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Zoom sur... Bakari Sagna : sur les traces de Lilian Thuram

03/05/2008 - 09 h 50 - Aristide Mamilo

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Le défenseur d’Arsenal Bakari Sagna (25 ans) ne fait pas partie de ces jeunes joueurs dont les carrières sont déjà tracées alors qu’ils pénètrent à peine dans l’adolescence.

Mais, contrairement à la majorité de ces footballeurs élevés au rang d’icônes de manière trop hâtive, lui a franchi les étapes lentement mais sûrement, comme l’illustre la récente reconnaissance de ses pairs qui l’ont désigné meilleur latéral droit de la Premier League dès sa première saison.

Arrivé l’été dernier à Arsenal en provenance d’Auxerre, l’international français n’a pas manqué ses débuts dans le championnat européen le plus relevé. Une adaptation tellement rapide que ne saurait uniquement expliquer ses qualités naturelles, mais qui sont à rechercher dans son éducation, sa formation, son parcours professionnel et sa volonté de réussir.

L’influence paternelle

Né à Sens en 1983, Bakari Sagna fait ses débuts dans le club local où il évolue au poste d’attaquant, et se fait repérer à 13 ans par les recruteurs d’Auxerre à qui rien n’échappe.

Mais le père du jeune footballeur (ouvrier sénégalais) s’opposera à cet exil trop rapide et aléatoire, préférant diriger son fils vers une voie certainement moins flamboyante, mais plus rassurante.

Ce n’est qu’une fois le Brevet en poche qu’il concédera à laisser son rejeton rejoindre le groupe sport-études (pas le centre de formation) de l’AJA qui s’exerce au Lycée Joseph Fourier. L’objectif était bien pensé concilier le rêve de son fils (devenir footballeur professionnel) avec la réalité... les études. Ce n’est qu’une fois le Baccalauréat obtenu que Bakari Sagna intégrera le centre de formation, à l’âge où les footballeurs précoces font leurs débuts avec les professionnels. Mais pour le père Sagna, le but était atteint «  Avec lui comme avec mes trois autres fils, j’ai été intransigeant par rapport à l’école. Tous les vendredis, je faisais un point avec eux sur le carnet de correspondance. Et une fois par mois jusqu’au bac, je prenais rendez-vous avec le professeur principal. Celui qui ne bossait pas, je le menaçais de le renvoyer au pays travailler la terre » indique t-il.

De Van Nistelrooy à Lilian Thuram

C’est au poste d’attaquant que le jeune joueur fan de Ruud Van Nistelrooy va faire l’apprentissage de l’univers impitoyable des centres de formation, où la concurrence est le maitre mot, de surcroît au sein de l’un des plus prestigieux de l’hexagone. Malgré ses qualités, et sa détermination, Bakary ne sera qu’un joueur quelconque de l’effectif de la réserve de l’AJA qui évolue en CFA.

Le déclic a lieu au cours d’un match de championnat disputé contre Boulogne. Son entraîneur de l’époque Bernard David qui fait face à la blessure de son arrière droit, à l’ingénieuse idée de lui confier le poste.

L’attaquant se transforme en défenseur de choc, où sa vitesse fait la différence dans les phases offensives, et son abnégation dans les phases défensives. La preuve qu’il s’est complètement investi dans ce nouveau poste, il change d’idole et prend pour nouveau référent Lilian Thuram. Le joueur quelconque devient un espoir du club comme le prouve la signature de son contrat professionnel en 2003, mais il devra attendre un départ de Johan Radet pour briguer le poste selon la règle instituée par le maître des lieux Guy Roux.

La blessure de Radet

Un malheureux évènement va précipiter ses débuts en L1. En effet, au début de l’exercice 2004-2005, Radet se blesse et l’entraîneur bourgignon fait une nouvelle fois régner la règle de la succession.

Parce que Bakari était bien préparé, il va réussir ses débuts et va même conforter son statut malgré le retour du titulaire du poste. La L1 découvre un arrière latéral bondissant et infatigable aux tresses décolorées, aussi prompt quand il faut se mouvoir en contre-attaquant, comme lorsqu’il faut venir tacler avec agressivité dans les pieds de l’adversaire.

Les portes de l’équipe de France Espoirs lui sont ouvertes, et plus tard celle des A car Raymond Domenech ne pouvait pas rester insensible à sa montée en régime lors du précédent exercice (meilleur arrière droit du championnat 2006-2007) qui lui valait l’intérêt du PSG, et un transfert à 10 millions d’euros à Arsenal l’été dernier.

Le défi de la Premier League

Tous les joueurs étrangers qui débarquent en Angleterre ne le diront jamais assez, la Premier League est un championnat particulier régenté par des codes, par conséquent une saison d’acclimatation est nécessaire.

Patrice Evra à Manchester United, Didier Drogba à Chelsea, Thierry Henry à Arsenal, tous ont eu droit au temps d’adaptation avant de se mettre au diapason de la rigueur de cette compétition. Bakary n’en aura pas besoin, seule la confiance d’Arsène Wenger fut nécessaire et suffisante pour réussir son baptême de feu.

Grâce à ses montées rageuses, ses tacles ravageurs, sa vitesse de course et sa capacité à garder le même rythme tout au long d’une partie, il a conquis les cœurs des supporters des « Gunners » et de la presse britannique qui ne cesse de lui lancer des lauriers.

Buteur pour la première fois dans le championnat anglais contre Chelsea au mois de mars, il a également été victime d’une blessure à la cheville qui a ébranlé tous les plans d’Arsène Wenger, comme le témoigne la fin de saison catastrophique de son équipe. Malgré cette longue absence, il vient néanmoins d’être désigné meilleur arrière droit du championnat anglais.

Bakari Sagna atteint les sommets cette année, un parcours dont le couronnera ne sera pas une sélection dans liste de Raymond Domenech pour l’Euro, mais la part prépondérante qu’il pourrait jouer dans cette compétition. Face à l’incertitude de l’état de forme de Willy Sagnol handicapé par des blessures depuis l’année dernière, il se pose en alternative crédible.