Le Havre, Sofiane Boufal : « je ne suis pas du genre à me cacher, ce n’est pas mon jeu »
Revenu lors du mercato hivernal en Ligue 1, Sofiane Boufal n’a pas tardé avant de s’épanouir du côté du Havre. L’international marocain a rapidement conquis son coach Didier Digard et désormais, outre le maintien, l’ailier de 32 ans évoque aussi le Mondial 2026 avec les Lions de l’Atlas. Pour Foot Mercato, il s’est confié longuement sur sa situation et a aussi évoqué le parcours du Maroc à la Coupe du monde 2022.
Foot Mercato : tu es revenu en Ligue 1 et ça marche plutôt bien pour toi, comment tu te sens ?
Sofiane Boufal : je me sens très bien. J’ai eu la chance de pouvoir signer dans ce club qui me correspond, où il y a des personnes qui me ressemblent donc je suis très content.
FM : explique-nous un peu ce choix de revenir au Havre ?
SB : ça s’est fait très rapidement. J’ai eu Mathieu Bodmer au téléphone, puis j’ai eu la direction et le coach. On avait fait un appel, ils ont expliqué ce qu’ils attendaient un peu de moi. On a pu longuement discuter. Après cet échange, j’ai directement pensé que c’était le meilleur endroit pour pouvoir s’épanouir.
FM : on a l’impression que ça a tout de suite matché avec Digard et Bodmer…
SB : et vice versa. Ce sont des gens qui me ressemblent. Ce sont des passionnés de football et ils connaissent très bien leur métier. Ils ont aussi été d’anciens joueurs. Ils peuvent se mettre des deux côtés, du côté dirigeant et du côté joueur. Et le feeling est tout de suite très bien passé. J’essaye de leur rendre au maximum ce qu’ils m’ont donné.
FM : on a notamment en tête des matches impactants face à Toulouse, l’OL ou encore Angers…
SB : il y a des joueurs qui marchent beaucoup à l’affectif et je fais partie de ces joueurs-là. Quand je sens qu’on me respecte, qu’on me donne de l’amour, je suis prêt à tout donner. Même si, à mon arrivée, je n’étais pas à 100 % physiquement, je me suis donné les moyens de vite pouvoir aider l’équipe et c’est ce qui s’est passé.
FM : qu’est-ce qui a fait que tu t’es senti directement chez toi dans cette équipe ?
SB : ça s’est fait naturellement. J’ai senti qu’on m’aimait bien, qu’on avait confiance en moi. Que ce soit le coach, les coéquipiers et les joueurs, ça a tout de suite collé. Ce sont des choses qui ne s’expliquent pas en vérité. Le club m’a aussi recruté pour que j’apporte mon expérience. J’essaye de donner un maximum de conseils aux plus jeunes joueurs. Après, je ne suis pas quelqu’un qui va s’exprimer énormément. Mais je vais donner des conseils sur des situations ou sur des moments où j’ai besoin de parler. Je suis plus quelqu’un qui va donner l’exemple via le terrain.
«Bodmer, tu peux lui parler de tous les joueurs, il connaît tout le monde.»
FM : récemment, Didier Digard avait loué ton attitude irréprochable en conférence de presse. C’est quoi le secret pour garder la même motivation dans sa carrière ?
SB : la vérité, moi je suis un passionné de football. J’ai eu la chance de revenir en Ligue 1, au Havre. C’est un championnat attractif et très compétitif. Et quand tu aimes le football, l’état d’esprit est obligatoire. J’ai mûri, j’ai pris de l’expérience. Les erreurs que je faisais auparavant, je vais moins les faire. Quand tu deviens un joueur mature, tu te dois d’être plus exemplaire. Tu as de l’expérience donc tu vas plus savoir gérer les moments. Je ne suis pas parfait, je fais aussi des erreurs comme tout le monde mais le but, c’est qu’avec l’âge on en fasse beaucoup moins.
