Aleksander Čeferin va mettre la pression sur Nasser Al-Khelaïfi
La guerre contre Gianni Infantino change de dimension. Aleksander Čeferin veut désormais convaincre Nasser Al-Khelaïfi de rejoindre l’offensive pour fragiliser définitivement le président de la FIFA.
Le retrait précipité du projet FIFA Forward Enterprise n’a pas mis fin à la crise qui secoue Gianni Infantino. Bien au contraire. Le président de la FIFA se retrouve désormais confronté à une contestation d’une ampleur inédite depuis son arrivée au pouvoir. Son ambition de créer une nouvelle société commerciale valorisée à près de 20 milliards de dollars afin d’ouvrir une participation minoritaire à des investisseurs privés a provoqué une véritable explosion politique. Présenté comme un moyen de financer davantage les fédérations nationales grâce à un programme de développement renforcé, le projet a rapidement été perçu comme une tentative de transformer les plus grandes compétitions de la FIFA en actifs financiers. Les révélations sur les discussions menées avec JP Morgan et Thrive Eternal, ainsi que les liens supposés avec des proches de Donald Trump, ont encore accentué les soupçons. Sous la pression de plusieurs confédérations et de nombreuses fédérations nationales, la FIFA a finalement reculé, mais les dégâts politiques apparaissent désormais considérables.
Cette séquence a surtout permis à l’UEFA de prendre la tête d’une fronde mondiale contre Gianni Infantino. Aleksander Čeferin a multiplié les offensives, dénonçant un mode de gouvernance opaque et un projet élaboré sans véritable consultation des acteurs du football. La Confédération asiatique, la Concacaf, la FIFPRO Europe, l’Association des clubs européens, plusieurs gouvernements ainsi que des responsables européens ont également exprimé leurs inquiétudes. Dans le même temps, plusieurs fédérations ont commencé à retirer leur soutien au président de la FIFA, tandis que l’UEFA a adressé une mise en demeure exigeant la conservation de tous les documents liés au projet FFE dans la perspective de possibles poursuites judiciaires. L’objectif dépasse le simple abandon de cette réforme, puisque pour les dirigeants européens, la question porte désormais sur l’avenir même de Gianni Infantino à la tête de la FIFA et sur la nécessité de reconstruire une gouvernance jugée plus transparente et plus collégiale.
La rencontre tant attendue
Aleksander Čeferin entend accélérer cette stratégie lors d’un rendez-vous particulièrement attendu. Le président de l’UEFA doit rencontrer Nasser Al-Khelaïfi en marge de la Supercoupe d’Europe le 12 août afin d’évoquer l’avenir du football mondial. L’un des principaux sujets de discussion concernera le rôle de l’EFC, présidée par le dirigeant du Paris Saint-Germain, dont les plus de 850 clubs membres pourraient être appelés à ne plus collaborer avec la FIFA sur la Coupe du Monde des clubs tant que Gianni Infantino restera en fonction. Le patron de l’UEFA souhaite voir l’EFC, qui se réunira en septembre à Copenhague, adopter une position beaucoup plus ferme alors que le projet de Coupe du Monde des clubs 2029 demeure entouré de nombreuses incertitudes. Aucun pays organisateur n’a encore été désigné, le modèle économique reste flou, plusieurs paiements promis aux clubs après l’édition 2025 n’ont toujours pas été effectués et aucun nouvel accord n’a été conclu avec l’EFC. Cette menace de boycott constituerait un coup extrêmement dur pour Gianni Infantino puisque la compétition représente l’une des pierres angulaires de sa stratégie de développement commercial.
Au-delà du dossier de la Coupe du Monde des clubs, Aleksander Čeferin travaille également à préparer l’après Infantino. Plusieurs fédérations européennes verraient d’un bon œil une candidature de Nasser Al-Khelaïfi à la présidence de la FIFA, même si l’entourage du président du PSG assure qu’il n’a « aucune ambition » de briguer ce poste. Le président de l’UEFA souhaiterait malgré tout convaincre son allié de se présenter ou, à défaut, d’apporter son soutien à un candidat unique capable de fédérer l’opposition mondiale. Le nom du président de la Concacaf, Victor Montagliani, circule également avec insistance, à l’heure où un adversaire crédible est désormais indispensable pour battre Gianni Infantino. Plusieurs dirigeants réfléchissent même à une réforme profonde de la gouvernance de la FIFA avec un président aux pouvoirs réduits épaulé par plusieurs vice-présidents représentant les différentes confédérations afin de rétablir davantage de contre-pouvoirs. Aleksander Čeferin espère désormais qu’au moment de retrouver Nasser Al-Khelaïfi à Munich, la dynamique politique sera suffisamment forte pour accélérer la fin du règne de Gianni Infantino, voire le pousser à renoncer lui-même à briguer un nouveau mandat.
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