OGC Nice : comment en est-on arrivé là ?
L’OGC Nice a vécu une soirée en enfer dimanche, avec l’agression de joueurs et membres du club par des supporters mécontents. La conséquence épouvantable d’une première partie de saison catastrophique à tous les niveaux.
C’est l’histoire d’un club qui pensait avoir emprunté le bon chemin vers le sommet et qui se retrouve aujourd’hui en bas de la falaise. En nommant Franck Haise en 2024 et après une 4e place de Ligue 1 pour accéder au tour préliminaire de Ligue des Champions, l’OGC Nice pensait avoir exploité son potentiel, pourtant loin d’être cultivé par son propriétaire INEOS. Mais en l’espace de quelques semaines, tout s’est effondré, le pathétique laissant place dimanche soir à l’ignominie avec l’agression de plusieurs joueurs et membres du club par des supporters déchaînés, ivres de colère.
L’expression de cette colère est inexcusable, mais ses raisons sont facilement détectables. Un crescendo de mauvais choix, de déclarations maladroites, de résultats décevants puis humiliants ont conduit à l’atroce scénario de dimanche soir. D’abord, un mercato mal géré, où l’on pointe forcément du doigt le directeur sportif Florian Maurice, pris à partie par les supporters et victime de plusieurs coups. Sa faute ? Ne pas avoir su dénicher de nouveaux bons joueurs (les flops Jansson, Kevin Carlos, Oppong pour ne citer qu’eux) après avoir vendu des éléments forts de la saison passée comme Guessand ou Bulka, arrivés au bout de l’aventure niçoise. On le sait, un mercato raté peut déboucher sur une saison compliquée.
Haise se lâche
Elle l’a été immédiatement, avec une élimination logique de la Ligue des Champions dès l’entrée en lice face au Benfica Lisbonne, et un premier constat implacable de l’entraîneur Franck Haise. « Aujourd’hui, on n’a pas les armes, tout simplement, pour rivaliser à ce niveau-là. Il faut juste être lucide, c’est juste de la lucidité. On n’a pas les armes pour rivaliser. » En plus d’être lucide, Haise se montre particulièrement honnête lors de ses conférences de presse, au fil des semaines, alternant un optimisme modéré et une forme de renoncement devant le niveau de certains et surtout le manque de cohésion de l’équipe.
Un psychodrame, pas le premier, concernant Jonathan Clauss, anime le mois d’octobre avec une mise à l’écart forcée par un joueur toujours meurtri de ne pas avoir pu rejoindre le Bayer Leverkusen en fin de mercato. Outre le cas Clauss, c’est bien le manque de caractère et d’envie qui est pointé du doigt par un coach qui commence à craquer publiquement après les revers en Coupe d’Europe. « Je parle d’exigence depuis que je suis ici, le travail au quotidien, ne pas tomber dès qu’il y a un duel. Beaucoup de joueurs tombent dès qu’il y a un duel ! C’est pareil à l’entraînement. Arrêtez de tomber ! Et puis quand on commence à jouer, il faut continuer. Pourquoi on s’arrête ? Quand on s’entraîne à 80%. On a besoin d’être à 110%. (…) S’ils ne comprennent pas ça. On doit être à 110% ! Si vous n’en mettez pas plus, vous vous faites exploser. En 13 minutes ! En colère ? Tant qu’on n’aura pas compris qu’il faut faire corps tout le temps… Tout le temps ! Qu’il ne faut pas faire la gueule quand on est remplaçant, quand on sort ! C’est sur le terrain qu’il faut montrer ! Certains font des bons matchs. Il faut laisser son ego. En plus, il n’y a pas de champion du monde. Donnons le maximum ! J’attends qu’on donne le maximum », dira ainsi Haise après la défaite à domicile face à Fribourg.
Les humiliations s’enchaînent
Les supporters, eux, sont échaudés par les humiliations qui s’enchaînent sur la scène européenne, les moqueries permanentes et le manque de réaction des joueurs. Zéro point, 36e et dernier, cela fait beaucoup à encaisser pour certains. D’autant que cela ne s’arrange pas sur la scène nationale. La réception de l’OM, le 21 novembre dernier, tombe sur la célébration des 40 ans des ultras niçois. Elle tombe aussi sur un 5-1 infligé par le rival olympien. Les deux matchs suivants n’arrangent rien : le but concédé après 18 secondes sur le terrain de Porto a été vécu comme une honte supplémentaire à la défaite attendue et témoigne d’une nonchalance coupable des joueurs. Certains ne se rendent pas compte de la portée de certaines infos ou images, comme Boga et Moffi. Le premier a offert des places à des amis fans de l’OM à l’Allianz Riviera et ces derniers ont manifesté leur joie en tribune. Le second a été filmé en train de rire avec Loïc Féry, son ancien président, lors de la défaite face à Lorient ce dimanche. Ces deux joueurs ont été ciblés par les supporters en furie à Nice au retour du déplacement, et n’ont plus envie de porter le maillot niçois.
La gestion des événements de la part de Fabrice Bocquet, qui n’est pas apprécié par une bonne partie des supporters niçois, interroge, tout comme la drôle de séquence proposée par Franck Haise, prêt à se faire limoger, mais pas à démissionner après la déroute face à l’OM. En ayant prolongé jusqu’en 2029 en septembre dernier, il peut en effet espérer plusieurs millions en indemnité de licenciement. Que voient les supporters ? Un entraîneur prêt à abandonner le navire, mais pas sans ses millions, désabusé par le niveau de ses joueurs, qui eux n’affichent aucune volonté de révolte. Ce cocktail explosif a généré le chaos de dimanche, et on est encore bien loin d’en saisir toutes les conséquences…
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