FM : on ne parle pas souvent du Havre dans la presse, mais le club continue de s’inscrire sur la durée en Ligue 1…
SB : je ne connaissais pas trop le club de l’intérieur. J’ai été agréablement surpris. C’est un club qui travaille bien avec des gens passionnés et professionnels. Si le club se maintient, ça ne me surprend pas. Même avec des difficultés financières, tout ce qui est mis autour fait que le club peut dormir tranquille. Sans l’appel avec Mathieu Bodmer ou le coach notamment, je ne pense pas que j’aurais signé ici. Bodmer, tu peux lui parler de tous les joueurs, il connaît tout le monde. Il est passionné. Le coach, on n’en parle pas beaucoup mais avec son staff, il fait un travail remarquable que ce soit tactiquement, dans le relationnel avec les joueurs. Tu peux avoir les moyens mais même sans, si tu es travailleur et compétent, tu peux faire des choses. Et Le Havre en est l’exemple parfait.
FM : avant ça, tu avais passé un an et demi en Belgique, quel bilan tu tires de ton passage à l’USG ?
SB : je suis quelqu’un qui ne va pas trop penser au passé. J’ai directement pensé à ce nouveau challenge avec Le Havre et rendre la confiance donnée. Je voulais tout faire pour répondre présent sur le terrain. En toute honnêteté, c’est un bilan mitigé. Il y a eu du bon et du moins bon. Je suis quelqu’un qui retient le positif. J’ai eu la chance de terminer champion là-bas, j’ai joué la Ligue des champions donc je ne vais pas cracher dans la soupe. Je ne vais donc retenir que le positif.
FM : tu as connu la Ligue 1 d’il y a dix ans et maintenant, il doit y avoir eu des changements entre-temps et des équipes qui t’ont marqué…
SB : aujourd’hui, en tant qu’équipe, le PSG me donne envie d’allumer ma télé et de regarder tous les matches. City aussi, j’aime bien. Ce que j’aime beaucoup dans ces équipes, c’est qu’il n’y a pas vraiment une individualité au-dessus du lot. Enfin, ce sont tous des cracks les joueurs mais c’est une équipe. Et ça me procure du plaisir. Quand le PSG va battre Liverpool ou le parcours de la saison dernière en C1. Sinon, la différence avec avant en Ligue 1, c’est que le championnat s’est beaucoup rajeuni. C’est plus rapide et puissant aujourd’hui. Il y avait plus de talent avant mais c’est plus intensif maintenant. Ce qu’il faut, c’est s’adapter. Le talent fait que tu te différencies des autres mais le physique aussi. Si tu n’as pas une vie irréprochable au niveau de l’hygiène de vie, tu ne peux pas être à 100 % et tu ne peux pas réussir. Avant, c’était moins le cas.
«Le PSG de Laurent Blanc et celui de Luis Enrique se valent»
FM : tu penses que le PSG, sans star, c’est ce qui a transformé l’équipe ?
SB : oui et non. J’ai eu la chance de jouer face au PSG de Laurent Blanc à l’époque. Et pour moi ça se vaut avec celui de Luis Enrique. Le PSG de maintenant a juste plus de réussite en Ligue des champions. Mais celui de Laurent Blanc était incroyable. Je me rappelle d’un match à l’époque où on perd 4-0 au bout de 20 minutes. Il y avait des stars avec Zlatan ou Cavani. Mais c’était une grande équipe avec Verratti, Motta ou Matuidi. Chacun savait ce qu’il avait à faire. En fait, star ou pas star, c’est surtout comment tu vas t’adapter au collectif. Le PSG de maintenant, il y a des cracks mais qui se mettent au service du collectif.
FM : quand on parle de Sofiane Boufal, on pense forcément au Maroc. Une sélection que tu as choisi de représenter en 2016 malgré des intérêts de l’équipe de France. Tu peux raconter ton choix ?
