Serie A

La terrible descente aux enfers de la Lazio Rome

Malgré la qualification en demi-finale de Coppa, les conflits entre Claudio Lotito et Maurizio Sarri, les deux mercatos controversés et les résultats décevants en Serie A plongent la Lazio dans l’une des périodes les plus agitées de son histoire récente.

Par Valentin Feuillette
5 min.
Maurizio Sarri @Maxppp

Qu’elle semble lointaine la saison de la 2ème mythique place ou celle de Ciro Immobile soulier d’or européen… Après le fin chaotique sous Marco Baroni, l’été devait marquer un nouveau départ pour la Lazio, mais il a rapidement pris des allures d’incertitude. Le club romain débutait le marché estival avec une interdiction de recrutement imposée par la fédération italienne qui a paralysé toute tentative de transition sportive. Le retour de l’entraîneur Maurizio Sarri n’a pas suffi à dissiper les doutes. L’ancien technicien de Naples et de Chelsea avait accepté de revenir dans un climat déjà instable, sans même connaître l’ampleur des difficultés financières et administratives qui entouraient la Lazio. D’ailleurs, le tacticien de 67 ans avait même menacé de claquer la porte avant même le début de saison. L’été s’est ainsi déroulé dans une forme d’immobilisme inquiétant, alors que l’effectif semblait déjà manquer de profondeur. En coulisses, les discussions entre Sarri et le président Claudio Lotito se sont progressivement tendues au fil des mois. Les divergences sur la gestion de l’effectif et la planification du futur mercato ont alimenté une fracture entre l’entraîneur et la direction. Le dernier épisode en date, lié à la manière de gérer les joueurs arrivés sur le marché, a ravivé des tensions déjà bien installées. Malgré une autorisation de recruter, l’hiver n’a fait qu’accentuer cette impression de déséquilibre dans la stratégie sportive du club romain.

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Le mercato de janvier a été marqué par de nombreux mouvements dans les deux sens, donnant l’image d’un effectif en pleine recomposition. La Lazio a misé sur les arrivées du milieu néerlandais Kenneth Taylor en provenance de l’Ajax, de l’attaquant serbe Petar Ratkov ou encore du prometteur meneur polonais Adrian Przyborek, tandis que les Biancocelesti ont également obtenu le prêt de Daniel Maldini. Mais ces arrivées n’ont pas compensé les pertes importantes enregistrées dans le même temps. Le départ de l’avant-centre argentin Taty Castellanos vers l’Angleterre et celui du milieu français Mattéo Guendouzi vers la Turquie ont privé la Lazio de deux cadres majeurs de son ossature. Plusieurs autres joueurs ont quitté le club, parfois discrètement comme Matias Vecino (128 matchs), accentuant l’impression d’un projet sportif en transition permanente. Si les ventes ont permis de ramener quelques pécules dans les caisses romaines, elles ont aussi fragilisé l’équilibre d’une équipe déjà en crise. Sur le terrain, la Lazio s’est progressivement enfoncée dans une crise de résultats qui l’a reléguée dans le ventre mou de la Serie A. L’équipe romaine navigue désormais autour de la 11e place. Un sacrilège pour une équipe habituée à viser des ambitions européennes qui accompagnaient pourtant le début de saison et les autres campagnes précédentes. L’avenir de Maurizio Sarri apparaît désormais suspendu aux réponses que lui apportera le club concernant les moyens sportifs et financiers de la saison prochaine, à l’heure où les profils low cost de Gianluca Grassadonia et Daniel Ledesma plaisent à Lotito pour l’après-Sarri.

Claudio Lotito plus que jamais isolé

Et comme si cela ne suffisait pas, une polémique est venue jeter de l’huile sur le feu. Une conversation téléphonique attribuée au président Claudio Lotito a fuité sur les réseaux sociaux et a rapidement enflammé le débat autour du club. Dans cet échange avec un supporter, Lotito critique ouvertement la gestion de l’effectif par Maurizio Sarri, l’accusant de mal exploiter certains joueurs et de créer des tensions dans le vestiaire. « Je ne pense pas qu’il y ait de négociations en cours concernant des prolongations de contrat. Ce n’est qu’une impression, pas une certitude. Il faut demander au club. S’ils adoptent la même position qu’en janvier, c’est leur choix. Ils ont décidé que le marché des transferts leur appartenait, et c’est tout. Le président a dit qu’il s’occupait du mercato et c’est moi qui bloque les transferts ? Je n’y connais rien. Malheureusement, l’équipe s’habitue à cette triste situation au sein du stade. Même ce soir, nous avons le sentiment qu’avec 45 000 spectateurs, nous aurions pu gagner le match », a expliqué l’entraîneur italien. Le dirigeant évoque notamment les cas de Castellanos ou de Guendouzi pour illustrer les difficultés relationnelles entre l’entraîneur et plusieurs cadres de l’équipe. L’épisode a renforcé l’image d’un club divisé, où les querelles internes semblent prendre le pas sur la stabilité sportive. La polémique s’est également étendue aux groupes ultras et à l’ancien entraîneur Marco Baroni, pris pour cible dans les propos du président parfois dans des propos insultants. Une situation devenue particulièrement inflammable autour de la Lazio.

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Conséquence de cela, les tribunes sonnent très creuses à Rome. En effet, la fracture entre la direction et les supporters s’est transformée en véritable mouvement de contestation. Une partie importante du public biancoceleste a choisi de boycotter les rencontres disputées au Stadio Olimpico afin de protester contre la gestion de Claudio Lotito depuis plusieurs semaines. La fronde populaire s’est notamment matérialisée lors de la demi-finale de Coppa Italia face à l’Atalanta, disputée dans une atmosphère presque irréelle devant des tribunes largement clairsemées. « Que peut faire la Lazio pour rassembler à nouveau ses supporters ? Je ne veux pas entrer dans les détails. Je respecte tout le monde. Je pense qu’il faut faire preuve de bon sens, et c’est ce que je souhaite à tous. Nous aurions aimé voir un stade plein ce soir, mais il n’y a rien de nouveau sous le soleil. Nous devons honorer tous nos engagements, nous sommes là, et il est normal que les joueurs se battent chaque jour. Que faire pour rassembler à nouveau les supporters ? Je ne veux pas entrer dans les détails je pense qu’il faut faire preuve de bon sens de la part de chacun. Une demi-finale, c’est important, et la disputer n’est pas une mince affaire », a affirmé le directeur sportif de la Lazio, Angelo Fabiani. Au cœur de ce mouvement se trouve la Curva Nord, noyau historique du soutien laziale, qui appelle à une mobilisation durable contre la présidence actuelle. Une pétition intitulée « Lettre au président Lotito » a déjà recueilli des dizaines de milliers de signatures, signe d’un mécontentement profond qui dépasse le simple cadre sportif.

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