Pas de sélectionneur, pas de président, amicaux «inutiles»…l’Italie navigue encore en eaux troubles
Pas de sélectionneur, pas de président, des amicaux sans saveur et une troisième Coupe du monde manquée de suite qui hante déjà tous les esprits. Alors que la Nazionale tente de se reconstruire au milieu du vide institutionnel, l’Italie du football avance sans cap clair, portée uniquement par une jeunesse qui refuse de sombrer.
L’Italie regarde une nouvelle Coupe du Monde comme on contemple une fête à laquelle on n’a pas été convié, une fois encore. Près de 12 ans après sa dernière apparition sur la plus grande scène du football, la Nazionale s’apprête à vivre l’été dans la position la plus inconfortable qui soit pour un quadruple champion du monde, à savoir celle du spectateur toujours traumatisé. Le temps où le maillot azzurro imposait le respect aux quatre coins de la planète semble appartenir à une autre époque. Les cicatrices laissées par les éliminations face à la Suède en 2017, puis contre la Macédoine du Nord en 2022, n’avaient jamais vraiment disparu. Elles viennent désormais s’accompagner d’une blessure encore plus profonde après le naufrage du printemps dernier. Battue par la Bosnie-Herzégovine au bout d’une interminable séance de tirs au but alors que la route vers l’Amérique du Nord lui tendait les bras, l’Italie a manqué l’impensable. Même l’élargissement du tournoi à 48 participants n’a pas suffi à lui ouvrir les portes du Mondial. Pour une nation qui a longtemps incarné l’excellence tactique, le caractère et la culture de la victoire, l’humiliation est immense. Le football italien, jadis référence absolue, traverse aujourd’hui une crise identitaire qui dépasse largement le simple cadre des résultats.
Comme souvent dans les périodes de turbulence, les têtes sont tombées. Gennaro Gattuso a choisi de se retirer après l’échec des barrages. Gabriele Gravina a, lui aussi, quitté (enfin) ses fonctions à la présidence de la Fédération sous la pression d’un pays lassé des promesses sans lendemain. Même Gianluigi Buffon, figure tutélaire du football italien et membre influent de l’encadrement fédéral, a décidé de tourner la page. Le vide laissé par ces départs donne à la Nazionale l’image d’un navire sans capitaine au milieu de la tempête. Sans président installé, sans sélectionneur nommé à long terme, l’Italie avance à vue tandis que les élections fédérales du 22 juin doivent désigner le prochain homme fort de la FIGC. Dans cet environnement plus que fragile de transition permanente, chaque décision semble suspendue à la suivante. Le chantier est immense et personne ne paraît encore en mesure d’indiquer avec certitude quelle direction emprunter. Pendant que les plus grandes nations peaufinent leurs ambitions mondiales, le football italien continue de s’interroger sur son avenir immédiat.
Une trêve pour humilier les fautifs
C’est dans cette atmosphère pesante que la Nazionale a disputé deux rencontres amicales dont l’intérêt sportif paraît dérisoire au regard du traumatisme traversé. Mercredi, le Luxembourg a longtemps résisté avant de s’incliner sur la plus petite des marges. Un succès (1-0) poussif, laborieux, presque gênant pour une sélection qui rêvait encore récemment de Coupe du Monde. Dimanche, la Grèce servait d’ultime test, comme un partenaire d’entraînement dans un climat d’indifférence générale, et cela a tourné au même scénario avec un court succès (0-1). Officiellement, ces rencontres doivent permettre de préserver un classement FIFA précieux pour les futurs tirages au sort. Dans les faits, elles ressemblent surtout à un étrange exercice de survie. Pourtant, derrière cette parenthèse sans éclat, quelques motifs d’espoir émergent. Promu dans l’urgence après le départ de Gattuso, Silvio Baldini a choisi de s’appuyer massivement sur la génération montante. Près de 19 joueurs découvrent l’univers de la sélection A. Des profils comme Marco Palestra, Nicolò Pisilli ou Pio Esposito incarnent une fraîcheur dont le football italien a désespérément besoin. Cette jeunesse joue avec l’enthousiasme de ceux qui n’ont pas encore été contaminés par les désillusions accumulées au fil des années. Elle apporte un souffle nouveau au milieu d’un paysage assombri.
« Je n’attends pas d’une équipe une transformation radicale après trois jours d’entraînement. Je veux les voir aussi organisés sur le terrain que face au Luxembourg, représenter l’équipe nationale avec sérénité, car avant tout, ils se représentent eux-mêmes. Je suis toujours optimiste car ce sont des garçons formidables. Ils parviennent à créer des liens et à socialiser en dehors du terrain, puis se donnent à fond à l’entraînement dès qu’ils commencent. Je leur dis toujours : si vous continuez ainsi, vous ne perdrez jamais ; vous pourrez accepter le résultat sur le terrain sans être vaincus. Nous souhaitons tous voir jouer les jeunes, mais les faire entrer sur le terrain pose souvent un problème, car ils peuvent rater une frappe ou un arrêt. Nous devons comprendre qu’ils sont une ressource, et non un problème. Ceux qui rejoignent l’équipe seront évidemment liés au résultat, mais ils ne doivent pas être obsédés par son obtention, sinon rien ne changera. Chacun a sa propre recette ; nous devons inculquer la bonne méthodologie. En Italie, il y a eu un déclin ; nous n’avions pas réalisé que notre football rencontrait des difficultés. Nous n’avions plus de champions issus de générations différentes et nous ne savions pas comment intervenir auprès des jeunes, qui étaient gérés davantage dans une optique commerciale que pour le développement des joueurs », a expliqué Baldini.
Mais l’espoir ne suffit pas à dissiper les nuages. À chacune de ses prises de parole, Baldini dresse un constat implacable sur les dérives structurelles du football italien. Selon lui, les clubs préfèrent trop souvent les solutions de court terme à la formation, les joueurs expérimentés aux talents issus des centres de formation, les intérêts particuliers à la construction d’un projet durable. Ses déclarations résonnent dans toute la péninsule parce qu’elles traduisent un malaise ancien que plus personne ne cherche réellement à masquer. Les sélections de jeunes continuent d’obtenir des résultats encourageants, preuve que le vivier existe encore. Le problème apparaît au moment du passage vers le très haut niveau. C’est là que les carrières stagnent et que les promesses se perdent. Dans quelques semaines, l’Italie aura peut-être un nouveau président. Dans quelques mois, elle aura sans doute un nouveau sélectionneur. Dans quelques années, elle tentera de retrouver la Coupe du Monde. Pour l’instant, rien n’est garanti. Le pays qui a soulevé quatre fois le trophée le plus convoité du football mondial avance avec davantage de questions que de certitudes, alors que les U17 italiens ont été sacrés champions d’Europe dimanche. Et c’est peut-être cela, au fond, le symptôme le plus inquiétant.
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