’un club ? De nos jours, on serait tenté de répondre par noms ronflants, budget, stade ou potentiel marketing. Mais le Carpi FC vient balayer tous les a priori : environnement paisible, enceinte minuscule de 4000 places, propriétaires sans gros sous, salaire d’effectif n’excédant pas 2,5 M€ et plus gros émoluments à 100 000 € annuels, le club émilien est aux antipodes du pensionnaire de Serie A qu’il est désormais. Et pourtant, il est donc parvenu à obtenir une montée inattendue avec une recette bien spécifique, qui tient du pari jeunesse, et plus spécifiquement de la jeunesse oubliée des confins du football italien.

« Je prends des jeunes joueurs gratis chez les amateurs, j’ai trois collaborateurs et beaucoup d’amis qui me font des signalisations, l’ordinateur pour le scouting, mais le dernier mot me revient toujours. Il faut du courage avec les jeunes, mais c’est un risque calculé », résume Cristiano Giuntoli, directeur sportif et faiseur de miracle des Biancorossi. Plus beaux exemples de sa réussite, l’attaquant Kevin Lasagna, recruté contre 12 000 € depuis un club de Serie D, et son acolyte Jerry Mbakogu, 15 buts cette saison, arrivé libre l’été dernier. Un recrutement malin et osé, une unité de vestiaire ayant pris le pas sur l’expérience – un seul joueur a disputé une campagne de Serie A en carrière ! –, voilà donc le secret du Carpi FC. Comme une anomalie dans le pays de la gagne à tous prix, qui laisse de nombreux jeunes sur le carreau.

Une réussite qui dérange...

« Nous avons démonté l’information selon laquelle en Italie il n’y plus de jeunes de talent. Moi je dis qu’il suffit simplement de les trouver et de les gérer. La Lega Pro et la Serie D sont pleines de talents », savourait ainsi coach Fabrizio Castori le soir de l’officialisation de la montée des siens à la suite d’un nul contre Bari (0-0). Une revanche contre le football italien, qui ne restera assurément pas isolée : à peine la promotion entérinée, que Carpi doit composer avec la défiance de certains, le président de la Lazio Claudio Lotito ayant jugé que la présence des Falconi dans l’élite pourrait nuire à l’image de la Serie A.

Mais ces dirigeants peuvent se rhabiller, Carpi ne changera en rien sa stratégie, qui lui a permis de glaner quatre promotions en l’espace de six ans. « Nous avons mis en avant notre méthode de travail, faite de programmation et recherche de jeunes talents. Nous maintiendrons cette philosophie en Serie A, parce que nous ne pourrons jamais rivaliser avec les autres équipes d’un point de vue économique. Nous irons avec humilité, comme l’a fait Empoli. Le travail quotidien paie », juge le président Claudio Caliumi, conforté par son directeur sportif. « Mis à part l’argent, nous n’avons pas non plus une histoire importante, ni un centre de formation fleurissant, mais avec la force des idées nous lutterons jusqu’au bout. » Des idées plutôt que l’argent, ou comment Carpi nous rappelle que le football est une affaire de terrain avant toute autre chose.