SB : à ce moment-là, je fais une grosse saison avec Lille pour ma première en Ligue 1. J’arrivais à faire de bonnes performances. J’avais déjà eu des contacts officiels avec la sélection marocaine. Et avec la France, c’étaient des contacts officieux. Et puis, il y a le coach Hervé Renard, qui était avec moi à Lille, qui reprend la sélection marocaine. Et donc je savais que quand j’allais faire ce choix-là, il fallait le faire en mars. On m’avait mis un peu la pression pour ne pas que je fasse mon choix de sélection en mars, que je termine la saison car pour le mercato c’était préférable. Mais pour moi, c’était important, sachant que je marchais sur l’eau à ce moment-là, de jouer les deux matches de qualification à la CAN de mars (ndlr : face au Cap-Vert). Je ne voulais pas passer pour un imposteur à venir l’année d’après et jouer la CAN. C’était ma manière de dire que c’était un choix du cœur.
FM : il y avait la CAN à domicile il y a quelques mois à laquelle tu n’as pas participé. C’était forcément un objectif pour toi ?
SB : je n’avais pas beaucoup de temps de jeu en début de saison. Il y a de la concurrence et des joueurs qui émergent et donc à ce moment-là ils étaient plus légitimes que moi pour pouvoir jouer cette CAN. Si j’avais pu enchaîner les matches en étant en forme, j’aurais pu y aller et apporter mon expérience que ce soit en tant que titulaire ou remplaçant.
FM : comment tu as vécu la compétition de l’extérieur ?
SB : c’était une très bonne compétition. Il faut savoir que jouer une CAN à domicile et encore plus au Maroc, la pression est énorme et il y a beaucoup d’attente. Et ils s’en sont très bien sortis.
FM : tu étais là en 2023, en 2021, en 2019, tu as vécu de l’intérieur les désillusions, laquelle t’a fait le plus mal ?
SB : je dirais celle de 2023. Elle a fait mal car je pense qu’on avait largement l’équipe pour remporter cette CAN. Et aussi car je me suis blessé avant les 8es de finale. Et ça fait mal d’être là mais de ne pas pouvoir jouer, d’être impuissant par rapport à la situation, de ne pas aider mes coéquipiers dans ces moments-là. Après, les conditions de jeu ont un impact énorme. Quand tu joues sous 40 degrés avec un taux d’humidité élevé, tu ne vas pas être au top. Justement au Maroc, on a une fédération qui travaille bien avec des pelouses top et des stades modernes. Au final, c’étaient plutôt des conditions européennes.
FM : cet été, il y a la Coupe du monde 2026. Tu as joué celle de 2022, la prochaine est forcément un objectif ?
SB : en tant que footballeur pro, on aspire tous à jouer les plus grandes compétitions internationales. Aujourd’hui, je suis dans un championnat compétitif, un championnat majeur. J’ai la chance de pouvoir enchaîner les matches sans pépins physiques, de monter en régime. Donc c’est un objectif. Surtout avec mon histoire avec le Maroc, les compétitions que j’ai pu faire, l’expérience que j’ai pu acquérir. Donc c’est normal qu’on parle de moi pour cette Coupe du monde. Après en toute honnêteté, je ne me réveille pas tous les matins en pensant uniquement à ça. Mon objectif prioritaire c’est le maintien du club. Et s’il y a cette Coupe du monde, j’en serai le plus heureux, et si je ne suis pas pris je serai derrière eux pour qu’ils puissent aller le plus loin possible inchAllah.
«La pression pour moi, ça n’existe pas dans le football»
FM : en un mot, comment tu décrirais cette Coupe du monde de 2022 ?
SB : je dirais dinguerie. Ou historique. Bon ça fait deux mais je peux t’en sortir dix. De l’extérieur personne ne s’y attendait et on l’a fait. C’est ça qui était incroyable et même pour moi personnellement. Jouer contre des grandes équipes et répondre présent, ça a été ma satisfaction. En tant que footballeur, on aime toujours se confronter à ce qu’il y a de mieux. Et moi, plus le niveau montait, plus je répondais présent. D’un point de vue collectif, on est rentrés dans l’histoire. Mais ce qui est kiffant, c’est les émotions que tu procures aux gens. Encore aujourd’hui, on m’en parle de cette Coupe du monde. Les gens ont kiffé et ça nous a fait plaisir aussi de rendre fiers les Marocains.
FM : dans les moments qui ont procuré du plaisir, il y a notamment ta performance face à l’Espagne où Llorente a bien souffert…
SB : je suis un joueur qui est animé par les grands rendez-vous. Plus le niveau va s’élever, plus j’aurai cette envie d’élever mon niveau. Après, je ne suis pas quelqu’un qui va se cacher, tu connais mon jeu. La pression pour moi, ça n’existe pas dans le football. La pression, c’est dans la vie de tous les jours. Quoi qu’il arrive à la fin, que tu joues l’Espagne ou autre, c’est la même chose. Je vais jouer de la même manière, la pression va couler sur moi. Contre l’Espagne, c’était important de montrer l’exemple. Prendre le ballon, dribbler un ou deux joueurs. Ce sont des trucs bêtes mais avec ça, le public est avec toi et ça amène une atmosphère de fou. Et c’est là où ça donne de la confiance à l’équipe. Tu parles du dribble face à Llorente, le dribble en soi il est magnifique mais il est encore plus magnifique car il donne de la confiance à toute l’équipe où on se dit : "allez venez on tente". C’est ce qui fait ma force. Moi, je n’ai pas peur. Je n’ai pas peur de perdre la balle. Bien sûr, je ne vais pas tenter un dribble dans ma surface, mais dans le camp adverse, je n’ai pas peur. Dans le match de l’Espagne, tu es obligé de montrer de la personnalité sinon tu te fais marcher dessus. Devant n’importe quel défenseur, je vais jouer de la même manière.
FM : qu’est-ce qui a fait que cette fois, vous y avez cru ?
SB : je ne sais pas comment t’expliquer. J’avais vraiment ce sentiment, et je n’étais pas le seul dans cette équipe, qu’on allait faire quelque chose de grand. Encore plus après le match face au Chili à Barcelone en amical. On avait fait un match incroyable dans une ambiance incroyable. C’est là où je me suis dit : "ah ouais ce groupe-là va faire quelque chose". Après on débute la compétition avec un 0-0 face à la Croatie. On était un peu dans la retenue, la plupart disputaient leur premier match donc il y avait du stress. Et malgré ça, sans avoir fait un meilleur match, on fait 0-0 face à l’une des meilleures équipes. C’est ce qui nous donne de la confiance, on s’est lâchés et on a ce déclic avec la victoire face à la Belgique. Et puis on est inarrêtables après. Pourquoi ? Car on est une vraie équipe. Tout le monde voulait aller loin, il n’y avait pas d’égo, la concurrence était saine. On était une famille et prêts à mourir sur le terrain pour le Maroc. Le Maroc, en sélection, il y a les joueurs issus de Belgique, de France, des Pays-Bas, du Maroc. Et à ce moment-là, on était tous unis. Et si tu veux aller loin, il te faut des joueurs avec de la personnalité. C’est ce qu’on avait avec Hakimi, Ziyech, Ounahi qui à ce moment-là joue à Angers, ou moi. On avait ce truc où on se disait qu’on n’avait pas peur. Et puis on n’avait rien à perdre.
FM : et puis il y a cette élimination contre la France où on vous a sentis tous épuisés…
SB : c’était le 6e match je crois de la compétition et on avait fait beaucoup d’efforts pour passer. Physiquement, on était épuisés. On était allés au bout, il a manqué de la lucidité même si contre la France on a fait un très bon match et qu’on a su rivaliser. Pour passer en finale, il a manqué cette fraîcheur et on ne pouvait plus.
FM : quand on parle de lucidité, on parle aussi souvent de cette action litigieuse avec Théo Hernandez et ce contact où tu es averti…
SB : cette action est un peu confuse. À ce moment, il y a un contact et il me touche. Mais à ce moment, j’étais tellement focus sur le match et l’envie de gagner que quand il y a eu cette action, je n’ai même pas eu le sentiment que c’était lui qui faisait faute. Je pensais même que c’était moi et je me suis replacé. On n’a pas eu ce vice qui aurait pu faire que peut-être on aurait mis la pression sur l’arbitre pour qu’il aille voir le VAR. Mais avec toutes les caméras, ça n’aurait rien changé. Mais il y a l’action qu’on voit à la télé et ce qu’on voit sur le terrain. Ça va trop vite, ça se joue en une seule seconde.
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